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Paroles de jeunes
De belles expressions. De profondes paroles. Etonnant ce que peuvent sortir des adolescents d?une quinzaine d?années. Honneur aux filles : Carole Vetter a quatorze ans. Son slam raconte l?histoire d?une fille dont la maman s?est suicidée. Une histoire qui n?a rien à voir avec la sienne. La maman de Carole est toujours là. Mère et fille partagent une tendre complicité. Son histoire est imaginaire. Mais elle touche. A touché Carole. A touché Juliette, la maman de Carole. A touché les mamans rassemblées dans le gymnase du Lycée des Mascareignes où avait lieu le concours de slam. A touché les amis de Carole. A touché les membres du jury? Parce que Carole a trouvé les mots. Elle y a mis toute son âme. Parce que «ça peut paraître banal, mais j?ai toujours eu très peur de perdre ma mère. Pour écrire ce texte, je me suis mise à la place de ceux qui ont perdu leur maman.»
C?est sur un texte comique que Carole s?embarque quand elle entend parler du concours de slam interscolaire ? Le slam est un mouvement artistique, culturel, éducatif, social qui célèbre l?art oratoire. C?est en quelque sorte une nouvelle forme de poésie qui ressemble au rap, mais il est plus parlé que chanté - Mais, la jeune fille de l?Ecole du Nord change complètement de direction quand au premier atelier, elle entend les autres slameurs. «Eux avaient écrit des textes engagés. Avec des paroles profondes. Mon niveau était bien inférieur.» Carole change alors son fusil d?épaule. Passe du comique au tragique. Sort un texte qui épaterait même Grand Corps Malade, celui-là même qui a fait découvrir le slam aux Français. «Je me suis dit que si j?y mettais la bonne émotion, j?aurai peut-être une chance. Mais de là à gagner? impossible.» Elle doit être bien modeste Carole. Jugez-en par cet extrait de son texte.»
Maman, où es tu maman ? Tu me manques tant maman ! Pourquoi m'as tu laissée dans le noir, guettant une simple lueur d'espoir ?
Pourquoi m'as tu laissée seule, me prendre les défis de la vie en pleine gueule? (?). Si seulement j'avais vu tes larmes au fond du gouffre et cette arme, pointée au dessous de ton cou pour t'en aller de ce monde de fous. (?) Alors quand elle doutera, d'elle, de vous, de moi ou de toi (?), n'oubliez pas de lui dire «Maman, je t'aime ». Moi j'aurai beau le crier, le hurler ou simplement le murmurer, elle ne l'entendra plus jamais !»
De l?autre coté, il y a Loïc Pierre, 16 ans, étudiant au Lycée Labourdonnais. Son texte à lui est tout sauf imaginaire. Dans la vie, il est vraiment «din din din din dingue» de Manon, sa copine. C?est elle qui est «dans ma tête, de jour comme de nuit. Elle est ma dame, ma raison de vivre, Elle est ma vitamine. Elle est ma came, ma joie de vivre, Elle est mon amphétamine.»
Ce garçon «assez renfermé» se dit «l?inverse de ce que je suis quand je slame ou quand je rape. A ce moment-là, je suis une autre personne. Les mots sortent d?eux-mêmes.» Loïc est un habitué de rap. Pendant deux ans, alors qu?il habitait une banlieue en France, il participait à des concours de rap pendant les récrés. Une expérience qui l?a beaucoup aidé pour l?écriture des textes exécutés en groupe. Où il était question de bagarres, de jeunes de banlieue qui fumaient des joints. Son collège est, du reste, arrivé premier dans la catégorie slam collectif. Le collège de Carole est arrivé second. Plusieurs établissements étaient en lice pour ce premier slam interscolaire. Notamment, le Lycée Labourdonnais, le Lycée des Mascareignes, les collèges de Lorette de Port-Louis et de Mahébourg, l?Ecole du Centre et l?Ecole du Nord. Les deux jeunes gens remercient d?ailleurs unanimement Stéphane Hart de Keating, l?initiateur du slam à Maurice, qui a aussi eu l?idée de ce slam interscolaire. «Avant qu?il n?intervienne à l?école, le slam je ne savais pas ce que c?était. Mais, depuis j?écris le slam tout le temps. C?est ma nouvelle passion.» raconte Carole.
Quid du futur ? D?une surprenante maturité, Carole sait presque déjà ce qu?elle veut faire dans la vie. Entre journalisme et droit, son c?ur balance. «Slameuse peut-être pas.» rigole-t-elle. «Quoique? avocate et slameuse, ce serait sympa.» Son rêve : faire une année d?humanitaire au Botswana après ses études. «Si j?ai une bonne situation, je voudrais même ouvrir un hôpital là bas.» Bien nobles intentions. Quant à Loïc, il penche pour le sport, le rap et le dessin. Rien n?est encore sûr. Remarquez qu?il a le temps d?y réfléchir.
<I>Loïc : «Avant qu?il n?intervienne à l?école, le slam je ne savais pas ce que c?était. Mais, depuis, j?écris le slam tout le temps. C?est ma nouvelle passion.»</I>
<I>Carole : «Eux avaient écrit des textes engagés. Avec des paroles profondes. Mon niveau était bien inférieur.»</I>
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