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Obésité : des mutations génétiques mises en cause
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Obésité : des mutations génétiques mises en cause
La personne très corpulente que vous voyez manger sans retenue à un buffet ne souffrirait peut-être pas seulement d?un manque d?éducation. Elle présente peut-être une anomalie génétique touchant le gène GAD 2 qui augmente le risque d?obésité sévère, en agissant à la fois sur le comportement alimentaire et sur la production d?insuline. C?est l?un des enseignements d?une étude menée par une équipe franco-anglaise dirigée par le professeur Philippe Froguel (CNRS, Institut de biologie de Lille, Institut Pasteur de Lille) et publiée le lundi 3 novembre dans la revue américaine en accès libre sur Internet, Public Library of Science Biology (www.plosbiology.org).
Problème de santé publique aux dimensions d?épidémie internationale, l?obésité touche plus de 300 millions de personnes dans le monde, dont 5,3 millions en France, où elle progresse de 6 % par an. Ses causes sont multiples, mêlant des facteurs de risque environnementaux (accès illimité à la nourriture et sédentarité), des prédispositions génétiques au surpoids et de faibles dépenses énergétiques. Certains gènes, tous exprimés dans la région du cerveau qui contrôle l?appétit ? l?hypothalamus ?, peuvent être pa simple mutation responsables de formes rares d?obésité. La plupart des formes d?obésité sévère relèveraient plutôt de variations de plusieurs gènes de susceptibilité. C?est ce que confirme l?étude du professeur Froguel.
En 1998, son équipe avait identifié dans des familles françaises obèses une région du chromosome 10 fortement liée à l?obésité. Elle a montré que cette susceptibilité était liée aux variations génétiques ? ce que l?on appelle le polymorphisme ? d?un gène appelé GAD 2. Celui-ci est responsable de la synthèse d?une enzyme permettant la production d?un neurotransmetteur, le GABA, qui stimule l?appétit en agissant au niveau de l?hypothalamus.
Manger sans faim
En étudiant 575 sujets sévèrement obèses et 646 sujets non obèses, l?équipe franco-anglaise a identifié un groupe de variations génétiques agissant comme un facteur protecteur vis-à-vis de l?obésité et une variation accroissant ce risque.
Il est apparu que la forme « à risque » du gène GAD 2 multipliait par six son activité. Cette surexpression du gène accroît notablement la quantité du neurotransmetteur GABA au niveau de l?hypothalamus et son effet stimulateur de la prise alimentaire. « Les sujets possédant cette forme particulière du gène GAD 2 sont moins restreints dans leur comportement alimentaire , explique Philippe Froguel. C?est l?équivalent de ces enfants qui mangent sans faim. Il s?agit d?un trait génétique qui l?emporte sur des facteurs culturels de comportement. »
Cet effet d?une variation génétique particulière du gène GAD 2 est renforcé par un autre mécanisme se déroulant, cette fois, non pas au niveau cérébral mais dans le pancréas. Le gène GAD 2 est, en effet, fortement présent dans les cellules de cette glande qui fabrique deux hormones décisives dans la régulation du taux de sucre dans le sang : l?insuline ? qui le fait diminuer ? et le glucagon ? qui l?augmente.
Le même polymorphisme génétique responsable de la production excessive du GABA dans le cerveau entraîne une importante modification de la sécrétion d?insuline. Lorsqu?un sujet normal commence à s?alimenter, la sécrétion d?insuline qui va suivre donnera un signal de satiété et le sujet s?arrêtera de manger. Chez des sujets obèses ayant la variation génétique « à risque » de GAD 2, le premier pic de sécrétion d?insuline après le repas, qui est le plus important, est diminué. Ce second mécanisme pourrait donc concourir au développement de l?obésité sévère.
Ainsi, le neurotransmetteur GABA apparaît-il particulièrement impliqué dans la régulation de l?appétit et ses troubles, d?autant qu?il agit également sur d?autres neurones convoyant des signaux de satiété en réponse à une hormone, la leptine. La forme « à risque » de GAD 2 inhibe ces neurones et va faire se prolonger la prise alimentaire.
2003 Le Monde ? Paul Benkimoun
Distribué par The New York Times Syndicate
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