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Portes ouvertes
Une déclaration faite par le Premier ministre, hier au Parlement, propulse une nouvelle fois la question sécuritaire à la une de l'actualité. Navin Ramgoolam a annoncé qu?il est ?en train d?étudier? la question de la rémission partielle des peines de prison infligées par la justice. Le gouvernement doit avancer avec précaution sur ce dossier car le thème de l?insécurité peut susciter des passions très vives parmi la population.
D?ailleurs, la volte-face du Premier ministre apporte la preuve qu?il n?y a pas des réponses toutes faites à proposer à cette question. Il y a deux semaines, il annonçait que le Code pénal sera révisé pour rendre le délit de viol passible d?une condamnation maximale de 60 ans sans rémission. Hier, il a confirmé le durcissement de la sanction pour le trafic de drogue, le viol collectif et le meurtre mais laisse comprendre que la rémission est désormais envisageable pour ces délits.
On voit dans ces deux attitudes contradictoires le problème classique qui tiraille les dirigeants politiques. D?un côté, tenté par le populisme, il répond aux peurs de l?opinion publique par des mesures plus répressives. De l?autre, il est confronté à une réalité carcérale qui l?incite à désengorger les prisons en abrégeant les peines.
Il semble que c?est la deuxième option qui attire désormais le Premier ministre. Ce serait pourtant malheureux si le gouvernement arrivait à décider que les sentences initiales des détenus doivent être réduites pour régler le problème de la surpopulation carcérale. La prison n?est pas une marmite à pression où il suffit d?ouvrir l?évent pour laisser s?échapper la vapeur. En voulant réduire la pression dans les prisons, le gouvernement peut créer une situation dangereuse à l?extérieur.
Les journaux étrangers abondent d'exemples du mauvais usage de la rémission accordée aux détenus qui ont fait preuve d?une bonne conduite aux yeux de leurs geôliers. Récemment encore, une horrible affaire a ému nos voisins sud-africains qui viennent d?inscrire le droit à la rémission dans leurs lois. Bénéficiant d?une réduction de peine, un homme de 24 ans est sorti de prison et a violé un enfant de trois ans. Rapportant l?affaire, le journal sud-africain ?The Star? met en cause un ministre: ?Correctional Services Minister Ngconde Balfour is in hot water over the early release of a convicted child rapist who allegedly raped a 3-year old girl.? Ce journal cite une députée qui rappelle que ?Balfour had told parliament that no serious criminals would benefit from the remission, which came into effect on June 1, 2005?.
De plus, le gouvernement n?a pas encore précisé s?il appartiendra aux magistrats ou aux gardiens de prison de décider si un détenu a montré une bonne conduite et peut être relâché avant terme. Au cas où ce sont les autorités pénitentiaires qui ont ce pouvoir, le risque de corruption des officiers de la prison est élevé. Les conséquences seront, dans ce cas, autrement plus graves que celles causées par la drogue et les portables qui circulent dans les prisons grâce à des officiers complaisants. Si, au contraire, ce sont les magistrats qui vont décider du droit à la rémission, le gouvernement parviendra à transférer le problème d?engorgement de la prison au judiciaire.
La situation dans les prisons est effectivement explosive et le départ de Bill Duff n?arrange pas les choses. Mais pratiquer une opération de portes ouvertes à la prison centrale n?est certainement pas la solution.
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