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Officiels réunionnais à Tromelin

27 décembre 2005, 20:00

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La visite à Tromelin, en décembre 1980, d’une délégation officielle réunionnaise, composée entre autres de conseillers généraux, et l’importance, que lui accordent les médias de l’île sœur, jettent consternation et amertume à l’île Maurice. Ses habitants ne peuvent s’empêcher d’y voir une volonté nouvelle de la République française d’affirmer sa souveraineté sur ce banc de sable infesté de moustiques qu’ils revendiquent à juste titre car ayant toujours fait partie de leur territoire, tout comme l’archipel des Chagos d’ailleurs.

Pour la presse mauricienne, d’il y a un quart de siècle, il n’y a pas de doute. La France n’a nullement l’intention de nous rendre cette île, mise à sa disposition, à des fins météorologiques, autour de 1954, par les autorités colonialistes anglaises et donc sans valeur juridique aux yeux des Nations unies. Une convention onusienne, datant des années 1960, interdit en effet tout démembrement d’un territoire colonial avant son accession à l’indépendance. La presse de 1980 met en garde contre les illusions d’un quelconque accord à l’amiable. Toutes les fois que les autorités mauriciennes font officiellement allusion aux relations franco-mauriciennes au sujet de Tromelin, c’est pour nous répéter qu’elles comptent aborder la question avec le président français, avec pour toute promesse qu’un énième comité technique se penchera bientôt sur la question. Ce bientôt commence en fait avec l’accession de Maurice à l’indépendance et n’est toujours pas prêt de donner le moindre signe de concrétisation.

Il s’agit en fait d’une parfaite illustration du renvoi aux calendes grecques. La question est nettement secondaire par rapport à la cordialité des relations franco-mauriciennes tous azimuts. Il serait stupide, de part et d’autre, de permettre au moindre nuage provenant de Tromelin de l’assombrir d’une quelconque manière. L’hypocrisie diplomatique commande donc qu’on continue, de manière bilatérale, de faire comme si la question de l’appartenance territoriale de Tromelin ne jette aucune ombre sur l’excellence des relations franco-mauriciennes.

En décembre 1980, la visite officielle réunionnaise prend l’allure d’une provocation aux yeux de la presse mauricienne qui n’a pas assez de qualificatifs pour stigmatiser l’arrogance des représentants de la population réunionnaise. Elle observe que les déclarations d’intention ne suffisent plus, que Port Louis doit savoir faire preuve de fermeté par rapport à l’attitude conquérante réunionnaise. Elle lui conseille de faire appel à la Cour internationale de La Haye. Elle rappelle que, suite à une timide protestation de Sir Seewoosagur Ramgoolam, en 1979, l’ambassadeur de France d’alors, Maurice Merllié, fait péremptoirement savoir que Tromelin est française pour des raisons historiques (contestables) et d’occupation effective (mais aussi contestable car illégitime, ayant été négociée non pas avec le propriétaire réel de l’île – la population souveraine mauricienne – mais avec un tuteur colonialiste ayant outrepassé ses pouvoirs, au dire de l’ONU).

Fort heureusement pour la souveraineté mauricienne, en juillet 1980, le ministre mauricien de la Pêche, Iswardeo Seetaram, inclut formellement Tromelin dans la zone de pêche sous juridiction mauricienne. Cela n’a pas empêché les confiscations ultérieures par la France de navires de pêche étrangers, pêchant autour de Tromelin avec l’autorisation des seules autorités mauriciennes. Le mois suivant, un sursaut positif de Seewoosagur Ramgoolam obtient du Parlement une déclaration incontestable que Tromelin est une dépendance de l’île Maurice et fait partie du territoire mauricien au même titre que Rodrigues, Agaléga, les archipels Cargados Carajos et Chagos.

La presse de 1980 voit, dans le débarquement réunionnais à Tromelin de décembre de cette année, une désagréable réponse à la volonté parlementaire mauricienne manifestée précédemment en août.

La presse réunionnaise tient tout autant à monter en épingle cette visite officielle à Tromelin. Elle multiplie les photos, montrant les élus réunionnais en terrain conquis, visitant la station météorologique, déjeunant de bon appétit, consommant poissons et crustacés mauriciens.

Roger Serre du “Quotidien de la Réunion” parle de l’intention de la France d’inclure Tromelin dans sa zone exclusive économique de 200 milles. Il souligne que, de ce fait, ce banc de sable acquiert une nouvelle importance. Il parle des fonds marins autour devant receler abondance de nodules polymétalliques. Ses confrères confirment que la zone de Tromelin est abondamment poissonneuse au point qu’il suffit de jeter une ligne pour attraper sans tarder une superbe “carangue”.

Poissonneuse Tromelin l’est peut-être mais empoisonnante sûrement. Elle demeure une épine dans les relations franco-mauriciennes. Elle fait office de scrupule ou plus exactement de grain de sable.

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