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Pirogues en bois

28 septembre 2004, 20:00

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Les pirogues de Rodrigues ont certes leur particularité. Leur poupe et leur proue se ressemblent. Ces bateaux couchés sur le flanc à marée basse, font partie intégrante du paysage local, et ils ne passent pas inaperçus le long des côtes qui bordent les routes.

Mais les pirogues en bois cèdent peu à peu la place à des barques en fibre de verre. C?est toute une tradition rodriguaise qui disparaît en même temps. Cependant, dans le sud du pays, à Rivière-Banane, Johnny Emilien tente de préserver la connaissance léguée par ses ancêtres. A 35 ans, il est un des rares pêcheurs-charpentiers de marine qui se laisse encore tenter par le bois.

Le bruit des vagues s?écrasant sur des galets s?alliant à celui du va-et-vient du rabot, berce l?atmosphère. L?ambiance est très relaxante. En cette période, aucune commande de bateau, mais il y a quand même du travail. Une vieille pirogue est hissée sur la plage. ?Les planches sont usées. Il faut que je les remplace et le propriétaire va faire la peinture.?

Johnny Emilien n?a que 16 ans quand il se consacre à la construction de pirogues. Clédio Emilien, son oncle, était réputé dans l?île pour la qualité de ses bateaux. Il connaissait bien son métier. C?était un excellent ouvrier qui a partagé toutes ses connaissances avec son neveu. Il lui donnait des conseils jusqu?au jour où il a volé de ses propres ailes.

Les débuts de Johnny sont loin derrière. Il a acquis de l?expérience et de la maturité, mais les commandes se font rares. ?Il y a souvent un propriétaire de bateau qui vient me voir pour une réparation, mais ce n?est pas tous les jours que j?ai un bateau à construire.? Quand c?est le cas, le charpentier commande des planches de Singapour chez ses fournisseurs locaux.

Les meilleures pirogues sont construites avec des bois de jacquier que le charpentier marine trouve localement. ?Le bois de jacquier est très rare et il faut plus de temps pour le traiter. Alors je prends ce qui est plus accessible.?

La particularité du bois de jacquier est qu?il est plus résistant. La durée de vie d?une pirogue construite avec ce matériau est de 20 ans, surtout avec les nouveaux produits utilisés pour la protection du bois. Il faut, en moyenne, un mois pour la finir une pirogue de 23 pieds de long. Le coût d?un bateau est dans la fourchette de Rs 25 000 à Rs 35 000, dépendant de sa taille.

?Ce n?est pas un travail difficile. La structure du bateau est restée la même. Il faut juste de la patience et de l?amour. Sinon on risque d?exécuter un travail mal fait.? Ils sont, sans doute, nombreux à se demander pourquoi les pirogues rodriguaises ont la proue et la poupe qui se ressemblent. La raison est simple, explique Johnny : autrefois, les pêcheurs n?avaient pas les moyens d?acheter un moteur hors-bord. Les bateaux étaient construits uniquement pour naviguer à la voile. C?est ainsi que la tradition est restée.

Mais maintenant, les constructeurs fixent une planche à l?arrière des pirogues pour le moteur, mais dans l?ensemble, les modèles sont toujours pareils. Johnny reconnaît que la fibre de verre prend le dessus sur le bois, mais il garde espoir que le bois reviendra à la mode dans 10 ans. ?La fibre de verre devient en plus en plus chère. Tout le monde ne pourra pas s?offrir une pirogue avec cette matière.? De plus, un bateau en bois est plus stable en haute mer, dit-il.

Par ailleurs, les pirogues en bois sont très répandues dans la partie sud de Rodrigues contrairement au Nord. C?est dans cette communauté de pêcheurs que le charpentier de marine trouve ses clients.

Bien qu?étant confiant que son gagne-pain ne disparaîtra pas de sitôt, il ne souhaite pas que son fils de 15 ans, Charly, lui emboîte le pas, même s?il est souvent sur le chantier pour aider son père.

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