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Ouvertures d?opéra : Du baume au coeur du classique

11 novembre 2007, 20:00

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Si, au royaume de la musique, il existait une section des objets trouvés, il est très probable qu?on y conserverait les c?urs égarés en fort bataillon. Tenez par exemple, ce concert des instrumentistes à vent du Conservatoire régional de l?Ile de la Réunion, au Conservatoire Mitterrand, jeudi soir. L?oreille curieuse, fraîchement agressée par le branle abrutissant d?un transport en commun, y trouve un baume salutaire quand, reposée, elle croit redécouvrir la juste pulsation.

Dans l?ouverture de Guillaume Tell de Rossini. L?ouverture, c?est justement ce morceau de choix qui «ouvre l?opéra» de la seule main du chef et de l?orchestre.

Ce jeudi soir, Guillaume Tell ferme le bal, après Cosi fan tutte et les extraits des Noces de Figaro de Mozart, placés entre deux autres ouvertures du même Rossini, L?Italienne à Alger et Sémiramide. Tout ici, dont ce quasi «poème symphonique» de Guillaume Tell, est réduit à sa plus simple expression : dans l?habit dépouillé de dix à 11 instruments liés par les dures lois de l?harmonie.

Bien sûr, Guillaume Tell est une des ces partitions bien ficelées qui vous «cuisinent» l?âme (Rossini, le rappelle le chef d?orchestre Jacques Pési, fut l?inventeur d?un tournedos de grande saveur) et vous emportent autant que vous pouvez vous laisser emporter. Pour ce programme savamment concocté, une cerise sur le gâteau.

Bien entendu, le son est différent, à la fois plus brillant et moins enveloppant que dans l?original. Des lignes, plus que des détails car il s?agit d?arrangements, réapparaissent. Mais le silence, «symphonique», est tout aussi cinglant.

Ainsi, dans ce passage «chuchoté» qui annonce l?épisode de la «tempête» : passage qui prépare psychologiquement l?auditeur au déchaînement qui va suivre ; mais aussi moment intense, à la façon des transitions de Beethoven (entre le troisième mouvement et le finale dans la Cinquième Symphonie, par exemple) : où l?expression, confrontée au néant, retenue par l?inouï, suggère autant et plus du drame que l?épanchement lyrique qui la précède (ou la suit). «Jouez un pianissimo avec l?intensité du tutti orchestral», semble susurrer le compositeur !

Esprit de la musique

Cette intensité se mérite, même chez un aussi aimable musicien que Rossini («grande et brillante musique» commente Andrea Wolter, en la comparant à l?univers tourmenté de Schubert). Car un autre drame se joue en face des musiciens, celui que connaissent les chanteurs qui s?essaient à An die Musik (A la musique de Schubert) : dans la salle, des auditeurs réchappés des files d?attente inflationnistes, ferment les yeux en retenant leur souffle. Esprit de la musique, rêve insaisissable, fantôme de beauté, quand le monde est à la guerre, vas-tu descendre sur nos têtes ?

Il souffle certainement sur les hautbois, flûtes, bassons, clarinettes et trompettes qui jouent idéalement, c?est-à-dire : sûr, fiable et précis. Et sans attendre d?eux des retards ou autres couacs, l?auditeur peut savourer un havre construit de sons, où lui aussi peut respirer.

Il est difficile de vouloir d?une place à la musique classique en ces jours de misère où l?économie pousse à n?y voir qu?une commodité de classe et à aliéner ceux qui s?y voueraient corps et biens, sans y rattacher de la valeur ajoutée.

Mais, au moins, resterait le message que pourraient défendre les excellents solistes de l?Orchestre régional de la région Réunion (direction artistique : Alain Franco), celui de l?effort récompensé. Après l?Ouverture de Guillaume Tell, Jacques Pési nous confie : «Nous sommes épuisés car chaque instrumentiste dans ces réductions est très sollicité. Il doit s?acquitter de ce qui échoit à toute une section de l?orchestre.» Alors, nous tous, on les applaudit.

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