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Place au rituel des coupures

21 octobre 2007, 00:00

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Le niveau de l?eau dans nos réservoirs continue à baisser, alors que la saison des grosses pluies n?est pas pour demain. Les autorités ont annoncé, une fois encore, ce qui est devenu un rituel en cette période de l?année : les robinets ne couleront que pendant quelques heures seulement. Ce problème de coupures d?eau que d?aucuns acceptent mal, à l?exemple des habitants d?Écroignard qui ont manifesté cette semaine, soulève plusieurs questions sur le problème de la gestion de l?eau à Maurice et des solutions qui sont envisagées.

Face à ces mouvements d?humeur, Harry Boolauck, le directeur général de la Central Water Authority (CWA) a tenu à assurer aux habitants d?Écroignard que la fourniture d?eau dans leur région sera améliorée. Toutefois, ce dernier a rappelé qu?il faudra prendre en compte les coupures prévues dans l?ensemble du pays, en raison d?une baisse du taux de remplissage des réservoirs et des nappes phréatiques.

Au niveau de la CWA, c?est donc la vigilance qui prévaut en cette période sèche, bien que l?on assure être suffisamment rodé en termes d?expérience et de capacité de projection pour les besoins en eau du pays. C?est précisément dans cette optique que la pression du réservoir de Mare-aux-Vacoas a été volontairement diminuée de 25 000 m3 passant de 115 000 m3 à 90 000 m3, expli-que Harry Boolauck. L?objectif demeure le rationnement de la consommation, en attendant l?arrivée des pluies d?été prévues au début de 2008.

Si les trois derniers mois de l?année sont généralement considérés comme secs, la CWA de même que le Water Resources Unit (WRU) du ministère des Services publics concèdent un peu difficilement que la tendance observée ces dernières années confirme un manque d?infrastructures adéquates pour la conservation de l?eau. Un rapport rédigé par le Mauritius Research Council (MRC) en 2001 notait que « la pluviométrie et la topographie de l?île font qu?il y a une perte élevée d?eau en surface de 53 %, ce qui correspond à une moyenne annuelle de 2 067 mm3. Seulement un tiers de ce volume, soit 744 mm3 est actuellement mobilisé des réservoirs, des réserves en eau et des rivières. Seuls 9 % de la pluviométrie totale contribuent à recharger les réserves d?eau ».

Des projets d?infrastructures

Qu?à cela ne tienne, il y a néanmoins des projets d?infrastructures qui sont en cours, et parmi lesquels figurent celui de la construction d?un barrage à Bagatelle. « C?est un projet à long terme et il y a plusieurs étapes à franchir avant sa concrétisation. Mais les choses sont en bonne voie », déclare Lomush Juggoo de la WRU.

Les problèmes n?existent toutefois pas qu?au niveau des infrastructures pour favoriser une conservation confortable de nos ressources. Il y a également des facteurs directement liés au développement socio-économique que le pays a enregistré ces dernières années et à l?amélioration de la qualité de vie des Mauriciens en général. Il s?agit là de la demande croissante en eau.

« Nous consommons 3 % d?eau de plus chaque année, et cela est dû à notre mode de vie et au développement du pays.

Et comme nous ne manufacturons pas l?eau et que cette dernière est une ressource limitée, il faudra développer des sources non exploitées », soutient Lomush Juggoo.

À cet effet, explique-t-il, plusieurs projets visant à trouver une solution à ce problème de demande croissante d?eau sont en cours.

Il s?agit, entre autres des travaux de forage dans des régions sèches telles que Flic-en-Flac et Bambous. Des études sont aussi entreprises dans le sud du pays pour évaluer les ressources et les capter pour satisfaire les demandes présentes et à venir.

Remplacer le réseau de tuyauterie

Mais comme un malheur ne vient jamais seul, Maurice est aussi confrontée à un niveau élevé de fuites d?eau. Celles-ci sont responsables d?une perte de pas moins de 46 % du liquide qui s?échappe du réseau de distribution. Qui plus est, le problème de fuites, quoique ce soit également un casse-tête ailleurs, ne date pas d?hier. Il paraît que la CWA est désarmée face à ce problème. Non pas qu?elle manque de volonté pour trouver une solution, mais cette dernière est hors de portée à court et à moyen termes. Il s?agira, en effet, de remplacer une bonne partie du réseau de tuyauterie qui date de lustres.

Pour l?instant, le rôle de la CWA consiste à limiter les dégâts, comme semble le confirmer Rajend Sewumber. « S?il existe des petites perditions dans les réseaux alimentant les ménages, et dont l?impact est minime, nous allons entreprendre une étude en vue de changer des gros tuyaux datant de plus de 30 ans. Un master plan pour changer 13 % de ces conduites existe. » Il estime que la récupération de cette eau pourrait sensiblement répondre à des attentes futures.

La perte en raison des fuites est aussi accentuée, selon Rajend Sewumber, par le vol via des connexions non autorisées au réseau et par l?état défectueux de bon nombre de compteurs. En vue d?enrayer ces problèmes, la CWA procède à la mise en place actuellement d?un non-revenue water project. Ce dernier a, entre autres, pour mission de changer quelque 100 000 compteurs et de sévir contre les fraudeurs. Dans ce cadre, un project coordinator a été recruté et une Fraud Squad Unit mise en place pour retracer et sanctionner les contrevenants. Par ailleurs, une Big Consumer Unit a aussi été créée, avec pour objectif de sanctionner les gros consommateurs qui manipulent leurs compteurs.

Du mauvais au pire

Les changements climatiques, conséquence du réchauffement de la planète auraient, selon Suresh Boodhoo, de la météo, aussi contribué à aggraver la situation. « Une analyse météorologique des années 50 jusqu?à nos jours indique une baisse de 10 % à 15 % dans le volume global de pluie sur l?ensemble de l?île. » Il souligne que les observations ont démontré qu?il existe un phénomène caractérisé par de grosses averses sur un court laps de temps. Le résultat, c?est que l?eau provenant alors de ces averses ne s?infiltre pas les nappes phréatiques. « Il suffit d?une baisse de 5 % encore de pluviométrie pour que la situation passe du mauvais au pire », explique Suresh Boodhoo.

Mais l?eau est tellement importante dans la vie quotidienne des familles que la balance penchera plus du côté de l?impact de sa privation, plutôt que de celui des raisons avancées par la CWA et la WRU. Il y a eu la manifestation des habitants de Palma. Cette semaine, ce sont les habitants d?Écroignard qui ont montré leur exaspération. Il est regrettable que, pour se faire entendre, il faille avoir recours à des manifestations. C?est peut-être parce que la patience des victimes d?un système de tuyauterie désuet est arrivée à son terme.

A. C.

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