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Paranoïak
Oser même songer à faire un ?remake? de Fenêtre sur Cour, le chef-d??uvre d?Hitchcock demanderait soit un immense talent, soit beaucoup de prétention ou alors une rare inconscience. Avec deux ou trois films anodins à son actif, il est difficile de dire que le réalisateur D J. Caruso ait, à ce jour, fait preuve de la première des caractéristiques mentionnées. Par contre, on ne peut affirmer qu?il ait fait preuve des deux autres, non plus. On lui reconnaîtra cependant une honnêteté foncière, tant vis-à-vis de ses propres limites que de son public, en même temps qu?une certaine circonspection. Selon des propos qui lui sont attribués, son film, Paranoiak (Disturbia en V. O) se veut non pas un remake du chef-d??uvre d?Hitchcock, mais juste une libre adaptation.
De fait, James Stewart à la jambe plâtrée a été dans cette version remplacé par Shia Labeouf (vu dans Transformers) à la cheville taguée. Son personnage, Kale, est un adolescent de 17 ans placé sous contrôle judiciaire. Pour rappel, le ?tag? est un gadget électronique, que sous d?autres cieux, certains délinquants sont condamnés à porter au poignet ou à la cheville et qui signale leurs moindres déplacements à la police. Le personnage est donc condamné à rester dans le périmètre de sa maison sous peine d?emprisonnement. Et cette forme d?immobilité plus contemporaine apporte quelques variations intéressantes au récit original. De plus, comme tout jeune américain des classes moyennes (du moins)comme on en voit au cinéma, Kale dispose de l?internet avec Webcam, il a un portable 3G et aussi une caméra numérique. Ce qui fait non seulement un apport technologique intéressant pour le suspense, mais aussi la ?panoplie ado? à travers laquelle les adolescents d?Amérique et d?ailleurs se reconnaîtront d?une manière ou d?une autre. À cela il faut ajouter que le meilleur ami (Aaron Yoo) du héros est d?origine coréenne ? minorité ethnique, mais intégré à 100 %, puisque jamais mention n?est faite de ses origines ? et que le héros s?intéresse dans un premier temps à sa jeune et jolie voisine (Sarah R?mer). Les deux finissant par se découvrir plus que des affinités.
Paranoiak reprend donc certains clichés du film d?ados typique, mais c?est pour les traiter avec plus d?intelligence. Ainsi, la figure de l?adolescent marginal est ici approfondie. Le héros est perturbé suite à la mort de son père et on assiste au début du film, à une scène de complicité père ? fils qui a des accents de vérité. Juste après, la scène de l?accident dans lequel le père trouve la mort prend littéralement aux tripes. Les rapports difficiles du héros avec sa mère (Carrie-Ann Moss) ont, eux aussi, quelque chose de vrai. Quant aux interventions du meilleur ami et de la petite amie, celles-ci servent dans un premier temps à définir le personnage principal, puis elles deviennent les rouages du suspense. Ici, le doute ne s?installe à aucun moment : on sait que le voisin est le tueur en série dès qu?on le voit, pour la bonne raison que l?acteur (David Morse) tient généralement le rôle de méchant dans ce genre de production. Le suspense est dans le duel opposant le héros avec son handicap, à l?assassin psychopathe. C?est un aspect du film qui est réussi, avec quelques moments haletants débouchant soit sur de fausses alertes ou de vraies paniques. La réalisation classique mais nerveuse y est pour beaucoup, D J. Caruso montrant un vrai sens du rythme dans les moments de bravoure. Il est dommage que la fin soit un peu précipitée et qu?elle ait ce côté grand-guignolesque. Autrement, nous ne serions pas passés très loin d?un grand petit film.
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