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Odyssey spéciale

14 novembre 2003, 20:00

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Le saviez-vous... Au large de Port-Louis, à trente minutes de bateau, vivent plusieurs bandes de cachalots. Des femelles, des petits... Geneviève Johnson, qui sillonne les mers à bord de l?Odyssey, les a vus et en garde un souvenir sans doute aussi éblouissant que ses yeux lorsqu?elle en parle. Enthousiaste, elle s?empresse de conclure : « C?est le signe que votre écosystème marin est sain ». Bonne nouvelle, mais le restera-t-il longtemps ? Rien n?est moins sûr. Et elle sait de quoi elle parle.

Geneviève, Australienne et Education Director à bord du bateau scientifique, est une passionnée des cétacés. Depuis deux ans, elle vit sur l?océan Indien, après deux ans passés à sonder le Pacifique, s?arrêtant ici et là. Avec ses collègues scientifiques, elle piste le cachalot dans un double but : mieux connaître l?espèce mais aussi mesurer la toxicité des mers. Car, mystère pour les scientifiques, ces animaux sont capables de donner une indication du niveau de pollution du monde marin.

Juché sur son poste d?observation, fixé au mât, un membre de l?équipage repère d?abord les cachalots. Ils se déplacent généralement par bandes. Les équipements acoustiques du voilier enregistrent leurs chants qui seront ensuite décodés. En demeurant à une distance respectable des cétacés, soit 40 pieds, un autre membre de l?équipage effectue un prélèvement de peau d?un des cachalots à l?aide d?une arbalète armée d?une fléchette au dard spécial.

« Une fois que la fléchette a atteint sa cible, explique l?Australienne, le dard fixé à son bout ne prélève qu?un petit morceau de peau avant de retomber à l?eau. Le cétacé n?en souffre pas car cela lui fait l?effet d?une piqûre de moustique ». La fléchette et son prélèvement sont récupérés et seront envoyés aux Etats-Unis à des fins d?analyses génétiques.

L?Odyssey doit compléter son tour avant de confirmer les résultats obtenus. Il lui reste encore à voir l?océan Atlantique vers lequel il larguera ses voiles à partir du 15 décembre. Mais déjà, Geneviève donne une idée de ce que révèlent leurs échantillonnages. «Les niveaux de toxicité causée par les pesticides sont beaucoup plus élevés que nous l?avions pensé. Nous avons même trouvé des traces de pesticides dont l?usage a été banni dans certains pays», dit-elle.

Cette concentration de toxines figurait-elle dans un océan précis ? L?Education Director précise que les océans constituent un tout. « Les océans ne sont qu?un seul système et si des polluants sont déversés dans un endroit, ils seront redistribués ailleurs. Le plus étonnant est que ce sont les régions polaires qui attirent le plus ces toxines en raison des vents et des courants».

Ces agents polluants introduits sciemment ou inconsciemment par l?homme dans l?océan pénètrent la chaîne alimentaire. Les cétacés intoxiqués peuvent être rendus stériles. D?autres présentent des risques de cancers. La majorité des cétacés échouant sur les plages du monde contiennent tellement d?agents polluants qu?il faut les incinérer?

Si l?homme s?en croit à l?abri, il se trompe lourdement car il puise aussi sa nourriture des océans. « L?homme consomme beaucoup de poissons. S?il continue à déverser des agents polluants dans l?océan, cela aura définitivement un effet sur lui », affirme Geneviève Johnson. Pour en être sûr, l?équipage de l?Odyssey prend des prélèvements des poissons qu?il pêche, notamment des thons et de marlins. « Il est vital d?évoquer toutes ces questions et de conscientiser les gens sur leurs gestes », ajoute l?Education Director.

Conscientiser, c?est précisément le troisième objectif de l?équipage. S?il fait halte dans autant de pays, c?est pour permettre à des écoliers de visiter le voilier, de comprendre pourquoi il ne faut pas jeter des objets en plastique dans la mer, aux pêcheurs d?être conscients des méfaits de leurs filets pour les cétacés, aux décideurs de prendre des « décisions intelligentes » par rapport à la décharge d?agents polluants dans la mer?

Cette conscientisation a parfois le bonheur de porter ses fruits dans un laps de temps relativement court. Ainsi, à l?issue d?un atelier de travail animé par l?équipage de l?Odyssey en Papouasie-Nouvelle-Guinée, les autorités ont décrété une partie de leurs eaux territoriales «sanctuaire pour baleines». «Les cachalots sont des mammifères très sociables mais une surveillance non contrôlée peut leur être néfaste », prévient Geneviève Johnson, les yeux perdus dans ses souvenirs de la famille rencontrée au large de Port-Louis?


Une histoire d?amour avec les baleines

«L?Odyssey» appartient à une organisation non gouvernementale américaine, fondée par un éminent scientifique ayant étudié les baleines, le Dr Roger Payne. Lui et son collègue, Scott Mc Vay, sont à la base de la découverte de sons émis par celles-ci.

Les travaux du Dr Payne pour la préservation des baleines lui ont valu des distinctions internationales et de figurer sur le United Nations Environmental Program?s Global 500 Roll of Honor.

En créant l?ONG Ocean Alliance, financée notammanet par des fondations et des environnementalistes, le Dr Payne veut préserver les baleines et l?environnement marin à travers la recherche et l?éducation.

Persuadé que les océans sont pollués et voulant le prouver, ce chercheur de renom a réuni des fonds pour l?expédition du voilier «Odyssey» et rassemblé un équipage comprenant aussi bien des scientifiques que des éducateurs. Leur voyage a débuté en mars 2000 à San Diego aux Etats-Unis.

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