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Perrichon au poivre

14 mai 2006, 20:00

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L?idée est piquante. Monter un Perrichon trois mois seulement après l?adaptation réussie de la pièce d?Eugène Labiche par Theatralis, c?est forcément s?exposer à la comparaison pour l?Atelier Pierre Poivre et Rowin Naraidoo.

Tant mieux si la critique stimule la créativité et cherche à nous surprendre. Sauf qu?un plat mal assaisonné, même préparé avec amour, reste indigeste. Toutes les astuces pour le faire passer n?arrachent que des grimaces.

Le voyage de Monsieur Perrichon, façon Rowin Naraidoo, est plein de bonne volonté. D?abord, celle de nous faire voir les comédiens des Komiko dans un registre inhabituel. La dégaine de jeune chébran de Yannick Guylène fait merveille dans les pièces de Miselaine Soobraydoo. Transposée dans un vaudeville, c?est un Daniel Savary, qui sous ses dehors d?homme du monde, est fourbe à souhait.

Même chose pour Annabelle Augustin, remarquable dans les rôles d?épouse grande gueule, jalouse et bafouée. Elle est tout aussi crédible en Madame Perrichon coléreuse, préoccupée par la position sociale de sa fille. La preuve que les comiques savent jouer autre chose.

Le hic, c?est que justement, ils restent dans les registres où on les connaît déjà. C?est du copié-collé sans danger, avec pour seule ?difficulté?, un texte en français. Dit avec la palette ?d?accents? mauriciens. Mais n?est-ce pas cela la francophonie ?

Des zones d?ombre qui dérangent

Là où le poivre fait éternuer c?est au niveau du costume. Mélanger tenues d?époque et vêtements contemporains est un objectif louable en soi, mais quand visuellement, cela déconcentre le spectateur, voire le désarçonne, c?est que l?initiative dérange.

A plus forte raison, si le spectateur passe plus de temps à essayer de comprendre pourquoi Savary porte une redingote 19e siècle sur un jean et une chemise à rayures tout ce qu?il y a de plus 21e et pourquoi aussi Majorin (Abdoollah Earally) débarque dans le salon des Perrichon en kurta, alors qu?au début de la pièce il était en pantalon à pinces et bretelles? il y a matière à réflexion.

Un metteur en scène, qui après s?être exprimé pendant plus d?une heure et demie, laisse encore des zones d?ombre dans le cerveau du spectateur, a failli à sa tâche. Celle de nous divertir. De nous prendre par la main et par les sens pour nous faire voyager tout autant que Perrichon, dans les contrées de l?absurde, du comique et de l?amour.

Nous n?arrivons pas à voir Majorin le cynique mais un Abdoollah Earally rôdé, à la lecture des bulletins d?info radio, façon France Inter. Ses intonations sont décalées, son débit est saccadé. En plus, il n?est pas arrivé à se débarrasser de sa tendance à regarder par terre au lieu de regarder soit le public soit son partenaire. On ne peut s?empêcher de se dire qu?il dit son texte comme un journaliste lirait les infos.

La soirée de gala s?est jouée mardi au Mahatma Gandhi Institute devant une salle dégarnie : 150 spectateurs environ, incluant l?ambassadeur de France et madame. Une poignée d?enthousiastes qui ont vu le rythme du voyage de Perrichon se ralentir au fil d?une pièce partagée entre ceux qui en font trop et ceux qui n?en font pas assez.

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