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?Ode à la liberté?, la candeur du chant rodriguais

7 février 2005, 00:00

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C?est vrai. Le système était extrême. L?intensité des souffrances, sans commune mesure. Les coups de fouets insoutenables. Plus on tente d?imaginer, plus l?esclavage est insupportable, inacceptable, intolérable. Pour le dire, les plumes de Rodrigues ont eu la bonne idée d?user de simplicité. Des mots humbles, à la clarté évidente. Des constructions sans affectation, pour chanter la liberté.

Débarrassée de sa féerie cliché, la ?Sandryon Maskaregn? ? l?image est de James Castel ? les poètes de Rodrigues ont trempé leur plume dans l?encre de la retenue. Résultat: une anthologie fleurant bon la diversité de niveaux, regroupant sans complexes, les textes retenus lors du concours de poésie organisé en 2004 par la Commission des arts et de la culture. Cette compétition avait eu lieu dans le cadre de l?année internationale de commémoration de la lutte contre l?esclavage et de son abolition. Ode à la liberté, anthologie de la nouvelle poésie Rodriguaise est sorti le 1er février, en collaboration avec le centre Nelson Mandela pour la culture africaine.

Le jury du concours, présidé par Sedley Assonne, a désigné Rosange André comme le Poète de la liberté 2004. Dans O Liberté, le lauréat nous titille l?oreille avec des accents de son île. Un créole musical, où nous butons contre des mots qui ne sont plus d?usage courant. L?auteur nous force volontairement à nous arrêter, à prolonger la réflexion, à donner un sens ? à la limite dérangeant - au mot ?liberté? :

?Twa to nek enn mo, abiye par bann inkonsyan

Dan enn kostim degoutan, fasone par bann iletre?

Rosange André n?a visiblement pas peur de choquer, c?est sans doute ce qui lui a valu d?être distingué. Pourtant, il n?a pas été le seul à exploiter l?image du tableau noir saigné à blanc par la craie. Dorelio Bernard, auteur ? compositeur ? interprète, et peintre l?a aussi fait. Tablo nwar est le titre qu?il a choisi, pour faire résonner la ?melodi de la soufrans.?

<B>Plume rodriguaise</B>

Ode à la liberté, dont l?objectif avoué est, selon Arlette Perrine-Bégué, commissaire aux Arts et à la Culture, de ?rendre plus visible la plume rodriguaise à l?échelle nationale et internationale?, a le mérite de donner la parole à tous. Ménagères, étudiants timides, fonctionnaires bouillonnants, assistant maître d?école, journalistes, toutes les catégories de sensibilités sont à leur place dans cette anthologie.

<B>Lucarnes féministes</B>

Explorant les déclinaisons du vocable ?esclave?, les poètes de l?île autonome partagent leurs préoccupations quotidiennes. L?anthologie nous ouvre une lucarne sur celles ? toutes féministes ? de Stéphanie L?Eveillé par exemple.

?Twa fam to esklav zom

To lagel bisin res ferme

Plor dan kaktis

Fer manyer pa tann twa?

Rien que pour le plaisir de lire les opprimés d?aujourd?hui, souhaitons que l?initiative de la Commission des arts et de la culture brise les chaînes d?une simple commémoration pour devenir un exercice régulier.

PORTRAIT

<B>Rosange André, raconter l?essentiel </B>

■ Sa spécificité : le créole d?antan. Des sonorités oubliées, pas toujours évidentes à déchiffrer. Manières de dire et de ressentir à la fois proches et intrigantes. Un retour aux sources pour boire jusqu?à la lie la sève de l?originalité.

Rosange André n?affiche qu?un demi-siècle au compteur. Mais d?aucuns le qualifient déjà de mémoire de Rodrigues. Conteur de Port Sud-Est, les épithètes ne manquent pas pour décrire le Poète de la liberté 2004. ?Un peu chiromancien?, disent quelques-uns uns, ?certainement philosophe?, pensent d?autres, ?un véritable personnage chazalien?, commentent ceux qui n?ont pas raté l?occasion de voir Rosange André sur la scène du théâtre de Port-Louis.

C?était en août dernier, lors du Port-Louis Theatre Festival, dans la pièce ?Elemental?, adaptation des ?Zistwar mistran? de Shenaz Patel par Rowin Naraidoo. Celui qui a sauvé la pièce ?d?une désastreuse mise en scène?, compte plus d?une douzaine de tournées à l?île s?ur. Sa guitare en bandoulière, compagne de ses moments de frénésie créative, l?a conduit jusque sur le podium de l?émission de la MBC La Gamme d?Or, ainsi qu?au Festival Kreol des Seychelles en 1995 et 1996.

?On l?aime ou on ne l?aime pas, c?est quelqu?un qui ne laisse pas indifférent?, dit la critique. Conteur, musicien, comédien, Rosange André a laissé libre cours à sa fibre poétique pour les besoins du concours organisé par la Commission arts et culture, l?an dernier. ?Il n?y aura jamais de liberté tant qu?il y aura des patrons. Elle est juste un tranquillisant. L?homme court toujours derrière des choses matérielles. Même si l?on trouve la liberté, on la cherche encore. Dès lors, cette nouvelle quête nous réduit à l?esclavage. C?est la mort qui est la véritable liberté.?

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