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Odile Desjardins retourne à ses pinceaux

10 décembre 2005, 20:00

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Odile Desjardins, ancienne élève d?une école de Beaux Arts et de stylisme de Cape Town, ancienne styliste de mode, attachée à l?agence Fusion de Claude Heller, revient à la peinture, à ses crayons et à ses pinceaux, après une quinzaine d?années occupées par le métier de fleuriste. Première constatation qui fait énormément plaisir : elle n?a pas perdu la main. Ceux et celles qui iront admirer ses ?uvres, du 15 au 17 décembre, aux Aubineaux, Forest -Side, ne manqueront pas de confirmer la chose.

Ce qui frappe d?entrée chez elle, c?est la multiplicité des styles et des genres artistiques. Cela peut gêner ceux qui tiennent absolument à enfermer un artiste dans un style définitif et qui interdisent le moindre coup de pinceau hors des canons dûment délimités par eux, non sans une once d?arbitraire. Qui connaît l?artiste sait que sa peinture répond impérieusement à des états d?âme, échappant parfois

à un certain contrôle esthétique et répondant davantage à des émotions et autres vibrations, visuellement reproduites ensuite sur la toile.

On sent l?artiste tenant à certaines toiles pour des raisons pas toujours artistiques à 100 %. Il serait stupide de lui en tenir rigueur, car elle demeure libre de peindre ce qu?elle veut ou plus exactement ce qu?elle ressent violemment au fond d?elle-même, comme nous demeurons libres de préférer telle ou telle de ces toiles par rapport aux autres. L?artiste doit comprendre que le visiteur participe lui aussi au mystère de l?acte de création artistique et que lui aussi peut s?attacher davantage à une toile pour des raisons personnelles et sentimentales, ce qui ne saurait être une condamnation irréductible des autres.

L?envie de peindre ce qui bouillonne en elle

Mais laquelle préférer ? Là est toute la question. Car dans chacune, mais dans des styles différents, on retrouve cette envie irrésistible qui prend l?artiste de peindre ce qui bouillonne en elle. Cela peut aller du simple bouquet d?orchidées à l?acte de foi dans une résurrection illuminante. Elle peut tout aussi bien tirer le meilleur parti qui soit d?une multiplication de flamands roses se détachant du bleu d?un lac namibien (peut-être son chef-d??uvre) et faire un gros plan sur un ensemble d?oranges sanguines, rien que pour le plaisir de jouer sur les formes circulaires et les différentes nuances de couleur. Sa femme africaine ou touarègue se distingue de ses s?urs hindoues rentrant des champs, drapées dans leur sari, et portant sur leur tête, non pas des amphores mais de simples outils de travail.

Odile Desjardins excelle également dans le portrait à l?huile. On peut d?ores et déjà lui promettre une maîtrise et une habileté qui furent celles de Marcel Lagesse de son vivant. Son autoportrait est un modèle du genre car, mieux que celui que nous citons en exemple, elle peint davantage les traits du caractère intérieur de son modèle que ses traits physiques extérieurs.

Chez elle, le portrait cesse d?être une photo passeport plutôt luxueuse pour devenir un véritable tableau. Le visage humain devient le centre d?une expression artistique comme d?autres peintres font des chefs-d??uvre à partir d?un arbre, d?une montagne, d?une pirogue, d?une case, d?une ruelle, d?un coin de rue.

De son apprentissage de styliste, donnant au coup de crayon, sûr et précis, toute son importance, Odile Desjardins surprend agréablement par la sûreté des gestes des personnages de ses toiles. Les mains de sa lavandière de Trou-d?Eau- Douce se perdent, certes, dans le linge sale à laver, mais la courbe de son dos et de son large séant nous confirme être en présence d?une artiste particulièrement talentueuse. Comment ne pas songer ici à Robert Maurel.

Des toiles de facture plutôt classique

Elle ose aborder un genre artistique plutôt rare à Maurice : le nu féminin. Ses toiles sont de facture plutôt classique encore qu?elle sait entourer ses modèles d?une aura esthétique du meilleur effet. Cette nudité nous fait mieux comprendre que l?artiste s?intéresse davantage à ce qui se passe à l?intérieur d?un être humain qu?à ses charmes physiques.

Odile Desjardins est un peintre de la lumière et de l?illumination intérieure. Elle oppose parfois plutôt brutalement son sujet à l?éclat d?une source lumineuse. D?autres fois, elle se contente d?envelopper les plus pécheurs d?entre nous d?une lumière transcendante tant paraît grande leur foi en l?existence d?une possibilité de salut. Elle croit tellement dans la possible bonté du cours des événements qu?on la sent capable d?auréoler même un Judas.

Le temps disciplinera davantage la grande artiste qu?elle est et qui revient soudainement à la peinture après avoir trop longtemps délaissé crayons et pinceaux. Il lui faut du temps justement pour mettre de l?ordre dans ses pensées esthétiques, pour pouvoir mieux privilégier davantage certaines impulsions artistiques par rapport à d?autres où elles butent davantage sur la résistance de certains matériaux ne lui permettant pas de mieux visualiser sur toile ce qu?elle voit si bien au fond d?elle-même. Elle a du talent et du savoir faire.

Elle ne peut que gagner par une maîtrise mieux retrouvée des techniques de base. Cette première exposition lui donnera la confiance qui lui fait peut-être défaut. Les promesses de sa première exposition ne peuvent que se confirmer. Et nous nous en réjouissons d?avance.

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