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Percée des nationalistes
Les nationalistes hindous, au pouvoir en Inde, ont remporté une victoire sans appel à des élections régionales en s?emparant de trois Etats jusqu?ici contrôlés par le parti du Congrès de Sonia Gandhi, selon des résultats officiels annoncés jeudi 4 décembre. Près de 94 millions d?électeurs avaient été appelés, lundi, à participer à ce scrutin, dernier grand test avant la bataille des élections parlementaires nationales de 2004. La participation s?est établie à 57 %, soit plus de 53 millions de votants.
Après une série de revers électoraux, le Parti nationaliste hindou (BJP) du premier ministre Atal Behari Vajpayee a enregistré des succès écrasants dans les gigantesques Etats du Madhya Pradesh (centre) et du Rajasthan (nord-ouest), et a également arraché la région tribale du Chhattisgarh (centre) au parti du Congrès.
Le Congrès, qui dirige l?opposition au niveau fédéral, a tout juste gardé le contrôle de l?Assemblée régionale de New Delhi, la capitale indienne, avec 47 députés, contre 20 au BJP, selon des résultats définitifs. Précédemment, le Congrès détenait 52 sièges et le BJP 15 dans la métropole.
«Les gens ont voté pour le changement», a déclaré Digvijay Singh (Congrès), qui dirigeait depuis 10 ans le gouvernement régional du Madhya Pradesh. Le BJP a décroché au moins 166 sièges à l?Assemblée de cet Etat (contre 38 au Congrès qui a perdu 86 députés). Au Rajasthan, 119 sièges sont allés au BJP contre 56 au Congrès et, au Chhattisgarh, le BJP a obtenu 48 mandats et le Congrès 37.
En dépit de ces succès, M. Vajpayee, 78 ans, figure populaire et modérée du camp nationaliste hindou, a exclu, jeudi, des élections parlementaires anticipées. «Il reste encore un an» avant la fin du mandat du BJP au pouvoir fédéral, a dit le premier ministre, en réponse à une question sur la convocation éventuelle d?élections nationales avant la date prévue de septembre-octobre 2004. Cependant, mercredi, il avait demandé aux élus du BJP de se préparer dès à présent à la bataille.
Selon des sources internes au parti, Lal Krishna Advani, 76 ans, vice-premier ministre et ministre de l?intérieur, s?était déclaré favorable à des élections anticipées en cas de victoire dans au moins deux des quatre Etats cette semaine. Mais jeudi, après l?annonce des résultats, M. Advani, qui ambitionne de succéder un jour à M. Vajpayee, a affirmé : «Nous ne pensons pas à des élections anticipées».
L?usure du pouvoir du congrès
Selon tous les commentateurs, ce sont des questions locales (eau, électricité, routes...) qui ont dominé les préoccupations des électeurs. Le Congrès a souffert de l?usure du pouvoir dans les Etats en question et d?une mauvaise image de ses leaders régionaux et nationaux, notamment de Sonia Gandhi, 56 ans, veuve de l?ancien premier ministre Rajiv Gandhi assassiné en 1991.
Mme Gandhi a exprimé une «profonde déception» et a demandé aux membres du Congrès de «retrousser leurs manches» pour la bataille de 2004. Mais sera-t-elle suivie ? Fait significatif : contrairement aux élections régionales de décembre 2002 au Gujarat (ouest de l?Inde), le BJP n?a pas fait vibrer cette fois la corde nationaliste hindoue face à la «menace du Pakistan et de l?islamisme».
Mme Uma Bharti, dirigeante du BJP inculpée pour avoir incité une foule à démolir une mosquée du XVIe siècle dans la ville sainte d?Ayodhya en 1992, a été élue au Madhya Pradesh sur «un programme de développement», ont souligné ses collègues.
L?Inde, qui compte plus d?un milliard d?habitants, se targue d?être la plus grande démocratie du monde. Les hindous représentent plus de 80 % de la population. La minorité musulmane est forte de 140 millions de personnes. Le taux de croissance économique en Inde se situe actuellement autour de 7 %.
Interrogations sur le leadership de Sonia Gandhi
Au lendemain du raz-de-marée nationaliste hindou à un scrutin régional en Inde, la presse nationale s?interrogeait hier sur le leadership de Sonia Gandhi, principale dirigeante de l?opposition, et sur ses chances de remporter la bataille des élections parlementaires de 2004.
Peu après avoir exprimé sa «profonde déception» alors que les nationalistes du BJP (au pouvoir fédéral) se réjouissaient dans les rues, Mme Gandhi a réuni jeudi soir ses principaux conseillers du parti du Congrès pour analyser les raisons de la défaite.
Parlant de Sonia Gandhi, certains commentateurs ont souligné son «manque de charisme et de compréhension de l?Inde profonde» et sa connaissance approximative de la langue hindi alors que le scrutin régional s?est justement déroulé «au coeur du pays hindi».
Sonia Gandhi, 56 ans, Indienne d?origine italienne, est la veuve de l?ancien Premier ministre Rajiv Gandhi assassiné en 1991. Elle dirige depuis 1998 le parti du Congrès qui a gouverné l?Inde pendant quatre bonnes décennies.
«Le Congrès écrasé, Sonia coulée», a titré vendredi le quotidien Asian Age.
De son côté, le «Hindu» a estimé dans un éditorial que ?pour le Congrès, sous le leadership de Sonia Gandhi, les résultats des élections ont sonné comme un coup brutal ? peut-être fatal ? aux ambitions (du parti) de former le prochain gouvernement? fédéral après les élections de 2004.
Pour le «Times of India», il s?agit d?un «sérieux avertissement à Sonia», alors que son parti «est en plein désarroi».
Pendant la campagne, certains dirigeants nationalistes hindous ont une nouvelle fois joué la carte des «origines italiennes» de Mme Gandhi qui a, face à elle, un Premier ministre du BJP, Atal Behari Vajpayee, 78 ans, dont la popularité ne cesse d?augmenter.
Après «la défaite de Sonia», certains membres du Congrès seraient favorables à une montée en puissance de l?un ou l?autre de ses deux enfants, Priyanka et Rahul (à peine la trentaine), «dynastie Gandhi oblige».
© 2003 Le Monde News Service distribué par The New York Times Syndicate
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