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Oui à la vie?
ILS ONT TENTE DE SE TUER
● Reena, 18 ans
« Je me sentais rejetée par tout le monde, y compris par ma famille, et c?est à peine si les autres faisaient attention à moi. Aussi, j?ai décidé d?en finir », confie Reena (prénom fictif), qui est étudiante. Il y a deux ans, elle a tenté de se suicider. Cadette d?une famille de trois enfants, elle vivait mal sa situation à la maison : « Mes pa-rents travaillent et quand ils rentraient, on aurait dit que je n?existais pas. Mais mes deux frères, eux, étaient au centre de l?attention. » Après quelque temps, Reena n?en pouvait plus. « Je sentais que je n?avais pas ma place ! Je me disais ?à quoi bon vivre ??. Un soir j?ai décidé d?en finir, mais quelque chose m?en empêchait, je n?y arrivais pas. Je pleurais et finalement, j?ai commencé à écrire ce que je ressentais ». Et de-puis ce fameux soir, Reena a préféré vivre et elle noircit les pages à l?encre pour s?exprimer. Elle a aussi parlé à ses parents, leur confiant ce qu?elle ressentait : « Aujourd?hui, je vis, malgré les difficultés. Ma tentative de suicide m?a ouvert les yeux. J?ai réalisé à quel point c?était merveilleux de pouvoir vivre. »
● Thomas, 27 ans :
Amoureux fou de Valérie (prénom fictif), Thomas (prénom fictif) se voyait déjà finir le reste de ses jours aux côtés de sa dulcinée ! Mais finalement, il a failli mettre un terme à sa vie le jour où la jeune fille l?a quitté. « Notre histoire durait depuis trois ans, c?était l?amour de ma vie. Un jour, elle m?a dit qu?elle ne m?aimait plus. Plus tard, j?ai appris qu?elle sortait avec un autre. J?étais effondré. Je ne voulais plus voir personne, plus vivre. Tous mes espoirs étaient anéantis », raconte-t-il. Déprimé, il néglige son travail, reste enfermé dans sa chambre, évite ses amis. Puis, ne pouvant plus supporter la rupture, il décide d?aller se jeter dans le vide.
Il part en pleine nuit et s?apprête à commettre l?irréparable. « Je pensais à elle, j?en avais assez. Puis, je ne sais pas ce qui s?est passé mais je n?ai pas sauté. Je pensais à mes proches, je me suis dit que je devais lutter et que j?allais m?en sortir », explique Thomas. Rentrant chez lui, il se confie alors à sa mère qui l?a soutenu. Et avec le temps, le jeune homme a réappris à sourire.
Émilie Rivet-Duval, psychologue
« Toute vie vaut la peine d?être vécue, sachant qu?elle est marquée par des joies et des souffrances. Parfois, on vit plus les joies et d?autres fois, plus les souffrances. Mais on n?est jamais seul face à tout cela. Pour moi, l?écoute peut apaiser les peines. Il faut dépasser sa déprime et agir. Dépassez les problèmes, sortez, voyez l?autre avec un regard neuf ! Cela permet de se faire du bien, mais aussi de prendre ce temps pour voir si l?autre est triste ou déprimé. »
Anique Petit, de l?association Scouts et Guides de St-Luc
« Il ne faut pas se décourager dans la vie mais parler. Exprimez-vous. Trouvez un confident. Ne vous laissez pas abattre par les tourments. Au contraire, il faut essayer de les braver. En parlant aux autres, vous réaliserez que vous n?êtes pas seuls dans une situation donnée et qu?au lieu d?en finir avec votre vie, le fait de vous exprimer pourra non seulement vous sauver la vie mais probablement préserver celle d?une autre personne qui se trouve dans la même situation que vous. Allez vers les autres, et partagez ce que vous ressentez. »
Qadir Mahamoodally, président du « Savanne Regional Youth Council »
« C?est vrai, qu?au fil de cette existence, il nous arrive beaucoup de choses, qui parfois, ne sont pas très positives. Par exemple, il est des moments où nous souffrons parce que quelqu?un nous a brisé le c?ur. Mais il faut se dire que si nous détruisons notre vie, nous disparaissons, tandis que celui ou celle qui nous a fait du mal continuera à vivre pleinement. Mais les problèmes ne durent pas éternellement. Avec le temps, les douleurs s?estompent, avant de disparaître définitivement. Les soucis font partie de l?expérience de la vie. Il faut se battre et persévérer. »
Shyamduth Baichoo, « pandit »
« La vie est précieuse. Si vous avez des difficultés en amour, en famille ou sur le plan financier, accrochez-vous, vous vous en sortirez. Priez, indépendamment de votre religion.
Si on tente de se suicider, on ne sait ce qui advient de nous. Par exemple, on peut ne pas mourir mais souffrir des séquelles de la tentative de suicide.
Il y a toujours le temps de réparer, le temps de retrouver la joie après la douleur. La vie a une telle valeur ! Il ne faut pas la gaspiller. »
Keshwaree Banymandhaub, travailleur social
« Le suicide n?aboutit à rien. Si vous vous sentez mal, parlez-en à un ami, à vos parents. Ne restez pas seul !
La vie est précieuse. C?est un présent que nous avons reçu. Il faut la conserver. Devant les obstacles, il faut se redresser, dominer ses peurs. Nous sommes tous de passage et lorsque le moment sera venu, nous nous en irons ! Mais avant, nous devons profiter de la vie. Je pense aussi aux parents. Entrez dans la peau de vos enfants et comprenez ce qui leur arrive. Restez à leurs côtés pour les aider à surmonter ces épreuves. »
King, chanteur
« Suicide se pas enn solision, dan lavi ena lot sitiasion. C?est ce que je dis dans ma chanson. Dans la vie, souvent, on ne voit pas d?autre issue que de se donner la mort. Mais il faut réaliser que le souci qui nous préoccupe, est une situation passagère. Les événements ne seront pas toujours si obscurs ! Il ne faut pas se suicider ! On ne se rend pas compte à quel point la vie est merveilleuse. Pensons à ces gens, ces enfants, ces jeunes, ces adultes qui, eux, se battent pour rester en vie face à une maladie, alors que d?autres, pour un problème, y mettent un terme. La vie est dure, parfois, c?est vrai, mais il faut s?accrocher. »
LES SERVICES
« Ou éna problèmes ? Péna la honte pou dimane l?aide, na pas laisse problèmes touille ou » : tel est le slogan de Befrienders. Fondée en 1995, cette association bénévole a mis en place un service d?écoute disponible de 15 heures à 21 heures en semaine, de 12 heures à 21 heures le samedi, et de 9 heures à 12 heures, puis de 18 heures à 21 heures le dimanche. Vous pouvez vous y rendre pour être conseillé ou contacter les bénévoles en toute confidentialité si vous avez des difficultés à faire face à des situations de votre vie, ou si vous avez besoin d?être écouté. Le service est anonyme et l?appel est gratuit.
Adresse utile : Befrienders : 1er étage, 152, route Royale, Beau-Bassin, Tél. : 800.93.93.
EN CHIFFRES
25 %
de jeunes pensent au suicide : c?est ce que démontre l?étude réalisée par le MIH. Selon un sondage réalisé auprès de centaines de Mauriciens, âgés entre 10 et 40 ans, 34,3 % de personnes ont tenté de mettre fin à leurs jours à une ou deux reprises, 54,2 % ont absorbé des produits chimiques, et 37,8 % des médicaments. Le sondage indique également une prévalence du problème chez les femmes et les jeunes, ainsi que dans les régions rurales.
<B>« On a vu des étudiants se suicider de peur que leurs parents ne soient pas satisfaits de leurs résultats »
Quelles sont les causes du suicide ?
Elles sont multiples. Chez les jeunes, par exemple, il existe la pression des études, ou encore les attentes familiales. Ainsi, on a vu des étudiants se suicider de peur que leurs parents ne soient pas satisfaits de leurs résultats scolaires. Si on échoue à un examen, on peut toujours le repasser. Mais si face à cet échec, on se donne la mort, on met un terme à sa vie. On n?en a pas une deuxième !
Une étude du Mauritius Instiute of Health (MIH), sur les facteurs liés au suicide à Maurice, et publiée l?an dernier, démontre que sur un échantillon de 400 personnes âgées entre 10 à 40 ans, 71 % commettent l?irréparable à cause de problèmes familiaux et 22,8 % le font après une rupture sentimentale.
Autre cause du suicide : la brutalité à l?école. Plusieurs étudiants sont victimes de harcèlement de la part de leurs pairs. Désespérés par cette situation, ils se sentent impuissants et peuvent se donner la mort.
Comment prévenir le suicide ?
La première chose serait de sensibiliser les autorités et la population à l?ampleur de ce problème. On peut prévenir le suicide. Ainsi, grâce à notre affiliation à diverses organisations en France et en Angleterre, nous nous penchons actuellement sur des projets qui seront utilisés pour la prévention.
Par exemple, il y a l?Emotional Management, un programme qui permet aux enfants de s?exprimer à l?école. Cela inclut des petits jeux de rôles, avec des témoignages en fonction des activités et des événements qui surviennent dans leur quotidien pour reconnaître leurs émotions. Je pense que nous pourrions introduire ce projet pilote à Maurice, mais cela nécessite des fonds.
La sensibilisation au suicide doit aussi commencer par les enseignants. Il faut que les profs puissent identifier des jeunes à risque. Par exemple, si ces jeunes ne participent pas à la classe, ont l?air moroses, pleurent souvent, et se tiennent à l?écart des autres, il se peut que cela cache des tendances suicidaires.
Il faut alors que les enseignants soient en mesure d?identifier ces signes précurseurs pour venir en aide aux jeunes en difficulté. Et ces derniers, s?ils ont un problème, ne doivent pas hésiter à demander conseil à un prof, un ami, un parent. Ils ne sont pas les seuls à connaître de tels obstacles. Il faut, pour cela, que l?État soit proactif. L?idéal serait d?avoir une cellule d?écoute dans chaque région, incluant Rodrigues.
Souvent, l?entourage de celui qui s?est donné la mort souffre. Comment faire pour aider les proches à surmonter cette épreuve ?
Après la perte d?un membre de sa famille ou d?un ami, les proches vont avoir du mal à faire le deuil. Les parents vivent très mal le suicide. Ils ont besoin d?assistance pour remonter la pente.
Nous organisons actuellement un programme pour le soutien aux personnes endeuillées par le suicide et nous effectuerons une thérapie de groupe, avec l?assistance d?un psychologue.
Il faut permettre à l?entourage de s?exprimer et de surmonter la souffrances entourant l?acte irréparable commis par leur proche.
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