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Planches de salut
par Aline GROËME
Cruelle impression de déjà vu. Jetez un coup d??il au programme du Festival de théâtre de Port-Louis. ?Fer enn visyon?. En quatre ans d?existence, les noms n?ont pas changé. Ramana ? Valayden ? Miselaine? Le théâtre à Maurice est-il une affaire d?habitués ?
Nous voyons déjà les sourcils qui se froncent. Les voix qui s?élèvent. L?indignation qui gronde. Attention. Nous sommes nous-mêmes parmi les premiers à nous précipiter pour applaudir les créations de ces metteurs en scène. Leur mérite est d?ailleurs décuplé par leur faculté de nourrir leur passion sur la durée.
Mais les faits sont là. En quatre ans, la tribu des troupes ?semi-professionnelles?, comme les appelle l?organisateur Rama Poonoosamy, ne s?est pas étoffée de nouveaux venus. Vous voulez parier ? La Mauritius Drama League (MDL) a 25 ans d?âge. Gaston Valayden, aujourd?hui grand joueur de ?sapsiway?, est un vieux routier issu du MDL. Idem pour son compère Darma Mootien.
Balram Tacouri de l?Academy of Film and Theatre, fait de la mise en scène depuis des décennies. Henri Favory ? grand absent de la présente édition ? mène son ?combat ? depuis 30 ans. De 2002 (année de création du festival) à 2005, la ponctualité de ces génies n?a été que trop parfaite. Brûler les planches est-il l?apanage des dinosaures ?
Où est le sang neuf ? Pourquoi ne pas imaginer que les organisateurs d?un festival qui a désormais gagné sa place de rendez-vous culturel attendu, fasse place à une ?catégorie découverte?. S?appuyant sur les valeurs sûres, celles qui attirent le public vers le théâtre ?morisyen?, les spectateurs pourraient alors goûter à des satires nouvelles, des ressorts comiques à la nervosité revisitée.
Dénicher les perles rares ayant le potentiel de ?semi-professionnel? n?est pas à nos yeux une difficulté insurmontable. Première piste : le National Drama Festival. Certes, ce festival institutionnel pèche par son côté fourre-tout. Ses règles sont suffisamment floues pour que le jury ne fasse pas de distinction entre comédie musicale et comédie tout court.
Mais à voir l?engouement des troupes scolaires et régionales pour ces finales ? qu?elles soient en créole ou en ourdou, en anglais ou en tamoul, le calcul est simple. Plus de dix ans d?existence a forcément accouché de talents aguerris à défaut d?être confirmés.
Preuve s?il en fallait de l?essor du National Drama Festival : Latelyé Pierre Poivre y a fourbit ses armes jusqu?en 2001, année où la bande de jeunes à Rowin Narraidoo enlève la palme avec ?Malika et le mendiant?.
Depuis, Rowin Narraidoo nous en a fait voir de toutes les couleurs. Surtout des vertes? couleur de la grenouille. Ceux qui ont vu ?Nu Mem? pendant le Festival de théâtre de Port-Louis en 2003, s?en souviennent encore.
Des coassements pendant 90 minutes dans un silence étouffant. Médiocrité camouflée sous l?étiquette pompeuse d??expérimentation théâtrale.? Car comment appeler cette pièce qui a un bilan lourd de spectateurs traumatisés. Du public payant qui a quitté la salle après une dizaine de minutes de représentation. Explorer des voies inconnues de l?expression est ce qu?il y a de plus louable.
Cela doit même être l?ingrédient élémentaire de la création. Sauf quand cette attitude rebute le public, le décourage et lui laisse une piètre image de la mise en scène mauricienne, mieux vaut arrêter les frais.
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