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Plaidoyer pour l?indépendance
Il revendique carrément l?indépendance de son île, qu?il avait quittée en 1968 pour émigrer en Australie. «Ne nous laissons pas décourager par l?indifférence. N?hésitons pas, armons-nous de courage et réclamons l?indépendance. Parlons-en fièrement et à haute voix dans toutes les maisons, dans toutes les églises, toutes les foires, tous les ports de pêche, sur toutes les fermes, au coin de toutes les rues, dans tous les autobus, et où les nôtres se rencontrent et quelle que soit l?heure».
«Notre tâche, dit-il, demandera des sacrifices, mais si aujourd?hui nous abandonnons notre lutte pour l?indépendance, nos enfants auront encore trois siècles de domination étrangère. Le choix est sans ambiguïté. La lutte ou la servitude : ils se sont servis de notre peuple comme cobaye pour des expérimentations sociales des plus inhumaines.»
Selon l?auteur, Maurice parle des droits de l?homme aux Nations unies, montre sa solidarité avec le comité de développement de l?Afrique du Sud et avec l?Union africaine tout en retenant sa propre domination coloniale. Cette moralité à double face défie toute description, croit-il.
Selon l?auteur, les Rodriguais ont été trop longtemps les malheureux sujets de la séquence monstrueuse partant de l?esclavage au colonialisme, au néo-colonialisme et enfin de l??uvre civilisatrice des missionnaires.
Cet autodidacte est sans complaisance envers ceux qu?il qualifie de nouveaux maîtres. «Notre histoire est celle d?une lutte prolongée et pénible contre des gouvernements successifs établis sans notre consentement: passant de l?état de possession française à celui de colonie française pour devenir possession anglaise, puis dépendance de Maurice, ensuite district de Maurice et enfin aujourd?hui, territoire d?outremer de Maurice. La terminologie néo-coloniale remplaça les étiquettes coloniales, les pouvoirs d?outremer cédèrent la place à des chefs non moins étrangers mais pour notre peuple, l?engrenage désolant tourne toujours !»
Faisant une incursion dans l?histoire pour parler de l?autonomie après une longue lutte acharnée, il ajoute du vinaigre dans sa plume pour critiquer ouvertement les quelques intendants qui prirent l?avion pour Maurice, contents d?aller s?asseoir sagement parmi les membres sans portefeuille du gouvernement et voilà que Rodrigues fut frappée du fléau de caméléons.
Pour Alain Lêveque, l?héritage colonial de la dictature bureaucratique ne fut jamais démantelé à Rodrigues. Il fut au contraire renforcé . «Des fonctionnaires étrangers donnent les ordres et notre peuple obéit sans un mot. Le chef de la police, le juge, le ministre pour les Affaires rodriguaises, tous les chefs de départements, tous les avocats tous ceux qui font les règles, tous ceux qui gouvernent véritablement l?île Rodrigues viennent de Maurice,» écrit-il.
Un jeune chef de gare
Né en 1956 à Port-Mathurin à Fond-La-Digue, Il avait fréquenté l?école de Baie-Lascar. Il obtint une bourse d?étude en 1967 et vint à Maurice où il fut admis au collège John Kennedy. Il ne resta pas longtemps sur les bancs de cette école pour émigrer en Australie une année plus tard.
Il quitte l?école à 15 ans pour aller travailler dans le chemin de fer dans l?Etat de Victoria, en Australie. Il ne tarde pas â être promu. En 1977, soit à l?âge de 21 ans, il devient le plus jeune chef de gare dans l?histoire du Chemin de fer dans cet Etat.
«Dépi touletan mo finn appran par mo mem. Mo alle luniversité où je suis resté 8 mois et j?ai abandonné ensuite.
Autodidacte, il a touché la philosophie, à l?histoire moderne et à l?astronomie.
Ambition personnelle : zéro. L?ambition pour son pays : l?Indépendance.
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