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Ovni de bande dessinée pour lecteur averti

22 octobre 2007, 00:00

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Ils s?y sont mis à deux. Pour nous croquer à pleines dents. Pour nous faire craquer pour leur humour mordant. Et nous emporter dans un tourbillon où parodie donne le bras aussi bien aux aphorismes qu?aux métaphores.

Eux, c?est Laval Ng, associé à Faby Duff pour ?Un lecteur averti en vaut bien deux?, sorte d?ovni, ?pour lecteurs pervertis, à lire à quatre mains. Catalogue d?idées enfouies et oubliées. Dessins qui se sonnent le mot? comme l?écrit Eric Koo en quatrième de couverture.

Tournez jusqu?au chapitre Couple. ?Où l?auteur en âge de comprendre, n?a décidément toujours rien compris aux personnes du deuxième, du troisième voire du quatrième sexe alors que les femmes de leur côté, feraient bien de prendre des cours rudimentaires de plomberie masculine en vue de pouvoir réparer les robinets qui gouttent.?

Pas du meilleur goût, s?offusque quelque frileux. Mais qui à bien y réfléchir ne manque pas de piment, quand c?est servi par les dessins de Laval Ng. Dans deux fauteuils où sont posées deux télévisions, les classiques du genre : l?un diffuse un match de foot, l?autre, disons une télénovela.

Et voilà l?effet de miroir des dessins qui reflète un vécu commun. Des situations qui nous sont tellement familières qu?à force de nous occasionner des crises de nerfs, nous avons fini par oublier d?en rire.

Du recul. A coups de mots aux allures de coup de pied au cul, Faby Duff pontifie un peu, sanctifie un peu. Fait sourire souvent. Et grincer presque tout le temps. Ses sentences bien que formulées sur le mode de la litanie, sont à l?emporte-pièce. ?Il est possible d?entretenir plusieurs liaisons amoureuses en même temps mais pas ensemble.? ?Si les femmes vivent plus longtemps que les hommes, c?est parce qu?elles ne sont pas mariées avec des femmes.? ?Quand une fille m?attire, elle m?attire surtout des ennuis.?

Un tantinet misogyne. C?est fait exprès. Sauf que le pari de l?humour à tout prix est perdu d?avance car il joue trop avec les nerfs du lecteur, mauvais calcul à tous les coups.

Est-ce que le texte colle au dessin et vice versa ? Le sens du détail de Laval Ng nous permet de souffler. Là, son coup de crayon n?a rien à voir avec la série des Balade au bout du monde, publié chez Glénat en France. Hors des cycles de cette série culte, Laval Ng exerce son mordant de caricaturiste, sort du cadre du ?simple? illustrateur pour parler à son tour, donner son opinion de la vie et des choses. En un trait, là où Faby Duff fait des phrases.

Nous invitant souvent à exercer un regard circulaire pour lire le dessin, en apprécier les subtilités par vagues successives, y revenir pour enfin remarquer ce détail, là dans un coin, qui nous avait échappé au premier coup d??il. Pour ouvrir des portes vers l?imaginaire.

C?est ?une synthèse artistique (?) une nouvelle forme de littérature ( qui) arrive à Maurice?, écrit en avant propos Christophe Cassiau-Haurie, conservateur de la bibliothèque du centre culturel Charles Baudelaire.

?Car à première vue, cette ?uvre peut étonner? quelle est-elle ? Un documentaire, un reportage intimiste réalisé par deux allumés ? Et le format ? Une bande dessinée, un livre de caricatures commentées, des pensées illustrées ? Objet déroutant dans le paysage éditorial mauricien que cet ouvrage 50 % dessins, 50 % textes et 100 % talent.?

Cet ovni pour lecteur avertir permet en tout cas de sortir de la lecture linéaire, car tous les chapitres sont bons à prendre tout seul, à la volée.

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