Publicité
pravind jugnauth aux finances condamné à réussir
Par
Partager cet article
pravind jugnauth aux finances condamné à réussir
Pravind Jugnauth, le ministre des Finances a une obligation de résultat. Paul Bérenger lui laisse un portefeuille où faire aussi bien que son prédécesseur ne pourra suffire. Il est attendu sur plusieurs dossiers importants : la réduction du déficit budgétaire, l?allègement de la dette publique, la relance de l?investissement, la création d?emploi, mais aussi sur la restructuration du textile et de l?industrie sucrière. Pravind Jugnauth devra aussi consolider les secteurs naissants, dont les Technologies de l?Information et de la Communication (TIC) et la toute nouvelle « Knowledge Industry » que Maurice veut promouvoir.
Le ministre des Finances a dévoilé une grande partie de son approche quant à la gestion de l?économie du pays lors de sa rencontre avec le Joint Economic Council (JEC) en début de semaine, même s?il n?a pas abordé tous les points (voir hors-texte page 5). Il n?entend pas apporter une nouvelle orientation économique mais « poursuivre les réformes déjà initiées » par son prédécesseur afin de « doubler les revenus de l?Etat sur la prochaine décennie » pour atteindre une période de croissance comparable à celle du milieu des années 1980.
Pravind Jugnauth part avec un a priori positif du secteur privé. « Il a pris les mesures salutaires pour réformer l?industrie sucrière au bon moment », rappelle Jean-Noël Humbert, secrétaire général de la Chambre d?agriculture. La réforme du secteur sucrier est déjà bien entamée alors que celle du secteur textile urge. Moukeshwar Gopal, président de la Mauritius Export Processing Zone Association (MEPZA), explique la situation : « Les compagnies sucrières ont des biens et des terrains qu?ils ont vendus pour financer la réforme mais le textile a surtout des dettes et des bâtiments et de l?équipement qui datent parfois. »
Gopal plaide surtout pour des aides financières en direction du textile qui permettront aux entreprises viables, précise-t-il, d?obtenir des fonds de roulement ou de moderniser leurs équipements. Mais les fonds d?aide ne se mettent pas si facilement en route, l?Equity Fund de Rs 1 milliard du gouvernement a mis plus d?un an à se concrétiser. La mise en place du fonds d?aide par le privé tarde de plus en plus. Raj Makoond, directeur du JEC, précise : « Les institutions du privé qui ont la charge de les mettre en place y travaille. Cela va se faire. »
Des financements nouveaux pour le textile
Le gouvernement paraît difficilement pouvoir apporter des financements nouveaux au textile. Un impératif l?en empêche : le gouvernement s?est engagé à faire baisser le déficit budgétaire de 0,5 % durant les années à venir pour atteindre le seuil de déficit jugé acceptable par l?Union européenne, c?est-à-dire 3 %. Cet objectif atteint, des fonds d?aide internationaux de restructuration devraient être débloqués pour Maurice. Pravind Jugnauth entend surveiller «les ressources publiques rares» à travers le Medium Term Policy Framework pour mieux contrôler les dépenses gouvernementales.
Le JEC estime que le gros des investissements publics « est déjà derrière nous » et que les dépenses du gouvernement devraient en conséquence baisser. Mais il ne s?agit pas seulement de réduire les dépenses, les recettes de l?Etat doivent aussi être regonflées. La réforme du système fiscal est en cours, Pravind Jugnauth l?a annoncée, une meilleure collecte de la taxe permettra au gouvernement d?engranger plus de Rs 2 milliards de recettes additionnelles. Mais le système fiscal lui-même est appelé à changer.
Pravind Jugnauth a bien fait comprendre que le système actuel, qu?il qualifie de « régressif, inéquitable et inefficient », sera réformé mais le ministre des Finances est démeuré vague à ce sujet. Cela suffit à faire tiquer le secteur privé. « Le ministre doit préciser sa pensée. Mais de toutes manières, une augmentation de la charge fiscale serait un mauvais signal en direction des investisseurs tant locaux qu?étrangers », juge Gilbert Espitalier-Noël, président du JEC.
L?investissement est en panne à Maurice. Pravind Jugnauth le déplore : il ne représente que 22 % du Produit intérieur brut et le secteur privé n?y contribue qu?à hauteur de 38 %. Le JEC exclut l?investissement du privé dans des gros projets d?habitude menés par le public mais rappelle que dans le domaine de l?électricité ou de la Cybercité, par exemple, le privé a consenti à des investissements massifs. L?élément de profitabilité doit être présent.
C?est le cadre régulateur qui gouverne l?investissement qui doit changer. Pravind Jugnauth a mis en place un « framework for continuous assessment of the investment climate » au Board of Investment. Raj Makoond rappelle que le JEC travaille avec le gouvernement sur la réforme des procédures administratives liées à l?investissement. « Les recommandations sont en train d?être vues par un Implementation committee », explique ce dernier. Les entrepreneurs attendent le nouveau cadre régulateur avec beaucoup d?impatience assure Gilbert Espitalier-Noël.
Capitaliser sur les créneaux porteurs
La création d?emplois est l?autre défi que doit relever Pravind Jugnauth. Alors que l?on voue le textile à une mort lente, Moukeshwar Gopal assure que ce secteur n?est pas encore condamné car « malgré les aléas, le pays arrive à maintenir le même chiffre d?affaires pour les textiles ». Pour le textile, il s?agit de gérer la situation pour redéployer les licenciés mais la création de l?emploi se passe ailleurs.
Les créneaux porteurs sont les TIC, la toute nouvelle «Knowledge Industry» mauricienne ainsi que le développement immobilier. « Si nous ajoutons ces opportunités aux secteurs du textile, de la canne, du tourisme, des services financiers et des services portuaires, nous avons de quoi faire », prédit Gilbert Espitalier-Noël. C?est surtout sur les TIC et la « Knowledge Industry » que mise le gouvernement pour créer de l?emploi. Les promotions sortant de l?université de Technologie et de l?université de Maurice sont de plus en plus nombreuses et sont absorbées de plus en plus vite dans la vie active.
Mais une variable de taille demeure : la conjoncture internationale. Celle-ci pourra anéantir les efforts consentis par le gouvernement comme les porter formidablement si elle est favorable.
Publicité
Publicité
Les plus récents