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Panique aviaire en Turquie
Quelques hommes portent un masque de chirurgien et les femmes ont rabattu leur voile pour se couvrir le nez et la bouche. Dans les couloirs décrépis de l’hôpital de Van, des familles angoissées déambulent, interrogent infirmiers, policiers ou journalistes, à la recherche d’informations sur leurs proches.
Certains parents commencent à désespérer. « Cela fait cinq jours que je dors là, dans le couloir », montre Celal, un père de famille venu de Bitlis, située à deux bonnes heures de Van (Est). « Nous avons mangé du poulet malade. Ma femme et mes quatre enfants sont en observation, et je n’ai pas encore pu obtenir la moindre nouvelle : les docteurs attendent les résultats des échantillons », explique-t-il.
C’est dans cette ville de la Turquie orientale, ancienne capitale arménienne, au cœur d’une région peuplée en majorité de Kurdes, que sont regroupés la plupart des malades de la grippe aviaire diagnostiqués en Turquie. C’est là aussi que sont décédés les enfants Kocyigit, trois membres d’une fratrie de Dogubeyazit. Deux étaient porteurs du virus H5N1 et sont toujours les seules victimes officielles du pays. « À ce jour, nous avons 36 personnes hospitalisées avec des symptômes grippaux : 17 enfants et 9 adultes, détaille Huseyin Avni Sahin, directeur de l’établissement : leur état de santé s’améliore, même s’il reste préoccupant pour trois d’entre eux. Mais je m’attends à de nouveaux cas dans les prochains jours. »
L’hôpital a reçu, dès les premiers jours de la crise, des stocks de masques et de gants ainsi que des boîtes de Tamiflu. Dix-sept patients ont pu rentrer chez eux après avoir été testés négatifs. À écouter la version des autorités locales et de la gendarmerie, la situation est sous contrôle. L’hôpital universitaire de Van n’a pourtant rien de rassurant. « Nous manquons d’équipements, de personnel formé à la pédiatrie. Mais c’est le seul hôpital digne de ce nom dans toute la région », déplore Huseyin Avni Sahin.
<B>Le gouvernement accusé de négligences</B>
Le gouvernement turc est accusé de négligences et aurait tardé à réagir face à la propagation du virus de la grippe aviaire. Plusieurs alertes seraient restées sans suite. Pour ne rien arranger, à cette époque de l’année, un épais manteau neigeux et un froid sibérien recouvrent toutes les provinces orientales de la Turquie. Les conditions climatiques gênent encore un peu plus le travail des services vétérinaires et des médecins.
« Nous envoyons les échantillons à analyser à Ankara ou à Istanbul, explique le directeur de l’hôpital. Cela peut prendre de un à sept jours avant de recevoir les résultats. Il nous faudrait un laboratoire ici, dans la région. » Il a fait part de cette requête à la délégation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), venue lui rendre visite.
La plupart des victimes sont originaires des environs de Van et, surtout, de Dogubeyazit, étape de l’ancienne Route de la soie, située à trois heures de la frontière iranienne. Dans cette contrée pauvre et enclavée, des volailles courent encore dans les rues ou les maisons, une semaine après le début de l’abattage des poulets. Plus de 20 000 volailles ont tout de même été tuées, mais certains hameaux isolés, difficilement accessibles, n’ont toujours vu personne leur venir en aide.
Dans ces villages, les enfants sont traditionnellement affectés aux poulaillers. Leur tâche est de ramasser les œufs, de nourrir les volailles et de vider les poulets. Pour Huseyin Avnin Sahin, cela explique qu’ils soient les premières victimes de l’épidémie qui frappe la Turquie. « Jusqu’à preuve du contraire, la transmission de l’homme à l’homme ne s’est jamais produite. C’est le contact prolongé avec les bêtes malades qui transmet le virus. »
@ 2005 Le Monde – Guillaume Perrier – Distribué par The New York Times Syndicate
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