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Pourquoi je reste à Maurice ?

14 mars 2005, 00:00

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Il est beaucoup question d?une nouvelle vague d?émigration massive en ce mois de mars 1980. Tout semble partir de l?allusion médiatique à une liste de 40 000 demandes de visas pour l?Australie ou pour d?autres destinations plus vertes que notre Vallée de Ferney. Les plus pessimistes multiplient par cinq (unité familiale moyenne) ces 40 000 candidatures à l?exil, atteignant allègrement le cinquième de la population d?alors. Les plus optimistes se contentent de les multiplier par 1, en faisant bien ressortir qu?il y a, lors de chaque scrutin législatif, des centaines de candidats mais seulement 70 élus députés correctifs compris. Bref qu?il n?y a pas de quoi s?alarmer, en dépit de la dévaluation (de la ?dévalisation? insinuent les pessimistes) de la roupie Ringadoo, d?autant plus que rien ne garantit qu?elle soit la dernière ni qu?elle ne puisse enfanter à l?avenir une dépréciation chronique de notre monnaie.

L?express choisit de réagir à cette poussée de catastrophisme en faisant paraître un numéro spécial sur le thème ?Pourquoi je reste ?? C?est le titre d?une intéressante chronique, signée des initiales C.S. et rédigée dans un style appréciant beaucoup la marche vers le large. Avec moins d?assurance, BLB, pleurant toujours la disparition de Sophie, la chère tortue d?Emile Labat et de son épouse, intitule sa chronique d?une même veine : ?Et si je devais partir?? Elle écrit : ?En tant que fille d?Emile Labat je n?ai jamais su ce qu?était le racisme. Nos amis étaient de toutes les ethnies.? Sa nourrice, en pleine Seconde Guerre mondiale, est une autre habitante de son village natal de Riambel, une musulmane.

L?express explique les raisons de son choix. Un climat d?adversité nous opprime. Il est difficile, en ce 12 mars 1980, de se réveiller avec un air de fête sur les lèvres. D?où ce numéro spécial à motivations positives : quelque pages de défi et d?orgueil.

Dans les pages intérieures, Emmanuel Juste nous apprend les mille façons d?être? la terre (en évitant sans doute le terre à terre). Ne sourions pas. Il s?agit d?un dialogue pour une survie. Il cite son ami, Marcel Cabon : ?C?est qu?elle n?est jamais pareille la terre. On dit un champ et il y a mille façons d?être la terre, d?accueillir, de recevoir, d?accepter, de donner, de se donner? comme il y a mille façons d?être la même femme.? Cabon citait aussi volontiers Sir Guy Forget, s?extasiant devant la beauté de la terre fraîchement remuée et encore vierge de toute semence. Il prenait cette terre à pleines mains et n?en finissait pas de la contempler en disant : ?Elle est si belle que ce serait l?offenser que d?y planter même les plus belles fleurs.?

Luc Olivier se veut patriote et cite en exemple la People?s Vigilance League de l?infatigable combattant des plus nobles causes populaires qu?est Bickramsingh Ramlallah, l?inoubliable fondateur du Mauritius Times. Luc cite encore l?Action Civique créée au terme d?une année de rodage et de réflexion et dont les premiers porte-parole attitrés sont Guy Lagesse, Freddy Appasamy et Kenneth Noyau. Ses objectifs sont de stimuler l?intérêt public aux choses civiques, développer le sens des responsabilités, promouvoir les idées et les actions au bénéfice de toute la famille mauricienne, encourager une hausse de niveau dans toutes les activités, dans tous les comportements et plus particulièrement quand il en va du bon renom de notre île Maurice.

Plus loin, nous voilà en présence de 12 suggestions pour éveiller le sens patriotique. Plus loin encore, douze montages photographiques, résumant visuellement douze ans de bons souvenirs. A voir, à revoir, à afficher même car chaque image de chacun de ces douze montages reflète la défense acharnée d?une noble cause.

Jean Gérard Théodore oublie sa bourse volée par un quatrième larron, avec la complicité de quelques faux jetons du ministère des Sports, pour vanter les mérites du jogging, un sport à la portée de tous. Pierre Philogène révèle les vertus du hasard nous offrant ici et là quelques champions du calibre de Gabriel Anazor. Jean Luc Balancy développe l?impératif du sport dans la société. L?inoubliable Titen prend fermement position en faveur d?une démocratisation du tennis. Bertyco Berthelot demande à Frank Richard de parler du MIE et de la révolution éducative silencieuse. Renaud Marie demande aux pêcheurs de se tenir sur leurs propres jambes. Benjamin Moutou se montre plus coopératif que jamais. Sulaiman Patel réclame, au nom de Casela, le droit d?être sensible. Le tout à l?effigie du Trochetia blackburnia, notre fleur nationale.

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