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Plaine-Verte en veut à l?Etat et à la police

18 janvier 2008, 20:00

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«Si on savait qu?ils venaient, le scénario aurait été tout autre», affirme un homme d?une cinquantaine d?années. Le silence qui suit est lourd de sens. Cet habitant de Plaine-Verte, à Port-Louis, était présent quand un groupe armé a débarqué à la place Khadafi, vers 2 heures du matin, jeudi. Il en veut principalement à la police : «Elle a fui devant ses responsabilités.»

«Tout le monde peut avoir peur, même des policiers, mais c?est leur devoir d?appeler les renforts.»Un véhicule de la police était sur les lieux quand le groupe armé est arrivé, assure-t-il, mais il aurait décampé, empruntant même un sens interdit. Ce témoin précise qu?un des policiers a relevé les plaques minéralogiques des voitures du groupe armé. «Ils ont arraché son carnet et l?ont déchiré sous ses yeux», rectifie un autre.

Le premier témoin reprend son récit. Les policiers auraient dû alerter leurs supérieurs, encercler le groupe armé, dit-il. Mais «ils n?ont rien fait, pourtant ces gens sont restés 45 minutes», poursuit-il.

«Plaine-Verte est en colère», dit calmement un jeune homme, l?air posé. Il dit ne pas comprendre le laxisme de la police. Pour lui, l?on aurait cru que les policiers n?en avaient rien à faire. «Ou alors ils ont reçu l?ordre de ne rien faire», déduit-il. Un autre témoin déclare, lui, que les hommes armés ont cité le nom de deux ministres.

«On en veut à l?Etat pour n?avoir pas agi», reprend le jeune homme. Il nous explique que jeudi soir, si les habitants de Plaine-Verte présents à la place Khadafi avaient été des «têtes brûlées» et qu?ils avaient répondu à la provocation, il y aurait eu un bain de sang. «Si la police ne fait pas son travail, nous le ferons», affirme-t-il. Il demande à l?Etat de prendre ses responsabilités. «Comment ces hommes, des criminels fichés, peuvent-ils être en possession d?armes à feu ?», se demande-t-il. Il dit connaître ces individus du jeudi matin, des vendeurs de drogue et des videurs, venus d?un peu partout, selon lui. Comme pour nous prouver ses dires, il nous donne quelques noms.

D?autres témoins encore parlent de 200 hommes armés de fusils à pompe, de revolvers, de katanas (sabres de samouraï) et de sabres. Ils sont venus, disent-ils, à la suite d?une dispute entre vendeurs de compact discs (CD), différend qui aurait dégénéré.

«Ils nous ont fait des commentaires racistes», affirme un autre jeune homme, toujours à propos des incidents de jeudi matin. Il raconte que ces hommes armés étaient à la recherche d?un habitant de la localité. «S?ils l?avaient trouvé, il serait sans doute mort», poursuit-il.

Il nous dit ce qu?il croit être les raisons de la venue de cette bande armée. Mardi, un vendeur de CD, installé à la rue Desforges, aurait été agressé pendant son travail à cause d?un différend sur l?emplacement où il se trouvait.

Voulant se venger, ses proches se seraient rendus en groupe chez l?agresseur. Mais ils ne l?auraient pas trouvé et seraient rentrés à Plaine-Verte, sans effusion de sang. Mais l?agresseur du vendeur aurait alors ameuté ses troupes, venant de plusieurs régions de l?île, et notamment des videurs venus du Nord. Ce groupe aurait alors débarqué à la place Khadafi jeudi matin, vers 2 heures.

Jeudi soir, pour les célébrations de la cérémonie religieuse Ghoon (commémorant la mort du martyr Hussein, petit-fils du prophète Mohammud), environ 500 personnes s?étaient rassemblées à la place Khadafi. Les événements de la nuit étaient bien évidemment au centre des conversations, mais il était assuré qu?il n?y aurait pas de représailles. Tout au moins pour l?instant, disent certains, qui assurent que leur colère subsiste?

L?assistant commissaire de police Vinod Appadoo, lui, nous confirme qu?un déploiement assez important des forces de l?ordre a été mis en place dans la région. «Des barrages routiers seront installés à la tombée de la nuit.» Le but en est de contrôler les véhicules entrant dans Plaine-Verte. Ces dispositions seront maintenues jusqu?à ce que la situation retourne à la normale.

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