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Privé de santé
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Il n?existe aucun contrôle de l?Etat sur les cliniques privées à Maurice. Pourtant les besoins de santé constituent un enjeu essentiel de la démocratie et ce secteur ne devrait pas être soumis qu?à la logique marchande. Il doit être mieux encadré juridiquement. Les seules lois du marché sont insuffisantes. La question est d?autant plus urgente que l?arrivée du groupe Apollo devrait accroître la place qu?occupe la gestion privée des soins de santé dans le pays.
Il y a, bien entendu, des normes à imposer aux cliniques, parce que la santé n?est pas une marchandise. Mais, d?abord, il faut élaborer un barème harmonisé de tarifs. Plusieurs ministres de la Santé ont tenté de le faire, en vain. Ils ont tous buté contre la résistance des cliniques. Il a été plus facile à l?organisme public de régulation en matière de télécommunication d?imposer aux opérateurs privés un coût raisonnable pour l?appel téléphonique que d?amener les cliniques à respecter un barème établi par l?Etat.
L?expérience à travers le monde a démontré que le marché n?est pas efficace comme mode de régulation de la santé. Le législateur a le devoir d?y mettre bon ordre. Certes, il existe depuis 18 ans une loi sur les cliniques, mais l?Etat n?a jamais promulgué les règlements nécessaires pour rendre opérationnel le dispositif légal. Entre-temps, la santé privée reste l?objet de dysfonctionnements majeurs liés au profit. Qui d?entre nous n?a pas connu un malade dont la clinique a dramatisé la gravité de son état pour pouvoir alourdir la facturation?
Si les autorités tardent à mettre sur pied un organisme de régulation, c?est en raison du pouvoir de l?establishment médical. Il y a une telle imbrication entre les différents groupes de médecins allant des spécialistes du privé aux administratifs du ministère de tutelle que le pouvoir corporatiste prend le dessus sur le pouvoir politique. Cette connivence entre professionnels de la santé continue de faire obstacle à un meilleur contrôle des soins privés.
Outre la question des factures, il y a les normes et les protocoles à surveiller. Chacun sait qu?il est plus rentable d?amputer un patient que de le soigner pour prévenir une telle opération, qu?il est plus rentable de procéder à une césarienne que de pratiquer un accouchement naturel. Des tests, des radiographies et des scanographies sont parfois effectués même s?ils ne sont pas utiles. Toutes ces dérives sont inévitables en l?absence d?une régulation.
L?approche comptable des cliniques ne disparaîtra pas si les règles du jeu ne sont pas fixées par l?Etat pour protéger les malades. Il est absurde que la loi ne puisse pas imposer aux cliniques d?assurer, comme les hôpitaux, les urgences 24 heures sur 24 ou contrôler les qualifications de leur personnel paramédical. L?Etat doit se mettre au chevet du système privé de la santé. Il est mal en point.
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