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Paula Lew Fai, psychosociologue :« Donner la voix aux pauvres est le véritable combat »
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Paula Lew Fai, psychosociologue :« Donner la voix aux pauvres est le véritable combat »
<B>Vous étiez une des intervenantes à la conférence sur la pauvreté cette semaine. Comment expliquez-vous que les divers programmes pour éradiquer ce fléau n?aient pas donné les résultats escomptés ? </B>
Je dirais que trop souvent, les programmes, même les mieux conçus, comme ce fut le cas pour A Nou diboute ensam, obéissent à des logiques insti-tutionnelles dont le critère principal d?efficacité ou de réussite est la quantité, le montant déboursé, le nombre de projets financés. Certes, la quantité est importante, mais la qualité ne suit pas.
<B>C?est-à-dire ? </B>
Je veux dire par là que la participation des populations demeure une fiction pour plusieurs raisons, notamment parce qu?il faut aller vite, montrer aux autorités que les programmes marchent. Résultat : on n?a pas vraiment le temps d?accompagner les destinataires en amont du projet.
Ce sont des procédures lourdes, qui demandent du savoir-faire, de la patience, de la persévérance, car apprendre à pêcher est un slogan qu?on balance sans vraiment se rendre compte de ce que cela implique comme difficultés. On reproduit aussi beaucoup au niveau des réalisations de lutte contre la pauvreté, pour aller vite sans respecter vraiment les pauvres, leurs combats quotidiens et leurs priorités dans la survie. Le parachutage de projets ne peut pas faire avancer. Ça dure un moment, mais il n?y a pas de véritable appropriation dans la durée. Dès qu?on tourne le dos, tout s?effondre.
<B>Y a-t-il d?autres raisons à cela ? </B>
Oui. Il faut dire aussi que les programmes, à cause même de cette logique de « visibilité et d?appropriation du succès » par les instances institutionnelles, vont aux plus reachable, c?est-à-dire les quelque 5 % de démunis qui le sont devenus par des accidents de parcours, et qui sont capables de mo-biliser leurs ressources face à l?aide offerte.
Pour les autres, qui sont parfois isolés, inorganisés, sans voix, il faudrait des mesures d?accompagnement différentes, plus ciblées, et dont les effets se font sentir sur le long terme. Mais qui veut du long terme ? On recherche le sensationnel pour s?attirer une clientèle, mais qui s?intéresse aux mécanismes de fond qui permettent de sortir des situations de désespérance ?
<B>C?était une conférence sur la pauvreté, où les principaux concernés, les pauvres, n?ont pas eu voix au chapitre. N?est-ce pas cette absence d?écoute qui est à l?origine de l?échec des programmes ? </B>
Comme je le disais, donner la voix aux pauvres, les écouter, cheminer avec eux, est en soi le véritable combat. Car à tout ramener au plan financier on nie ceux-là mêmes que nous sommes censés soutenir dans leur dignité. On passe à côté d?un univers qui a sa dynamique, ses stratégies de survie. Ce n?est pas avec nos préjugéset notre bonne volonté de « petits bourgeois » qu?on vient sauver.
« Ce n?est pas avec nos préjugés et notre bonne volonté de ?petits bourgeois? qu?on vient sauver »
<B>Vous disiez lundi : «? Malgré la bonne volonté et les fonds, il peut y avoir des actions qui s?avèrent perverses. On peut même enfermer les gens encore plus dans la pauvreté. » Comment l?aide apportée peut-elle enfermer quelqu?un davantage dans la misère ? </B>
Parce qu?on veut justement aller trop vite pour pouvoir médiatiser les actions et en tirer des profits personnels. Les réalisations telles que, par exemple, les micro-crédits, peuvent donner un coup de pouce. Mais il faut un encadrement solide, un suivi rigoureux en amont et en aval car certains s?y lancent avec beaucoup de courage, mais au final, n?arrivent pas à écouler leurs produits. Beaucoup se retrouvent alors endettés. Et ils empruntent pour rembourser. Comment sortir de ce nouvel échec, par rapport à soi-même, et à son milieu, qui contrairement à ce que l?on croit, n?aide pas ?
<B>On ne devient pas pauvre du jour au lendemain. Il y a des accidents de parcours. Quels sont-ils ? </B>
Ils sont nombreux. Des vies ou des générations entières basculent alors dans le gouffre. Il y a le travail précaire, les dysfonctionnements des familles, les sollicitations faciles pour échapper à l?enfer d?une vie difficile (drogue, prostitution), les divorces, les maladies, les deuils, qui laissent sans aucune ressource.
C?est tout un faisceau de circonstances, mais à un moment donné, un facteur peut, combiné aux autres, déclencher une descente sans retour. Inversement, s?en sortir dépend tellement de l?aide adéquate au bon moment, donnée sans en tirer aucune gloire et aucun crédit, dans la durée. Est-ce encore possible ?
<B>Propos recueillis par B.B. </B>
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