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Petits conseils de « prostitués »

3 septembre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Qui dit vrai ? Et qui a tout faux ? Navin Ramgoolam, dans son fief à Triolet, fait son show en condamnant les journalistes (de notre groupe) au bûcher et en soufflant sur le feu, mais Rama Valayden, sur les ondes des radios libres, enfile un costume de pompier et arrose le public avec un intrigant discours de démocrate.

Le décalage entre le ton agressif du Premier ministre et celui douceâtre du ministre de la Justice est déroutant. Le premier brandit la menace et laisse entrevoir, dans une insultante analogie, l?amorce de lois répressives à l?encontre de la presse. Rama Valayden, lui, après avoir flatté le ? juste ? rôle des journaux dans le développement du pays, rassure les journalistes que tout nouveau projet ? non plus contre, mais « pour eux » ? sera discuté avec la profession. Qui croire ?

Même voile d?incompréhension sur le cas du Dr Shiam Sungkur. Ce haut gradé du ministère de la Santé nous affirme, avec ses mots révoltés, qu?il a été poussé à la retraite prématurée parce qu?on l?accuse d?avoir « divulgué des informations à la presse ». Et quand on cherche à confirmer cette information, on répond furtivement que c?est lui qui a choisi de démissionner ! Interrogé à cet effet, Rama Valayden insinuera un début de réponse : « Il y a autre chose derrière cette démission. » Concrètement, quoi ? Silence radio de sa part. D?autres aussi d?ailleurs ? il faut voir avec quel embarras ils se refilent ce virus mortel dans cette vulnérable crise frontale contre la presse (alors même qu?on accueille quatre visiteurs de marque chargés de nous conseiller sur la critique transition d?un modèle économique à un autre).

Le flou distillé autour du départ du Dr Sungkur s?inscrit en porte-à-faux dans le discours officiel de « good governance », « d?accountability », discours qu?on véhicule, aux quatre coins du monde, pour faire venir les riches étrangers, en vantant une démocratie « investor friendly ».

En fait, messieurs les membres du comité chargé, dans l?antre feutré du pouvoir, de réglementer la profession journalistique, au lieu d?évoquer le durcissement de la loi contre la presse, vous devriez parler davantage du « Freedom of Information Act », dont l?introduction a été discutée, annoncée et relayée, bien avant la nébuleuse « Media Commission ». Car pour être des relais d?informations crédibles (la presse l?est à hauteur de 93 % de la population), les journalistes se voient contraints de déjouer quotidiennement ce complot du silence ? tout en respectant les paramètres légaux, il n?y a pas eu de cas de diffamation criminelle depuis au moins une dizaine d?années.

Cet exercice difficile de traitement d?informations nous stimule, car il est exaltant, transparent et honorable. Il permet de faire remonter la voix véritable de Maurice, il permet de raconter la vraie vie qui va. Là où plus d?un ministre hésite à descendre pour avoir vendu des rêves impossibles lors de la dernière campagne électorale.

Mais messieurs les ministres, vous êtes dépassés en voulant être « politiquement corrects » du moins dans une démocratie qui essaie de se positionner comme telle (distribuer lors de coûteux cocktails des brochures ne suffisent plus).

Contrairement à ce que peuvent vous conseiller vos services de presse, au lieu de tenter d?intimider les journalistes, vous pouvez nous envoyer une mise au point argumentée ? article par article, si possible paragraphe par paragraphe.

Les dispositions de nos codes de loi vous le permettent et ce, justement de manière à rétablir, aux yeux des lecteurs, tout abus de la presse (écrite et audiovisuelle, il va sans dire).

Le débat, dans toute relation, est sain. Il n?y a pas lieu d?en faire un show, d?être vulgaire, de déraper, de céder à une malheureuse tentation de riposte populaire. Les coordonnées des salles de rédaction sont publiques, contrairement aux vôtres, malgré votre allocation y relative pour faciliter la communication, répondre aux questions d?intérêt public et aux sollicitations de vos mandants.

Sachez messieurs qu'en raison de leur vaste réseau (d'ici ou d'ailleurs), forts de leur frottement incessant avec les hommes publics, les prostitués peuvent aussi être des sages. Cela ne sert à rien de les provoquer. Pour paraphraser Simone de Beauvoir, les politiciens se délivrent de leur turpitude sur les journalistes et ils les renient ensuite. Malgré cela, on vous offre, au lieu des menaces, ces petits conseils. Faveurs gratuites.

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