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Pertes d?eau : entre gaspillage et laxisme

3 novembre 2007, 00:00

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Les maçons de morcellement Ilois, Baie-du-Tombeau, sont à la peine. Depuis quelque temps, la Central Water Authority (CWA) a mis en place un programme de coupures et, dans l?après-midi, les chantiers non équipés de réservoirs sont affectés par le manque d?eau. Le lendemain matin, à quelques rues de là, l?eau coule à flot à Baie-du-Tombeau. Mais pour un tout autre usage : on assiste alors au lavage à grosse pression des voitures, murs, portes et trottoirs par des habitants insouciants, lance à eau et nettoyeurs à pression en main. Le gaspillage et la fraude grèvent le réseau de la distribution d?eau. Qui parle de responsabiliser les usagers ? Mais la CWA fait-elle tout ce qu?il faut, là où il le faudrait ?

Evoquant les coupures, Harry Booluck, general manager de la CWA, explique : «Ce sont des mesures préventives que nous devons prendre chaque année». En l?état, les réservoirs sont en baisse par rapport à la moyenne saisonnière. «Si Mare-aux-Vacoas devait fournir l?eau comme en temps normal, le stock serait épuisé en 60 jours.» Alors qu?avec la gestion économe de l?eau, il est possible de tenir jusqu?en février.

Cependant, il n?existe pas de moyens pénaux de contrer le gaspillage, sauf en cas de crise. Préoccupant, car si on se base sur une étude de la Banque mondiale, le seul lavage d?une voiture représenterait une consommation de 200 litres d?eau.

Une mesure, la Governement notice n° 70, a pourtant été introduite dans les règlements de la CWA en 1999. Elle a fait l?objet d?une brève mise en application sur quelques mois à partir du 1er juillet de cette année-là? et permettait de réprimander ceux qui seraient pris en train de gaspiller. Mais elle ne reste applicable qu?en temps de crise (emergency).

<B>Deperdition de 46 % du volume total</B>

Pour qu?on décide qu?il y a crise, il faut qu?il y ait sécheresse, et que les autorités, ministère, CWA et météo comprises, conviennent de la gravité de la situation. Une donnée technique (la pluviosité doit être d?un niveau inférieur d?au moins un tiers de la moyenne saisonnière), et une décision doivent se conjuguer.

Chaque mois, les relevés des réservoirs sont étudiés par le Water Resources Committee. Pour l?heure, Harry Booluck parle d?une « situation critique » et de « période sèche » dans les réservoirs. Ainsi, les premières diminutions et autres coupures progressives ont été mises en vigueur il y a deux mois. Le GM de la CWA reconnaît que des mesures coercitives pourraient être prises à l?encontre des gaspilleurs mais «il faut aussi revoir toute la stratégie des campagnes de sensibilisation».

Néanmoins la fraude demeure. Branchement en amont du compteur, déconnexion officielle et usage officieux, compteurs trafiqués, pompes cachées... «Le phénomène est plus grave qu?on ne le pense», commente Harry Booluck. L?anti fraud unit de la CWA sévit quand elle constate une baisse anormale de la consommation, une déconnexion du réseau non suivie d?une nouvelle connexion, une disparité importante entre le montant de la facture et la capacité d?un client -comme en 2005, quand un hôtel du littoral qui ne s?acquittait que de quelques centaines de roupies par mois avait été pris.

L?anti fraud unit veille et sanctionne par des amendes de Rs 50 000 les particuliers contrevenants et de Rs 200 000 pour les industriels et gros établissements comme les hôtels. Elle a aussi recueilli Rs 18 millions de roupies d?arrérages depuis 2005. Mais ce bras armé contre les fraudeurs ne compte que quatre membres pour toute l?île !

Cependant, pour d?autres, fraude et gaspillage ne sont qu?un faux problème : Rajen Kauppaymuthoo, ancien administrateur du droit de l'eau à la CWA, fait ressortir : «Comment peut-on tout mettre sur le dos des fraudeurs et de l?incivisme quand pour la seule région des hautes Plaines-Wilhems, on a dénombré, en 2002-2003, pas moins de 3 149 fuites. Ce n?est quand même pas le fait de 3 149 voleurs !»

L?ancien haut-cadre de la CWA poursuit : «Il est tout aussi ridicule d?accuser la sécheresse. Il est facile de dire qu?il ne pleut plus assez. Mais comparez la pluviométrie de Maurice à celle de la France : cette dernière ne dispose que d?une moyenne annuelle de 700 millimètres (NdLR : un millimètre de pluie est l'équivalent d'un litre par mètre carré) alors que nous recevons en moyenne 2 000 mm sur la même période !»

«Ce genre de fuites, c?est du ressort du Non Revenue Cell», explique une source de la CWA. Cette Non Revenue Cell (NRC), prévue par le corporate plan de la CWA, est censée réduire de moitié l?eau dispensée, mais perdue avant de parvenir à l?usager. Selon les études menées, notamment par Severn Trent Services au début de la décennie, la déperdition atteignait 46 % du volume total. Les résultats de la NRC se font attendre et la CWA, aidée par la Banque européenne d?investissement, continue d?étudier le problème.

En attendant, de 9 à 15 heures et de 21 à 3 heures, à Baie-du-Tombeau ou ailleurs, les coupures se perpétuent.

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