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PME : entrepreneurs et gouvernement pas sur la même longueur d?onde
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PME : entrepreneurs et gouvernement pas sur la même longueur d?onde
Le gouvernement se félicite d?avoir présenté un Budget pro-PME. Il compte en faire un pilier solide de la croissance future. Les entrepreneurs, de leur côté, vivent pourtant une toute autre réalité. L?image que les décideurs veulent projeter et la réalité du terrain est différente. Fait-il bon vivre à être à son propre compte ces derniers temps ?
Krishna Thirapathi, 35 ans, vient de lancer sa propre boîte de services conseil en technologies Internet, iChoc. Il a épluché les nombreuses mesures que le Budget 2004-2005 préconisent pour les PME. S?il trouve que le gouvernement a de bonnes intentions, il estime cependant qu?il peut faire mieux.
Pour Krishna Thirapathi, les deux principaux obstacles au développement des petites entreprises ? notamment l?accès aux financements et la lourdeur bureaucratique ? restent entiers. La clé, selon le jeune entrepreneur, serait de centraliser la ?paperasse? car les petits opérateurs perdent un temps précieux dans les démarches administratives. ?Il faut qu?il y ait un système d?accompagnateur avec une logique du secteur privé. Au lieu d?avoir un bureaucrate qui dirige l?entrepreneur vers les différents départements pour remplir les formulaires, il est préférable qu?il ait lui-même ces formulaires à sa disposition. Cela facilitera énormément notre tâche?, explique-t-il.
Pour l?heure, l?entrepreneur doit faire le tour de nombreuses agences tombant sous plusieurs administrations publiques, parapubliques ou municipales avant d?obtenir les permis. L?homme d?affaires, qui avait un projet d?assemblage d?ordinateurs, se souvient de son ?interrogatoire? au poste de police de la localité où il devait opérer. ?Les policiers m?ont interrogé comme si j?avais commis un crime. Pourtant, mon entreprise allait créer des emplois pour des jeunes de la région?, raconte-t-il avec beaucoup d?amertume.
Lourdeur administrative
Ces attitudes font tiquer, malgré les grandes intentions des politiques. L?administration a définitivement du mal à suivre le pas. L?on retrouve pourtant dans le Budget une volonté de rendre plus accessible l?accès aux sources de financement. Le gouvernement reprend dans une large mesure des plans de soutien financier qui furent précédemment mis en place dont le SMEFIN (financé par l?Union européenne) mais qui n?ont jamais été opérationnels, malgré les belles promesses.
La Mauritius Post and Cooperative Bank (MPCB) et la Banque de développement de Maurice (BDM) sont mises à contribution. La MPCB consacrera une enveloppe de Rs 200 millions en faveur des PME, alors que la BDM mobilise une somme de Rs 10 millions dans un fonds destiné à garantir partiellement les emprunts des entrepreneurs.
Un fonds de capitaux à risques, d?un montant de Rs 10 millions, verra par ailleurs le jour. Les promoteurs des PME pourront ainsi complémenter leurs fonds propres par des financements provenant d?un investisseur sophistiqué qui, en sus des ressources financières, pourra aussi apporter une expertise de management au business.
Mais le gouvernement sait pertinemment que les choses ne se passent jamais de cette manière. De fait, il envisage une réforme de la BDM afin de la rendre plus flexible aux préoccupations des PME.
Le gouvernement prévoit aussi toute une série de subventions aux entrepreneurs qui proposent des business plans intéressants. Quelque 100 start up bénéficieront ainsi de ces assistances financières.
Cette décision n?est pas productive, estime pour sa part Krishna Thirapathi. ?Par définition, si quelqu?un a un bon projet, il n?a pas besoin d?argent en cadeau. Ce qu?il lui faut, c?est de pouvoir obtenir des capitaux dans des conditions flexibles?, dit-il.
Ainsi, au lieu de donner à quelqu?un Rs 100 000 sous forme de subvention, il serait nettement plus préférable selon lui d?accorder le même montant, sous forme de prêt, à cinq différents entrepreneurs, et ce sans exiger de garantie. Selon lui, si l?une des cinq compagnies n?arrivait pas à rembourser, la banque perdrait en effet au plus Rs 100 000, soit l?équivalent de la subvention. Par conséquent, cinq fois plus d?entreprises seraient aidées avec le même budget.
Un village pour PME
Il y a donc une remise en question de l?approche gouvernementale sur ce chapitre. Mobiliser les fonds nécessaires est une chose. Encore faut-il faire profiter à un maximum d?entrepreneurs les solutions financières mises en place.
Le dernier Budget est également attentif aux difficultés des entrepreneurs à trouver un endroit convenable pour opérer. Il prévoit donc plusieurs facilités allant dans ce sens. Les PME seront pourvues de zones dédiées. Un SME Village sera érigé sur une superficie de trois arpents à Terre-Rouge, qui sera équipé de toutes les infrastructures nécessaires.
Toujours est-il que la communauté des entrepreneurs a des besoins beaucoup plus urgents. Certains opérateurs se battent pour leur survie. Le succès des années glorieuses a cédé la place à la dés-illusion.
Abdool Rajack Coonjah est un fabricant de sous-vêtements ayant connu des hauts et des bas. Pour l?instant, sa compagnie connaît les pires difficultés pour se tenir à flot. Les produits d?habillement importés d?Asie ont presque tué son business. Il a dû licencier le gros de son personnel, soit une vingtaine de personnes, et éprouve des difficultés à rembourser ses prêts contractés auprès des banques.
?Le marché mauricien est devenu un lieu de dumping des produits fabriqués en Asie du Sud-Est. Aujourd?hui, tout le monde s?improvise en importateur de vêtements. Nous ne pouvons plus compter sur notre propre marché pour travailler. Les PME sont plus que jamais menacées?, déplore l?homme d?affaires.
Et ils sont nombreux, hélas, à partager le sort d?Abdool Rajack Coonjah. L?industrie locale, dans son ensemble, reste très fragile à la concurrence étrangère, surtout si celle-ci arrive par le biais de la contrebande.
Il y a consensus dans le pays à mieux soutenir le segment des PME. Ce secteur emploie plus de 40 % de la main-d??uvre et le gouvernement compte beaucoup dessus pour absorber la masse de nouveaux venus sur le marché du travail chaque année. Les décideurs comptent également en faire un moteur-clé dans la services-driven economy qu?ils rêvent faire de Maurice. Mais la politique gouvernementale dégage une certaine légèreté.
Le gouvernement a construit sa stratégie davantage autour de certains mythes que sur la base d?une évaluation objective des capacités créatrices des Mauriciens. Il y a beaucoup de bonnes choses que l?on aime raconter sur les PME. En bref, quelques ?fables? : les PME seraient ainsi les gros créateurs d?emplois de demain, elles seraient dynamiques et appartiendraient aux secteurs à haute croissance, elles seraient gérées par des entrepreneurs jeunes, brillants, pleins d?énergie et indépendants, et, pour finir, elles auraient bâtit leur projet sur une technologie exclusive et sur des stratégies à coûts réduits.
La réalité des faits est tout autre. Les emplois de demain seront générés tant par les PME que par les grosses entreprises. L?on comptera toujours des compagnies dynamiques dans toutes les industries, peu importe le stade de son développement. Les entrepreneurs créatifs et pleins d?énergie appartiennent à tous les groupes d?âge et à différents niveaux d?éducation. La technologie n?est en outre pas tout car les entreprises dynamiques dépendent avant tout des personnes qu?elles emploient.
Il y a ainsi eu le boom des dot.com, en Europe et aux Etats- Unis, qui a vu des jeunes entrepreneurs dynamiques développer des technologies nouvelles à un rythme sans précédent et se faire d?énormes fortunes. Cela aura certes aidé à renforcer certaines perceptions. Mais il y a aussi eu la débâcle des start up IT, au début de la présente décennie, et qui a dû ramener plus d?un sur terre.
Une société ne réussit pas parcequ?elle est ?high-tech? ou ?sexy?. Une entreprise réussit lorsque les conditions du marché et les structures de son industrie lui sont favorables et que son management est capable d?exploiter ces oppor-tunités.
Mais il y a un mythe plus fondamental qui pourrait pousser le gouvernement à faire fausse route. Les Mauriciens sont-ils une nation d?entrepreneurs ?
Au début des années 1980, on a assisté à un déferlement de petites entreprises. L?accès aux crédits était nettement plus aisé qu?aujourd?hui et les opportunités de croissance abondaient. Mais cette affluence s?est estompée au fil des années. Le marché a procédé à une sélection naturelle avec son lot de success stories et son lot d?échecs.
Vingt ans après, les autorités s?efforcent à remettre l?entrepreneuriat sur les rails.
Si l?esprit d?entreprise a pu s?évaporer en moins d?une génération, c?est peut-être qu?elle n?a jamais existé. L?engouement des Mauriciens à se mettre à leur propre compte à cette époque était plutôt dû à une certaine débrouillardise qu?à un entrepreneurial drive à proprement parler.
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