Publicité

Oomar Uteem, ce cardiologue emporté par un infarctus?

7 mars 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il a sauvé de nombreuses vies mais, hier, il a été impuissant. Un infarctus du myocarde l?a terrassé. Décédé vers 2 heures du matin, Oomar Uteem, fils de l?ancien président de la République, implore le pardon de Dieu, avant de pousser son dernier soupir.

Hier, à la résidence de ses parents, nombreux ont été les parents et amis venus lui rendre un dernier hommage. Tous regrettent tellement cet homme ?d?une bonté exceptionnelle?. Il avait 39 ans et laisse derrière lui deux enfants, Shadia, 12 ans, et Rayhan, 7 ans.

Asthmatique, il avait pris ses médicaments au moment de son malaise. Il s?est essoufflé. Lui et sa femme se sont précipités chez son oncle, Rashid Jahangeer, pour des injections de cortisone en vue de soulager ses bronches. Après deux injections, il était toujours mal. Bien avant que le Samu n?arrive, il a rendu l?âme.

Ce médecin, qui s?était beaucoup engagé dans la prévention des maladies cardiovasculaires, avait un taux de cholestérol qui nécessitait un contrôle. Pour son collègue, Cassam Hingun, c?est sans doute le cholestérol, ayant abîmé ses artères jeune, qui a provoqué l?infarctus.

Ce grand passionné de football a joué son dernier match hier soir, malgré la résistance de son épouse et de son fils. Il prévoyait de rencontrer un de ses amis de confiance au MMM, Deven Nagalingum, avant le match de football à la télévision. Mais celui-ci a décliné. ?Je savais que si j?allais le voir, cela m?aurait amené jusqu?à minuit. Il m?a demandé de passer le voir à la clinique Medisave aujourd?hui.?

Le MMM envisageait de lui confier de nouvelles responsabilités. Il devait être nommé président de la Commission de santé et aurait été un des membres du bureau politique de son parti. En effet, à part, la cardiologie, la politique le passionnait également.

Surmené

Le moment le plus émouvant de ces funérailles a été l?arrivée de ses parents, revenus de Johannesburg. Vers les 16 heures, Cassam Uteem et sa femme, Zohra, ont fait leur entrée dans la demeure familiale. Ils étaient effondrés. Les larmes aux yeux, les traits tirés, Cassam Uteem, est un homme écrasé par la douleur. A l?intérieur, la femme d?Oomar Uteem, Nadira, a le regard perdu?

Oomar Uteem faisait quand même attention à son alimentation. Salades, poisson étaient souvent au menu de ses déjeuners d?affaires, bien qu?il se permette de temps en temps des calamars fondants dans son restaurant préféré à Quatre-Bornes. Sans compter qu?il s?évertuait de convaincre les personnes à risques de faire des tests. Une des dernières activités de son association était le dépistage gratuit dans le centre commercial de Shoprite pour de centaines de personnes.

Pour plusieurs, ?c?est le cordonnier qui était le plus mal chaussé?. D?autres pensent qu?il était surmené. ?Il travaillait trop. C?était un rythme effréné?, soutient Ravish, un des membres de la Heart Association. Si chacun y va de son explication, Vijay Makhan, qui a intégré le comité central en même temps que lui, ?la vie peut vraiment nous jouer de sales tours. Il était si jeune et avait tellement à apporter au pays?. Un véritable sale tour pour celui qui chérissait tant de rêves et de projets, déplore une amie.

PORTRAIT

Un homme de c?ur ?

C?était un passionné de la vie, un amoureux de la médecine? Il aura fait de son mieux pour le démontrer pendant les 39 ans qu?il a vécu.

Oomar Uteem était très inspiré par ?l?honnêteté intellectuelle et l?homme de principe? que représentait, à ses yeux, son père, Cassam Uteem. Ses amis et tous ceux qui l?ont côtoyé se rappellent son charme, son dynamisme, son impulsivité (il le concédait d?ailleurs lui-même), son optimisme, son idéalisme même. C?était, disent-ils, quelqu?un qui croyait, naïvement peut-être, qu?il arriverait au bout de certaines injustices. La pauvreté, par exemple, le révoltait. Ainsi, chaque mardi, il offrait des consultations gratuites à Vallée-Pitot et des médicaments à ceux qui ne pouvaient pas s?en acheter.

L?homme se battait sur tous les fronts et était submergé. Notamment par ses voyages à Madagascar pour y prodiguer des soins, son projet de CT-Scan 64 barrettes (qu?il n?a pu voir se concrétiser et qui devait démarrer ce mois-ci), son métier, le Heart Network, dont il était le président, et la politique. Cela ne l?empêchait pas de conserver son sang-froid et sa bonne humeur. Il pouvait toutefois s?emporter, souligne Farida Kaubeeer, avec qui il a travaillé pendant ces 13 dernières années. ?C?était un perfectionniste. On n?avait pas trop droit à l?erreur.? Un de ses amis, Zuber Joomaye, dit qu?il a été d?une générosité sans faille envers les plus démunis.

Cassam Hingun, son partenaire dans le projet de CT-Scan, devant permettre des diagnostics précoces des artères coronaires promet : ?En sa mémoire, le projet se poursuivra.? Il souhaitait mettre cette technologie à la disposition des Mauriciens. D?autant qu?ils étaient nombreux à se rendre en Inde et en Afrique du Sud pour ce genre d?examen. Ces derniers temps, Oomar Uteem avait multiplié les voyages relatifs au CT-Scan.

L?homme aimait aussi la politique. Il avait fait sa première sortie publique au meeting MMM-MSM à Plaine-des-Papayes le 22 octobre 2003 et s?était, depuis, jeté à fond dans l?arène politique. Les élections de 2005 ne lui réussissent pas. Il en garde même un goût amer, confie un de ses proches. D?où le fait qu?il ne se soit pas laissé tenter par les élections municipales l?an dernier. Pourtant, quelques jours après sa sortie publique en octobre 2003, il se disait, dans un entretien à un hebdomadaire, comme Obelix, qui était tombé dans la marmite politique?

Par ailleurs, cet amateur de foot, fan de Paris-St-Germain, trouvait quand même le temps de jouer deux fois par semaine. Zuber Joomaye le qualifie comme un ?bon vivant, qui a une grande joie de vivre?. Il l?avait connu lors de ses études en France. Oomar Uteem étudiait la médecine à Bordeaux et lui à Montpellier. ?Il avait un vrai sens de l?amitié et il était surtout très attachant.? Cet ancien boursier du Lycée Labourdonnais avait obtenu son baccalauréat en 1985 et avait fait sa première année de médecine à la Réunion. Il est revenu au pays en 1996 et a travaillé pour les cliniques Darné, Medisave et City Clinic.

Son grand regret était de ne pas pouvoir passer assez de temps avec ses deux enfants, Shadia et Rayhan.

Publicité