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Problème d?hommes...

4 mars 2007, 00:00

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Une députée insultée, menacée et séquestrée sur la voie publique. La politique, telle qu?elle se pratique, c?est-à-dire avec son lot grandissant de grossièretés et de violences, n?incite pas les femmes à grimper sur un camion pour briguer un mandat électoral, même régional. C?est sûrement le principal filtre à leur engagement dans cet univers qui demeure profondément masculin et machiste. À cet égard, il est important de saluer le courage de Kalyanee Juggoo, qui, contrairement à nombre de ses pairs masculins, n?hésite pas à descendre sur le terrain, pour faire face à son électorat, malgré la tension sociale qui se retrouve amplifiée par la réforme économique en cours.

À Maurice, on peut le dire, la femme n?est pas encore un homme politique, malgré tous les discours ronflants qui parlent de notre pays comme un exemple de démocratie. Car si les femmes représentent 52 % de la population, au Parlement, elles ne sont qu?à 17 % du nombre total des députés. Certes, ce pourcentage a connu une hausse, comparé aux 5,6 % de l?ancienne législature (Maurice était alors classée en avant-dernière position de la liste des pays de la SADC), mais il reste encore un long chemin à parcourir à travers notre vallée des préjugés pour atteindre les 30 % préconisés par la Convention internationale contre la discrimination de la femme ou encore la parité, qui aurait été un reflet idéal de la démocratie, selon la définition « A government of the people, by the people and for the people ».

Si au niveau national, on compte deux ministres dans l?actuel cabinet, soit un pourcentage de quelque 10 % ? mais aucune au rang de vice-Premier ministre, même si exceptionnellement Navin Ramgoolam en a nommé trois, manifestement en appliquant des critères de sélection qui divisent au lieu de rassembler ?, la situation dans les sphères politiques locales (conseils municipal, de village et de district) est encore pire. Les derniers chiffres d?une enquête régionale, celle de Gender Links, à paraître dans deux semaines, indiquent que Maurice patauge au bas du tableau de représentation démocratique. Toute honte bue, nous sommes à 6,4 % ! À titre de comparaison : l?Afrique du Sud est à 39,7 %, la Namibie à 41,8 % et le Lesotho à 58 %.

Les féministes l?ont toujours clamé, en reprenant la célèbre phrase de Simone de Beauvoir : « Le principal problème des femmes, ce sont les hommes. » Et quand on voit le jeu politicien d?ici, perverti par des logiques communalo-castéistes, encouragé par des groupes de pression populaires, on peut dire, sans jeu de mots, qu?elles sont vraiment mal barrées. Et dire que ce 8 mars encore, les hommes politiques vont chanter les louanges de la femme et puis vont reprendre, au Parlement, leurs mots orduriers, dégradants et profondément phallocrates.

Avant on l?a vu en Inde avec Indira Gandhi, en Angleterre avec Margaret Thatcher, au Pakistan avec Benazir Bhuto. Et aujourd?hui on le constate grâce à la poigne, à la fois sensible et de fer, de Michelle Bachelet au Chili, d?Ellen Johnson Sirleaf au Liberia ou encore d?Angela Merkel en Allemagne : les femmes sont efficaces en politique. Mais, sur le plan mondial aussi, les faits sont obstinés. Seules onze femmes au monde occupent des postes de chef d?État ou de gouvernement. Un « niveau record », s?exclame l?Onu. Mais cette poignée de courageuses cache en fait un véritable désert. Seuls trois pays au monde (Chili, Espagne et Suède) sont dirigés par des gouvernements comptant un nombre égal d?hommes et de femmes. Autres chiffres effarants : 16 000 viols sont organisés chaque année en Inde pour laver l?honneur de la famille ; 2,1 millions de femmes sont battues (souvent à mort) au Brésil ; dans certains pays arabes, elles n?ont toujours pas le droit de se déplacer sans l?accord de leur mari?

Dans « Femmes, le pouvoir impossible », un essai recommandé de la philosophe Marie-Joseph Bertini, encore d?autres évidences qui dérangent : « Les femmes des sociétés industrielles et postindustrielles sont payées, à compétences et travail égaux, 20 à 25 % de moins que leurs collègues masculins. Elles produisent les deux tiers des richesses dans le monde et constituent les deux tiers des analphabètes. Elles possèdent 1 % des terres de la planète. Sur les 30 000 cadres des 5 000 plus grandes sociétés hexagonales, elles ne sont que 7 %. Du côté de l?administration publique, elles n?occupent que 8 % des postes de décision. »

Et pourtant, chacun au fond le sait, les femmes se montrent, peut-être par instinct maternel, plus sensibles aux enjeux sociaux et moins techno-comptables dans leurs calculs. Moins égoïstes, elles formulent le non-dit et sont plus directes dans leurs interventions, pour peu qu?on leur donne une chance égale de briller. On vit une période peut-être charnière dans l?histoire de la représentation féminine avec l?engagement de Ségolène Royal et d?Hillary Clinton. Après une chancelière allemande, peut-être que le monde sera différent avec une présidente française et une présidente américaine. Ce serait une remise en cause du monopole masculin. Et peut-être l?espoir d?un monde moins cruel, plus humain.

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