Publicité

Plonger dans les Gorges au moyen d?un téléphérique...

30 octobre 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Une descente au-dessus des épaisses couvertures de végétation des Gorges, au sein d?un paysage d?une beauté à vous couper le souffle, un sentiment intense de communion avec la nature. A première vue, le projet de téléphérique qui relierait sur plus de 3 kilomètres la station de Tamarind Falls à la Montagne Simonet, à quelque 630 mètres au-dessus du niveau de la mer, a tous les atouts du tourisme vert.

Mais alors qu?hier étaient soumis les ultimes commentaires à l?étude d?impact environnemental commandée par le promoteur, Seven Waterfalls Horizons Ltd, des voix s?élevaient pour mettre en doute la faisabilité du projet et surtout les retombées sur les espaces protégés du Cabinet, une réserve naturelle, que survolerait le téléphérique.

En bref, la réserve serait menacée par les aménagements à prévoir sur terre pour accueillir les pylônes et autres passages de sécurité le long du parcours.

?Nous bénéficions de l?expertise des ingénieurs suisses de Garaventa Ltd et je me suis personnellement rendu sur plusieurs sites, dont celui de Table Mountain en Afrique du Sud?, assure le promoteur Sham Seetaram.

<B>Enjeux écologiques</B>

Et d?assurer que Seven Waterfalls Horizons Ltd se servirait des sentiers déjà existants pour d?éventuelles évacuations et subventionnerait un programme de conservation, de désherbage et de clôtures d?une zone de plus de six hectares.

Mais, selon des milieux écologistes, le promoteur n?aurait pas donné d?indication précise sur les lieux exacts où seraient implantées les structures. ?J?ai pris soin d?inclure un plan avec des indications au GPS?, déclare pourtant Sam Seetaram. Mais, une indication sur plan peut-elle suffire à traduire la réalité des enjeux écologiques, là où seront faits les travaux ? Nous avons tenté, en vain, de joindre le président de la Mauritian Wildlife Foundation, Jacques Julienne, qui aurait aussi soumis ses commentaires hier.

Le projet de Seven Waterfalls Horizons Ltd, qui date déjà de trois ans, se veut un authentique exemple d?écotourisme. Il est lié à un projet de villégiature à Tamarind Falls sur 27 arpents. Sur les quelque 55 % de végétation d?origine qu?il traverserait, on trouverait un des exemples les plus riches de biodiversité locale avec 138 espèces, dont 58 endémiques.

Les promoteurs avancent que ce projet ferait l?objet d?un extrême soin écologique, notamment pour la formation du personnel (guides et techniciens) qui serait appelé à ytravailler.

<B>Constat alarmant pour l?écotourisme</B>

Maurice se classe en 88e position sur un panel de 111 îles et est décrite comme étant en assez mauvaise posture ? moderate trouble. Ce rang peu flatteur est le résultat d?une étude menée par le National Geographic Center for Sustainable Destinations et la George Washington University sur les standards de ces destinations en matière d?écotourisme. Commanditée par la revue National Geographic Traveler, elle a été rendue publique dans son édition de novembre-décembre.

En pole position, les îles Feroé et les Açores. Maurice, à 6 points de la relégation en catégorie ?in serious trouble?, arrive loin derrière la Réunion (45e) et les Seychelles (36e).

Et pourtant les critères qui distinguaient les îles étaient : la qualité de l?environnement et de l?écologie, l?identité sociale et culturelle, l?état des bâtiments classés et des sites archéologiques, l?attrait esthétique de la destination, la qualité de la gestion touristique et les perspectives futures. Le jugement des 522 experts qui ont établi cette liste fait réfléchir.

? Cette étude ne prétend pas avoir le dernier mot sur l?état des destinations?, écrit le rédacteur en chef de la revue, Keith Bellows, dans une note d?accompagnement. ?C?est, pour un travail en éternel devenir, un arrêt sur image. Nous espérons que les pays qui sont classés lanternes rouges n?en restent pas là. Nous agissons dans un esprit de critique constructive, non de condamnation.?

Vu sous cet angle, il n?est guère étonnant que la situation soit plus favorable aux Seychelles, qui pratiquent une restriction sur le nombre de ses visiteurs alors que Maurice a misé sur un objectif de 2 millions de touristes d?ici 2015.

?Il est clair que nos visées étant axées davantage sur le tourisme hôtelier, nous ne pouvions faire bonne figure?, commente une source tenant à l?anonymat. De façon révélatrice, l?essentiel du budget de la Mauritius Tourism Promotion Authority se construit sur des vacances de luxe au pays du farniente et des lagons bleus.

Toutefois, pour l?environnementaliste Vikash Tatayah, qui a contribué à l?étude, la pression des activités économiques se fait lourdement sentir, même dans le cadre de l?environnement marin. ?Nous sommes loin de ce qui se passe au Kenya par exemple, où les safaris ont peu d?impact sur la nature.? Si l?option de l?écotourisme, qui lie intérêts économiques à ceux de l?écologie, reste viable, le pays gagnerait à s?améliorer sur la voie de la conscientisation aux problèmes écologiques, qui a pris un tournant décisif avec l?épisode de l?autoroute de Ferney.

?Les commentaires sur Maurice sont éclairants?, estime quant à lui le défenseur de l?environnement, Philippe Lahausse de La Louvière. ?Il serait temps pour tous les acteurs du tourisme d?écouter ce wake-up call et de ne pas sous-estimer l?impact d?une gestion négligée de l?environnement sur le touriste, qui paie cher pour venir.? Nous sommes dans le quart des derniers. ?Il serait temps pour les autorités de réagir.?

Publicité