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Projet de quintupler la production de camarons
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Projet de quintupler la production de camarons
Il est beaucoup question, en 2007, d?aquaculture que des esprits chagrins ont vite fait de transformer en un vulgaire morcellement du lagon, sinon de la mer, ou encore d?un inadmissible empiètement de notre droit inaliénable de naviguer, comme bon nous semble, à l?intérieur comme à l?extérieur de nos lagons, comme si le paradis sur terre pouvait se résumer en un éternel prélassement sur un bout de plage, demeurés (miraculeusement) d?une propreté et d?une blancheur irréprochables, devant un lagon, vierge de toute activité industrielle et d?une mer non nourricière.
Sans aller jusqu?à pirater des photos de fermes aquatiques dans un village lacustre, à l?instar de certains hebdomadaires pas très catholiques, nous pouvons espérer beaucoup des projets actuels et nationaux d?aquaculture dans la mesure où nous savons que nos différentes pêches de type chasse (par opposition à élevage) ou de cueillette aléatoire (par opposition à culture) ne peuvent qu?aller en diminuant, compte tenu de la surexploitation de nos ressources pélagiques, de notre manque d?intérêt pour le métier de marin-pêcheur, ou encore des risques de pollution et de changements climatiques.
Nous pouvons tout aussi bien regarder en arrière afin de mieux mesurer le temps perdu au délabrement de nos barachois et à l?échec d?un projet pourtant prometteur de production de camarons. Dans ce dernier cas, nul ne peut contester que nous ne pouvions mieux faire en matière de valeur ajoutée qu?en donnant corps à ce projet de productions de camarons, ne serait-ce que pour suppléer à notre récente incapacité de pêcher le moindre camaron dans nos rivières, en raison des déversements de produits toxiques par des braconniers de la pire espèce qui sont, à nos camarons de rivière, ce que des Bataves, ne valant guère mieux, sont pour l?extinction de notre dodo emblématique.
Pendant que les partisans et les opposants des projets d?aquaculture se disputent, par voie de presse, sur leurs avantages et les inconvénients, il est bon de savoir qu?au début de juillet 1982, il est question tout simplement de quintupler la production de nos camarons.
Des producteurs et les responsables de l?écloserie de Mon-Trésor-Mon-Désert (MTMD) étudient alors un important projet de développer la production de camarons Rosenbergii. Ce projet comprend la construction d?un centre de production comprenant des bassins d?élevage de 40 à 60 arpents. Il permettra de quintupler notre production de camarons et même de les exporter. Ils ont identifié deux sites à cet effet, l?un dans le nord et l?autre dans le sud de l?île. Ils étudient plus particulièrement leurs caractéristiques avant de procéder à la construction des bassins. Les producteurs de camarons, en 1982, sont les établissements sucriers de Beau Plan, Saint-Antoine, Constance, FUEL, Beau-Champ, Riche en Eau, Union Saint-Aubin, Médine et même Rose-Belle. La superficie totale est alors d?une vingtaine d?arpents. Les bassins existants seront maintenus. Le financement du projet ne pose pas de problème car Français et Allemands s?y intéressent. Ils sont même disposés à se charger de la vente de nos camarons sur les marchés européens.
La nouvelle écloserie de MTMD compte une vingtaine d?actionnaires (principalement des établissements sucriers et des producteurs de camarons). Le projet de quintupler la production de camarons exigera un nombre plus grand d?actionnaires.
L?écloserie de MTMD est mise sur pied en 1976. Au départ, elle rencontre beaucoup de problèmes au niveau des juvéniles. Les problèmes enfin réglés, elle parvient à produire un maximum de huit millions de juvéniles. Ce nombre est toutefois volontairement restreint à 2,3 millions car l?aquaculture de camarons exige un management particulièrement sophistiqué. La récupération est également décevante car seuls 10% des juvéniles atteignent, au départ, l?âge adulte. Cette récupération s?améliore cependant au fil des années pour atteindre les 50% en 1982, alors 45% est considérée comme une moyenne acceptable à l?échelle mondiale. La recherche se concentre sur les meilleurs systèmes de récolte, la qualité de l?eau et de la nourriture, la conception du bassin de pré-grossissement. La production locale de camaron passe de deux tonnes en 1996 à dix en 1981. En 1982 on compte même sur une quinzaine de tonnes. Le nouveau centre de production de camarons permettra de produire 50 tonnes de camarons par an. Le kilo de Rosenbergii se vend à Rs 80 le kilo, en 1982.
Depuis toute notre production de camarons est tombée à l?eau. Seule une commission d?enquête permettra aux Mauriciens de 2007, comme ceux à venir, de savoir qui a mis les bâtons dans les roues de la production de camarons à Maurice, entre 1982 et 2007. Depuis nous consommons des crevettes malgaches ou d?ailleurs, achetées possiblement en dollars ou en euros.
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