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Pretoria libère les 44 mercenaires

19 décembre 2006, 20:00

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Des suites pas toujours heureuses ni bienveillantes sont données à la tentative sud-africaine de coup d’Etat, du mercredi 25 novembre 1981, aux Seychelles. Elles parsèment le mois de décembre suivant. La liste de ces incidents indique bien l’état de tension et d’obsession mais aussi de provocation qui perdure, donnant lieu à des allégations parfois gratuites et même ridicules.

Début décembre, les Seychelles se plaignent que des avions non identifiés survolent de nuit leur territoire. Les autorités menacent de recourir à des tirs de riposte. Tout avion, responsable d’une nouvelle violation territoriale, sera abattu sans sommation préalable. On signale la présence de navires de guerre français et soviétiques à Victoria. Le couvre-feu est enfin levé, au bout d’une semaine, de 8 heures à midi, afin de permettre aux habitants de s’approvisionner. Neuf jours après, les autorités seychelloises consentent à normaliser les liaisons aériennes avec l’extérieur.

Les Seychelles comptent réclamer l’extradition des mercenaires interpellés à Durban afin qu’ils soient jugés par un tribunal international. Pretoria peut prouver sa bonne foi en agréant cette requête. Le ministre seychellois du Développement économique, le Dr Maxime Ferrari, relance la controverse autour du rôle de Maurice dans cette tentative. “Ramgoolam n’apprécie guère le régime de France Albert René et aurait préféré avoir affaire avec un autre gouvernement aux Seychelles”, allègue-t-il. A Strasbourg, il accuse Port Louis d’avoir aidé plus d’une fois le président renversé, James Mancham. Il s’interroge sur la raison réelle d’un récent voyage aux Etats-Unis de Sir Seewoosagur Ramgoolam. “Que veut dire ce déplacement ?” demande-t-il avec insistance.

A cela, Sir Seewoosagur Ramgoolam réplique qu’il ne peut être tenu responsable des malheurs du régime de France Albert René. “S’il a une accusation spécifique à me faire, qu’il la fasse. Je ne peux pas passer mon temps à démentir les fausses accusations des Seychelles concernant Maurice.”

Le 2 décembre 1981, la police sud-africaine libère les 44 mercenaires interpellés à l’aéroport de Durban alors qu’on annonçait l’ouverture imminente de leur procès. Elle précise que seulement cinq des 39 mercenaires seront poursuivis. Ils sont le colonel irlandais Mad Mike Hoare, 62 ans, l’Italien Julio Tullio Manetta, 42 ans, le Britannique Peter Duffy, 40 ans, l’Anglais Ken Dalgish, 32 ans et le Rhodésien Charles Goatley, 27 ans. Elle refuse de révéler l’identité des autres mercenaires libérés sans condition. Cette décision choque l’opinion internationale ainsi que l’opposition sud-africaine. Celle-ci la qualifie de scandaleuse. France-Albert René y voit la preuve de l’implication de Pretoria dans cette tentative de coup d’Etat. Mike Hoare a effectué une visite de reconnaissance, en 1980, aux Seychelles.

L’on apprend, à présent, que les mercenaires se présentaient comme les membres d’un club de buveurs de bière, l’Ancient Order of Foam Blowers (AOFB). La mousse prend si bien que le gouvernement seychellois a même ordonné les préparatifs pour permettre à ces prétendus amateurs de cervoise de visiter la brasserie locale.

Ce même 2 décembre, James Mancham confirme au New York Times avoir enregistré des messages-radios dans l’éventualité du succès d’un coup d’Etat. Selon deux mercenaires, celui-ci devait avoir lieu sans effusion de sang, pendant le voyage à Paris du président putchiste France-Albert René. Ce dernier a depuis reporté sine die son déplacement dans la capitale française.

Mancham nie être l’instigateur de la tentative de coup d’Etat. Il connaît ceux qui l’ont fait et a confiance en eux. Il réitère son opposition systématique à tout recours à la violence même pour reprendre le pouvoir.

Le 3 décembre 1981, Victoria annonce la capture de cinq mercenaires (les Zimbabwéens Audrey Brooks et Roger England, les Sud-Africains Robert Sims et Anton Aubic et l’Anglais Bernard Carey). Trois autres sont toujours en cavale. Huit hommes sont arrivés aux Seychelles avant les mercenaires afin de préparer leur arrivée.

Le gouvernement seychellois demande aux Nations unies de mettre sur pied une commission d’enquête pour faire la lumière sur cette tentative de coup d’Etat. France-Albert René sollicite l’aide du président cubain, Fidel Castro, et du mouvement des Non-Alignés. La Libye propose de mettre des troupes à sa disposition. On peut compter sur elle pour déjouer tout complot impérialiste américain, fait savoir Tripoli. France-Albert René remercie le président tanzanien, Julius Nyerere, qui accepte de mettre des troupes à sa disposition.

Le 6 décembre 1981, à l’appel du parti (unique) de France-Albert René, le SPPF (Front progressiste du peuple des Seychelles), des Seychellois manifestent dans les rues de Victoria, réclamant la condamnation à mort des mercenaires capturés.

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