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Philip Hotchin et la réforme agraire à Rodrigues
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Philip Hotchin et la réforme agraire à Rodrigues
A Maurice des politiciens, n?ayant rien à dire, agitent de temps en temps le spectre d?une réforme agraire. A Rodrigues, on ne parle pas mais on agit dans ce sens. Du moins, avant l?indépendance. Un nom est intimement lié à la réforme agraire rodriguaise : c?est celui de Philip Hotchin qui y réside et travaille de 1956 à 1968. Claude Delaître, son successeur au moment de l?indépendance, nous parle de l?agriculture rodriguaise du temps de Hotchin.
Le temps, que celui-ci passe à Rodrigues, sera douze ans d?apostolat durant lesquels l?île connaîtra de profonds bouleversements. Hotchin procède d?abord à une évaluation de la situation, avant de lancer un plan de développement de trois ans. Il constate alors que la plupart des terres disponibles sont mal exploitées par une centaine de familles de Port-Mathurin. Elles lâchent leurs troupeaux de bovins dans les pâturages. La majorité des Rodriguais doivent se contenter du gardiennage des bêtes. Ils reçoivent un salaire dérisoire quand ils ne sont pas payés en espèces. Rodrigues vit encore à l?ère féodale. Le cheptel bovin compte alors 15 000 zébus.
Dix mille arpents de terres de la couronne sont alors distribués à 5 000 familles rodriguaises. La superficie moyenne par famille est d?environ deux arpents. Par souci d?équité, ceux, qui disposent de terres fertiles, ne reçoivent qu?un arpent et demi, pour laisser une plus grande surface à ceux obtenant des terres difficiles à exploiter. Graduellement cette réforme agraire ronge la part initiale réservée aux pâturages traditionnels.
Pour encourager les familles à s?installer sur les terres qui leur sont allouées, des fonds sont mis à leur disposition pour qu?elles procèdent à des travaux de terrassement. On favorise aussi le système de ?cash crop?. Les Rodriguais se mettent à planter de l?ail et des oignons à exporter sur Maurice. La production de maïs occupe déjà une part prépondérante dans l?agriculture rodriguaise.
Les travaux de terrassement sont prioritaires. Les Rodriguais redoutent par-dessus tout ?l?avalasse? ou l?érosion graduelle ou brutale des terres. Une grosse averse et voilà les torrents qui dévalent des collines balayant tout sur leur passage. La couche arable disparaît alors pour laisser apparaître la plaque rocheuse sur laquelle rien ne pousse. Hotchin élabore alors un plan de terrassement de l?île et veille de près à sa mise à exécution.
Terrasser ne suffit pas. Faut-il encore reconstituer l?humus que les pluies charrient vers la mer. Hotchin crée un chapelet de centres d?élevage autour de l?île, à mi-chemin entre la montagne et la mer. Ils fourniront le fumier dont ont besoin les agriculteurs pour fertiliser leurs terres et relancer leurs plantations.
Le v?u d?Armand Ferrière se réalise graduellement. Cet agronome mauricien, venu épauler Hotchin, veut que chaque famille, bénéficiant de la réforme agraire, consacre un coin à l?élevage. Les ?breeding centres? fournissent aux familles les jeunes animaux à élever. Une centaine de vaches laitières sont même importées de Maurice. Elles s?adapteront mal au climat sec rodriguais.
Le manque d?eau est alors un mal chronique à Rodrigues. Hotchin imagine un système de batardeau pour barrer et contenir l?eau de pluie qui se déverse des montagnes, la pomper à une hauteur de 400 pieds avant de l?acheminer vers les terres arables. Ce système couvre l?île et fournit, en 1980, l?eau à une partie de la population rodriguaise.
Le succès du plan de Hotchin lui permet de réclamer un nouvel encadrement administratif. Il divise Rodrigues en 10 sections, chacune regroupant 300 à 400 familles et tombant sous le contrôle d?un surveillant rodriguais. Il forme de véritables agents de développement connaissant mieux les problèmes agricoles rodriguais que n?importe quel expert. Tout marche à merveille jusqu?au moment où la politique commence à mettre son vilain nez dans cette saine administration.
En douze ans, Hotchin change la physionomie de Rodrigues et la mentalité de ses habitants, affirme Claude Delaître. Il les rencontrait n?importe où et à n?importe quel moment. Dès qu?il apercevait un petit groupe d?agriculteurs en train de converser, il allait vers eux, s?asseyait sans façon, souvent sur des balles de riz ou de maïs dans les boutiques et les invitait à lui parler en long et en large des problèmes qu?ils rencontraient dans l?exploitation de leurs terres. Grâce à lui des terrains délavés, dénudés, cèdent la place à des terrasses verdoyantes, plantureuses, des ?p?tit nas? soumis, dociles, se transforment en exploitants pleins d?assurance et de détermination. Claude Delaître conclut : ?Nul ne peut s?empêcher d?admirer le travail remarquable d?un administrateur remarquable.?
Hotchin a raison de se méfier de la politique. Douze ans après l?indépendance et 12 ans après le départ d?Hotchin, l?exportation de b?ufs de Rodrigues vers Maurice qui, entre 1970 et 1974, se situe encore à environ 120 par an, est réduite à dix unités en 1978. Au lieu d?exporter 3 278 porcs comme en 1972, les Rodriguais n?exportent que 1 091 en 1978. Ils donnent comme prétextes les cyclones et la sécheresse, deux fléaux qu?Hotchin a pourtant maîtrisés. L?exploitation agricole se fait au petit bonheur et sans connaissance agronomique. Rodrigues a besoin d?un nouveau Hotchin.
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