Publicité

Psychologie

13 septembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Eric NG PING CHEUN</B> <I>Directeur de PluriConseil</I>

L’optimisme créé par le budget n’aura été que de courte durée. L’humeur des économistes, cambistes, agents de change, gestionnaires de portefeuille et directeurs financiers est redevenue ce qu’elle était avant la présentation du budget: 60 % des analystes interrogés dans le présent baromètre sont pessimistes sur les perspectives de notre économie d’ici à un an.

Ce retournement d’humeur traduit une certaine appréhension de la capacité réelle du gouvernement à surmonter les obstacles qui parsèment le chemin de la réforme. Mais, suivant l’appel du Premier ministre, Navin Ramgoolam, il faut voir des opportunités là où d’autres voient des problèmes. Il convient d’éviter de faire un accès de fixation sur les difficultés, somme toute objectives, car aucune politique n’est capable de traiter un phénomène psychologique.

La psychologie, c’est l’ensemble des sentiments et des façons de penser ou d’agir. Tout se joue dans la tête. Si les professionnels eux-mêmes ne croient pas dans la réforme, on ne peut pas espérer d’un gouvernement en butte à des pressions populaires qu’il continue à nager à contre-courant.

Lorsque la psychologie du refus s’incruste dans l’esprit de la nation, il devient quasiment impossible de l’extirper. On n’en est peut-être pas encore là, mais le silence coupable des élites n’arrange guère les choses. Pourtant, les projets d’investissement porteurs de nouveaux emplois ne manquent pas : ils sont de l’ordre de Rs 8 milliards dans l’industrie textile, de Rs 2,5 milliards dans le développement de l’aquaculture et de Rs 1,5 milliard dans le secteur des produits de mer.

Sans doute existe-t-il des imperfections dans le budget très macroéconomique concocté, dit-on, par Ali Mansoor, alors secrétaire financier désigné. La macroéconomie mansoorienne (taxer la liquidité, détaxer les produits) a pour erreur méthodologique d’ignorer la psychologie de l’acteur économique. C’est une approche typiquement néoclassique voyant en l’individu un être parfaitement rationnel.

Il faut plutôt camper sur le terrain de la microéconomie, comme le suggère l’économie expérimentale, cette nouvelle branche de la science économique qui se situe aux confins de la psychologie et de l’économie. Son concepteur, le prix Nobel d’économie, Vernon Smith, a démontré que les choix individuels ne procèdent pas seulement de la raison pure, mais sont aussi influencés par l’histoire et par l’environnement institutionnel, lui-même produit de l’évolution sociale.

La monnaie, qu’on ne doit pas confondre avec l’argent, est une institution façonnée par l’évolution sociale. Les Mauriciens, c’est connu, demeurent attachés à leur tradition marchande. Qu’on casse la relation subjective des Mauriciens avec la monnaie, et voilà que notre économie se retrouve aux prises d’un sérieux problème de liquidités. Au moment où le ministre des Finances, Rama Sithanen, conscient de l’inondation monétaire qu’induira une hypothétique rentrée de quatre milliards d’euros, fait appel aux capitaux privés locaux pour financer la restructuration de l’économie, les banques sont en manque de devises et de... roupies.

C’est avec beaucoup de retard que la Banque de Maurice (BoM) a relevé à nouveau le taux Lombard par 100 points de base. Reste à savoir si nos exportateurs vont continuer à avoir recours aux “Currency Swap” pour financer leurs dépenses courantes par des emprunts en roupies tout en gardant intacts leurs dépôts en euros. Un renchérissement du coût du capital est le moyen le plus efficace pour les contraindre à convertir leurs devises en roupies. Sinon, propose un analyste, on réglemente “to force the EPZ companies to borrow in their functional currencies and present their financial statements in that currency”.

De par ses interventions répétées sur le marché des changes ces derniers temps, la BoM retire des liquidités du système bancaire et procède ainsi à un resserrement monétaire. Elle prend un malin plaisir à jouer avec la psychologie des banquiers : elle achète des roupies contre des dollars et s’abstient ensuite de faire une prise en pension (“Repo Transaction”). La dernière transaction de ce genre remonte au 9 décembre 2005, et le “Repo Lending Rate” était de 5,75 %.

Vous vous plaignez de la pénurie de devises ? En voici des dollars, mais alors ne comptez pas sur la Banque centrale pour vous fournir des roupies via une “Repo Transaction”. Vous avez donc un problème de trésorerie, et vous n’arrivez pas à respecter votre “Cash Ratio” ? Prenez une “Lombard Facility” de la Banque centrale en payant au taux Lombard de 13 %, qui est un taux punitif.

La BoM ayant fermé le robinet de liquidités, les banques sont à sec au point que le taux interbancaire a grimpé à 11 %, contre 7 % en juillet. Pour corser l’addition, la BoM fait monter les rendements sur les bons du Trésor : vendredi dernier, elle a accepté la totalité des offres reçues aux taux les plus élevés, avec pour résultat que le “Bank Rate” s’est accru de 88 points de base en trois séances. Aux banques d’augmenter leurs taux d’intérêt pour attirer des dépôts.

Dans son discours du 3 décembre 2004, le gouverneur de la BoM indiqua que le taux Lombard serait éventuellement remplacé par le “Repo Rate”, celui-ci traduisant mieux la liquidité du marché monétaire. Comme le “Repo Rate” doit être, en principe, supérieur au taux interbancaire, on devine que la BoM voudrait introduire le “Repo Rate” comme son nouveau taux directeur au niveau actuel du taux Lombard.

Réforme monétaire, réforme fiscale et réforme administrative : cela fait beaucoup de réformes à la fois. Mais le temps presse, et le gouvernement a pris la pleine et juste mesure de l’immense chantier qui l’attend. Faire comprendre cela à la population demande un peu de psychologie.

Publicité