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Où va Maurice ?

25 septembre 2005, 00:00

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Les adeptes de la théorie des cycles croient voir se profiler une nouvelle crise économique à l?horizon comparable à celle de 1982. Ce raisonnement tient en effet la route. Les industries comme le textile-habillement ou le sucre qui, hier encore, assuraient un taux de croissance exceptionnelle au pays, luttent désormais pour leur survie. Les finances de l?État se dégradent à grande vitesse. Une situation qui rappelle les années de crise.

Flash-back. En 1968, l?économie est moribonde, sans ressources, avec près de 100 000 chômeurs. Le secteur sucre est le seul vrai secteur industriel du pays. Début 70, la carte textile est jouée à fond. Les premiers hôtels apparaissent également. Ces initiatives et le boom sucrier de 1973-1974 remettent temporairement Maurice sur les rails.

Mais en 1982, ces efforts volent en éclat devant un tableau économique catastrophique : la dette publique est colossale, les revenus de l?État insuffisants et la croissance faible dans quasiment tous les secteurs. Deux dévaluations successives de la roupie ont placé Maurice au bord du gouffre économique. Encore une fois, un développement acharné du tourisme poursuivi depuis les années 70, un revival du textile et de bonnes performances du secteur sucre remettent l?économie sur la bonne voie. Aidé par un gouvernement prônant tour à tour l?austérité et la relance grâce à la consommation.

Un entretien accordé au Mauritius Times par Percy Mistry, banquier international et l?un des inspirateurs du document Competitiveness Foresight du National Productivity and Competitiveness Council (NPCC) vient toutefois semer le doute. Ses propos font l?effet d?une bombe dans les milieux gouvernementaux, mais aussi du secteur privé. Il prend le risque de dater la prochaine crise économique de Maurice. Selon lui, le pays s?achemine vers la même situation qui prévalait en 1982. En s?appuyant sur une analyse des tendances à la hausse du déficit budgétaire, de la dette publique, du taux de chômage, associée à des industries en déclin, cela l?amène à voir se profiler une nouvelle crise.

Alors, catastrophisme ou ton alarmiste pour appeler le pays à réagir ? En effet, le problème est double : les finances publiques sont en crise tandis que notre tissu industriel dépérit lentement. On pourrait comparer la situation économique du pays à une famille en difficulté, complètement surendettée. Le père de famille serait le gouvernement. Son épouse serait le secteur privé. Et les enfants, le turbulent, et parfois atteint de procrastination, peuple mauricien.

<B>Alors que les dépenses du ménage doivent être resserrées, le père décide de leur offrir de l?argent pour leurs trajets en bus. </B>

C?est le père qui a la charge de gérer le budget de la famille. Et depuis quelques années déjà, son salaire ne lui suffit pas à payer les dépenses du ménage. Si on ramène ces dépenses à l?échelle de Rs 100, pour chaque Rs 100 de salaire (recettes courantes) perçues, le père en a dépensé Rs 114 (dépenses courantes) en 2004-2005. Mais ces dépenses excessives ne sont pas exceptionnelles. Pour l?année 2001-2002, pour chaque Rs 100 perçues, il en a dépensé 120 ; en 2003-2004 le ratio était similaire à celui de 2004-2005. Et le père n?a pas que ce problème à régler.

Son salaire (les revenus courants de l?État) n?augmente pas de manière significative depuis des années. Alors que ses dépensent croissent de manière soutenue. C?est qu?en même temps, les produits qu?il achète pour lui et sa famille coûtent plus cher chaque année. Le forçant à s?endetter lourdement. Et quand on s?endette, on doit payer ses échéances. Mais la part qu?elles prennent dans les dépenses tend à grossir d?année en année.

Ainsi, pour chaque Rs 114 dépensées en 2004-2005, en fait, Rs 28 ont été utilisées pour régler ses dettes. Ce qui laisse au père moins d?argent à dépenser pour son ménage. Le cercle est vicieux, car pour s?occuper de sa famille, il s?endette davantage chaque année. Conséquence : l?année suivante, il doit dépenser encore un peu plus car la somme qu?il paye pour rembourser ses dettes a encore gonflé.

Or, le père de famille ne peut pas trop compter sur sa partenaire (Secteur privé). Celle-ci, un petit entrepreneur, l?a bien soutenu dans le passé. Dans sa petite échoppe, elle vendait des vêtements (le textile) et des pâtisseries (le secteur sucre) faits maison. Ce qui garantissait au couple d?intéressantes entrées d?argent. Mais voilà, la petite échoppe n?avait que très peu de clients pour ses pâtisseries ; en fait, elle n?en avait qu?un (l?Union européenne) qui lui avait promis d?acheter toutes ses pâtisseries à des prix extrêmement intéressants. Mais les temps changent, les quelques clients qui achetaient les vêtements de Secteur privé ont trouvé la même chose, ailleurs, à meilleur marché. Seuls, quelques-uns uns sont restés. Le seul acheteur de gâteaux a, lui, décidé, unilatéralement, de n?acheter les gâteaux que si Secteur privé baissait ses prix de 39 %. La mère de famille arrive bien à louer quelques chambres de leur maison à des touristes ou à louer son ordinateur relié à Internet (Tic) à quelques clients de passage. Mais ces deux activités ne suffisent plus, à elles seules, à garantir les revenus du ménage.

Secteur privé a aussi pris des mauvaises habitudes, celle de se tourner souvent vers son partenaire, le père. Et devant sa situation difficile, Secteur privé veut que son partenaire l?aide en lui donnant de l?argent pour fabriquer d?autres vêtements, mais aussi pour faire d?autres gâteaux. Sauf que l?argent se fait rare, et le père de famille n?a que très peu de soutien financier à donner à Secteur privé.

Pour compliquer la situation, Secteur privé accuse son partenaire de ne pas assez le soutenir, de prendre trop de temps pour réfléchir à ses idées et de ne pas accepter de vendre des terrains appartenant à Secteur privé pour que le couple puisse se faire un peu d?argent.

<B>Le temps des cadeaux est révolu</B>

Alors que les parents ont leurs problèmes, les enfants ont également les leurs. La famille Maurice est nombreuse. Avec 10 enfants, ça fait beaucoup de bouches à nourrir. Jusqu?ici, tous les enfants avaient un boulot et contribuaient aux dépenses de la maison. Mais depuis peu, l?un d?entre eux est au chômage. Et au lieu de faire preuve de solidarité et de travailler encore plus dur afin de gagner plus d?argent, les autres enfants ramènent toujours la même somme à la fin du mois. Sans nécessairement faire exprès, car certains de leurs employeurs sont en difficulté et ne peuvent pas se permettre de les payer plus.

La famille en est réduite à nourrir une bouche improductive de plus. Cela coûte de l?argent. D?autant plus que les enfants restent tout aussi exigeants envers leurs parents. Ils ont oublié que la situation est difficile. Chacun continue à attendre l?augmentation de son argent de poche que les parents leur donnent en juin (la compensation salariale).

Le père, lui-même, n?est pas exempt de reproches ; au moment où les dépenses du ménage doivent être resserrées, il a décidé de leur offrir de l?argent pour leurs trajets en bus. Surprotecteur, il ne peut non plus se résoudre à leur demander de payer quelques petits frais comme les médicaments à la pharmacie (santé publique) ou l?assurance maladie (pension universelle) qu?il continue à payer.

Pire, une menace se profile. La famille utilise un petit générateur à essence pour fabriquer son électricité, la moitié des enfants a des motos, les autres prennent le bus. Et on annonce pour bientôt, une hausse substantielle du prix de l?essence. L?impact de cette hausse va être direct.

Ainsi, pour ne prendre qu?un seul exemple, la farine que la mère de famille a importé par cargo, va coûter plus cher, puisque celui-ci va réclamer davantage d?argent pour la transporter. Cette hausse de l?essence va donc toucher tous les produits que consomme la famille. Et ils sont nombreux, et presque tous importés !

Vue ainsi, la situation paraît catastrophique. Et pourtant rien n?est perdu. À situation de crise, réponse exceptionnelle que les trois partenaires ? gouvernement, secteur privé et population ? devront trouver ensemble. En faisant tous les sacrifices nécessaires? Le temps des cadeaux est bel et bien révolu.

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