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Pourquoi la guerre ?
Toutes les armes sont à l?arrière scène, cachées, prohibées. Pas de lames. Peu de larmes, sinon celles d?un metteur en scène passionné.
Quisnarajoo Ramana met tout son c?ur dans la mise en scène de l?épopée mythique de Bhishmadev Seebaluck, Mahabharat, The Eternal Conflict.
«Pourquoi la guerre ? Pourquoi l?Irak ? Pourquoi Israël ? On ne peut plus respirer. On doit se calmer, se revoir face à face et discuter. Entre la haine et l?amour, il n?y a qu?un fil fragile. J?ai dit à mes artistes, ce n?est pas une guerre que vous allez faire, c?est une réconciliation,» dit-il avec émotion.
L?événement théâtral est important, parce qu?il véhicule un message de paix, parce qu?il célèbre les 25 ans de la Mauritius Drama League.
Il se dégage une grande tension dans la pièce, qui ne donne aucun répit aux comédiens, ni au metteur en scène qui, à son habitude, dépense une grande énergie.
On le retrouve au premier balcon, râlant contre une mauvaise lumière, puis au pied de la scène esquissant quelques pas de danse et marquant la mesure en frappant le plancher, durant la répétition des danseuses.
«C?est une pièce difficile à monter», observe l?auteur. Mais qui prend forme peu à peu.»
Le metteur en scène s?est permis quelques libertés, des touches personnelles, par rapport au texte de Seebaluck.
La pièce commence ainsi par une partie de dés qui provoque l?exil de Yudhishtir et l?enlèvement de Draupadi.
Autre nouveauté, Krishna est une femme, interprétée par Deepa Bhookhun. «Cela a été un choix difficile,» avoue Quisnarajoo. Krishna descendra sur Terre pour «voir tout ce cinéma et contrôler la situation.»
Les comédiens, Deepa Bhookhun, Rajen Gayan, Chandra Rengasamy, Deepak Ramsurrun, Meenakshi Gayan, Nishi Pyneeandee, Vel Veeramootoo, entre autres, se préparent à la grande soirée, le 30, première représentation destinée au grand public.
Dans leurs costumes, faits de tissus chatoyants et de dorures, imaginés par la Art Academy et confectionnés par Mahess Kumar, les comédiens évoluent dans un décor élégant et sobre, signé Bernadette Sanpeur et réalisé par Jean Mondré, que met en valeur un jeu de lumières, où un jaune or se distingue des autres couleurs.
Avec eux, on se laisse volontiers plonger dans la mythologie, dans cet «éternel conflit, le combat de deux frères pour des gains matériels,» explique l?assistant metteur en scène Anon Panyandee, qui joue également le rôle de Dhritarashtra, le roi aveugle.
Six mois ont été nécessaires à la mise en scène d?une telle ?uvre, d?une durée approximative de trois heures.
Tels pères, telles filles
Le théâtre est une grande famille. La formule est encore plus vraie pour Deepa et Deepak Bhookhun et Rajen et Meenakshi Gayan, qui jouent tous les quatre dans la pièce Mahabharat.
«Li ti enn ti piment», se souvient, amusé, Deepak Bhookhun, en parlant de sa fille Deepa. Elle avait à peine deux ans quand son père démarrait l?aventure de la Mauritius Drama League. Elle savait à peine marcher qu?elle se glissait déjà dans les coulisses et rageait pour monter sur scène.
«Mo croire, c?est enn zistwar,» relativise Deepa, d'un air un peu moqueur. Il n?en demeure pas moins qu?elle est une enfant du théâtre, bercée depuis toujours par les textes de Shakespeare, de Dev Virahsawmy et autres.
Père et fille se retrouvent aujourd?hui sur scène. De même que pour Rajen et Meenakshi Gayan.
Elles ont du talent, assurent les heureux papas avec fierté. «Li éna talent, plis talent ki moi,» plaisante Deepak.
«Moi j?ai toujours eu le pressentiment qu?elle monterait un jour sur scène,» explique Rajen au sujet de sa fille.
«Dépi bonne heure monn conné li ti pou faire théâtre,» dit pour sa part Deepak. Toute petite, Deepa lui donnait la réplique lorsqu?il répétait ses textes à la maison.
Un soir de représentation de Hail Ceasar au Plaza «qui était mon playground », Deepa s?est mise à dire les répliques avant son père, qui tenait alors le premier rôle. «L?ambiance de cet univers théâtral aura forgé son talent au fil des années,» explique le père.
Elle monte sur scène pour la première fois à 11 ans pour jouer Prof Gentil Mec III. «Mon père aurait préféré que je commence à jouer avec une pièce du MDL,» se souvient-elle.
Ce sera chose faite une année plus tard. Elle tiendra un petit rôle dans le Zeneral Macbeth de Virahsawmy.
C?est en revanche la première fois que Meenakshi joue dans une pièce. La présence de son père l?y a beaucoup encouragée. «Je me sens plus en confiance, plus à l?aise lorsqu?il est là,» dit-elle.
Elle aussi a grandi dans l?univers du théâtre. «Elle me faisait répéter mes textes et quand je m?endormais, elle continuait toute seule,» ajoute Rajen.
Meenakshi s?est finalement décidée à monter sur scène, influencée par son père et parce qu?il jouait aussi dans la pièce.
Dans la famille, l'on peut également compter le metteur en scène de Mahabharat, Quisnarajoo Ramana, "tipti coum sa monn conn zot", dit-il en ouvrant un peu les bras, ainsi que tous les membres du MDL, et particulièrement ses membres fondateurs, dont Vel Veeramootoo, qui joue aussi dans la pièce de Seebaluck.
Ils échangent leurs souvenirs et admirent aujourd'hui les quelques jeunes qui ont grandi à leurs côtés et qui les ont admiré pendant leur enfance.
Entre eux, ce sont des regards du coin de l'?il, un peu moqueur lorsqu'ils évoquent des souvenirs communs mais éclairés par des sourires empreints de tendresse.
Pères et filles échangent une grande complicité. «Il me dit ce qui est bien ou pas,» commence à dire Meenakshi, «on a pas peur de se critiquer mutuellement,» conclue Rajen.
Deepak, lui, ne cesse d?encourager sa fille. «Je l?ai beaucoup poussée pour qu?elle accepte de jouer Krishna dans Mahabharat. C?est un rôle qu?on ne refuse pas. Elle travaille beaucoup. Pendant les répétitions, elle pense à son interview. Il faut que je l?encourage ».
En effet, à cause de son travail, elle n'a pu assister à toutes les répétitions et préfère, comme au temps du High School Certificate, se lever à deux heures du matin pour apprendre son texte. Meenakshi travaille et joue sur les deux tableaux.
Le choix est toujours difficile. Deepak et Rajen s'en désolent un peu. "L'actuelle pression des études mais aussi le manque d'opportunité font aujourd'hui que les jeunes osent moins se lancer dans le théâtre".
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