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Peinture : le paysage marin à l?honneur au CCEF
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Peinture : le paysage marin à l?honneur au CCEF
L?amateur de Beaux-Arts ne se doute pas en gravissant l?escalier, menant au Centre culturel d?expression française, rue Chasteaneuf, Curepipe, qu?il plongera bientôt au milieu d?un véritable aquarium, composé d?une soixantaine de tableaux, chantant avec bonheur les mille nuances et tonalités de notre Mer des Indes aux reflets changeants. Une soixantaine de toiles dans un espace aussi restreint. Il convient donc de garder le pied marin, l??il vif et surtout la force pour résister aux émotions esthétiques qui ne tarderont pas à déferler sur les visiteurs, heureusement nombreux.
Ils sont ainsi agréablement pris au dépourvu, se retrouvant passagers privilégiés au milieu d?une aussi heureuse traversée. Ils ignorent qui est l?armateur ou le capitaine, le seul maître après Dieu à bord du navire CCEF. Ils n?en ont cure. Ils ne savent où regarder, tant les toiles, de tous côtés, leur lancent des ?illades. Ils nagent de bonheur. Ils surfent sur les toiles. Ils disent mer? veille sur nous. Ils disent mer sea.
Jusqu?à samedi, le CCEF chante donc la mer sous tous ses aspects. Plus exactement, il prie une vingtaine de nos peintres et artistes, choisis parmi les plus talentueux, de le faire en son nom et pour notre ravissement le plus complet. Ils répondent à la pelle à l?appel et s?empressent de peindre l?âme de notre Mare Indici, sous ses facettes les plus agréables, les plus conviviales.
Aimantés par cette mer toujours présente
Il y a d?abord ceux qui nous conduisent au bord de mer. Ils sont terriens comme nous, mais aimantés par cette mer toujours présente et toujours renouvelée. Ils nous entraînent à travers les sentiers, courant entre filaos, pour déboucher sur cette mer toujours recommencée. Parmi les sous-bois les plus délicieux, il y a ceux de Bolton à Flic-en-Flac ou à Merville, de Bernard Charoux à Butte à l?Herbe, du père Roger et de la vespérale Janine Harel, à Palmar, de Geneviève Le Clézio à Riambel, la plage paresseuse.
Qui ne voudrait s?allonger et même s?ébattre dans l?herbe grassouillette que découvre Edmond Masson à la Pointe Lafayette ? Ces peintres mi-terrestres, mi-marins, respectent trop la Grande Bleue pour nous y plonger sans ménagement. Les arbres, qui ornent leurs toiles, sont autant de perches, nous offrant un sursis avant la noyade inévitable. Aux couleurs aquatiques se mélangent d?autres plus végétatives mais aussi plus familières, plus rassurantes. Nous leur savons gré de cette utile transition.
De l?autre côté de la mer, il y a parfois des montagnes, dont l?inévitable Lion, quand l?artiste veut croquer au passage ces ravissantes gazelles marines que sont nos pirogues, à l?amarre à la Pointe-des-Régates. Il y a aussi la tourelle de Tamarin quand il ne s?agit pas du Morne. Edmond Masson emprunte la palette de Turner pour recréer le soleil couchant entre l?îlot Fourneaux et cette montagne mythique. La pureté de l?or y est alors d?un tel carat qu?elle donne une touche vénitienne à ce lagon tropical. La sérénité la plus glacée fait taire alors l?agitation diurne. L?heure passe au recueillement et à la méditation.
La mer est prétexte à quelques scènes de la vie marine. Remaillage ou déploiement des filets à Mahébourg, à la Pointe-aux-Sables ou plus exactement à GRNO d?Yves David. Les préparatifs des régates à Pointe-Canon de Maryse David. La fabrication du sel marin aux salines de Tamarin de Neermala Luckeenarain.
Kishan Beejadhur réussit à l?huile et au couteau une surprenante barque, se détachant, toute colorée et majestueuse, d?un lagon endormi et décoloré. La réussite est telle qu?on a l?impression que la barque passe au travers de la toile. Dommage qu?elle s?éloigne à reculons, alors qu?elle possède les qualités pour jaillir de la toile et nous emporter au passage. Poupe n?est pas proue.
Des rêves d?éternité
De l?autre côté de la mer, il y a parfois un phare qui continue de nous guider même si ses feux sont éteints depuis belle lurette. Demeurent parmi nous, heureusement, des peintres aussi talentueux que Véronique de Rosnay pour nous rappeler que Mahébourg et le Grand-Port ne seraient pas aussi majestueux si l?île-aux-Fouquets ne conservait pas aussi soigneusement les vestiges d?un phare aussi prestigieux que le sien.
Monique de la Vallée-Poussin, Maryse Hardy, Bernard Charoux et Sylvio de Lapeyre se veulent plus maritimes que marines. De la mer, ils retiennent le port en tant que rêve d?escale, autant pour le marin qui repose pied sur le plancher des vaches, que pour les hommes libres que nous sommes et qui ne cessons de chérir la mer. Il y a ceux qui, comme Charoux et Hardy, demeurent fidèles au sillage portuaire légué par Serge Constantin. De Lapeyre réinvente avec bonheur la peinture misérabiliste, bleutée à souhait, d?un Bernard Buffet. De la Vallée-Poussin réussit un effet crayonnage qui patine harmonieusement sa délicate vision de la rade de notre Port-Louis. Dieu que cette rade est belle et combien ces peintres-amoureux savent lui rendre justice sur toile.
D?autres peintres également inspirés, à l?instar de François Hardy, de Georgina Rey, se tiennent au bord de mer, au milieu d?un no man?s land. L?on ne sait plus où s?achève le banc de sable et où commencent la mer et le ciel. Nous sommes, au milieu d?un enchevêtrement d?infinies diverses. Nous nous découvrons atome au confluent trois éléments naturels (terre, eau, air) nous transcendons infiniment. Des rêves d?éternité, recréées sur toile, à contempler à jamais.
La mer s?agite, se met en mouvement, se laisse même bercer par des houles parfois effrayantes. Le gros temps, entre autres, à Pointe-aux-Roches et au Gris-Gris de Bolton ou encore le Souillac des Dames de Lorette de Geneviève Le Clézio sont, sur ce point, plus vrais mais aussi plus terrifiants que le Gris-Gris placide d?Edmond Masson. Il lui manque la force des vagues ou encore le gré du courant que dépeint si bien Rirette Faron.
À se vouloir bouchon ou fétu de paille au milieu des rugissantes, on finit par couler au fond. D?autres merveilles nous y attendent. Nous n?oserons pas nous demander comment s?y prennent nos peintres les plus téméraires pour nous offrir ces croquis croqués au fond de l?océan. Ils sont merveilleux et nous cédons à l?émerveillement.
Touches et couleurs chazaliennes
Kishan Beejadhur réussit une épave d?un bleuté titanesque.
Il ose même des coraux colorés dans cet univers sous-marin qu?on condamne trop hâtivement au bleu omniprésent. Dans la même veine, Rirette Faron réussit un jardin qui, pour être aquatique, n?en est pas moins extraordinaire.
Saïd Aniff Hossanee et Jean-Claude Baissac se situent, pour leur part, hors mer et hors temps. Ils ne contemplent pas la mer d?en haut ou d?en bas quand ce n?est pas sur le côté. Ils recréent la mer et la vie marine. Hossanee demeure fidèle à la touche et aux couleurs chazaliennes. Jean-Claude Baissac, qu?on connaissait intransigeant sur le noir et blanc, se convertit aux couleurs pastel, avec un soupçon de fluorescent. Sur ce fond de rêve et de mystère, il superpose un graphisme, fait de cernes et de trait épais, blancs et noirs naturellement. Il réussit, du coup, d?authentiques chefs-d??uvre qu?on rêve de pouvoir posséder un jour.
Rien que pour ces trois toiles de Baissac, le Salon de Peinture du CCEF mérite largement le détour. Quant le visiteur pourra enfin détacher ses yeux émerveillés d?une telle réussite, il comprendra alors qu?une soixantaine d?autres ?uvres peuvent également l?ensorceler. Il nous reste toute une semaine pour constater de visu combien l?exposition graphique et artistique se porte bien à Maurice et combien il ne tient qu?à nous de nous approprier de telles beautés.
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