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Nucléaire : Washington veut distinguer le cas nord-coréen et iranien
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Nucléaire : Washington veut distinguer le cas nord-coréen et iranien
La Corée du Nord a fait savoir jeudi qu?elle possédait des armes atomiques de sa propre fabrication et a annoncé la suspension, pour une «période indéfinie», de sa participation aux négociations multipartites sur son programme nucléaire.
«Nous avions déjà agi de manière déterminée en nous retirant du TNP [traité de non-prolifération nucléaire] et en fabriquant des armes atomiques d?autodéfense en réaction à la politique de l?administration Bush, qui ne cache plus sa volonté d?isoler et d?étouffer la RPDC [République populaire démocratique de Corée]», a rapporté l?agence de presse officielle KCNA, citant un communiqué du ministère des affaires étrangères nord-coréen. «Ces armes atomiques resteront en toute circonstance une force de dissuasion nucléaire», ajoute le ministère.
Il s?agit de la déclaration la moins ambiguë à ce jour de la part des autorités nord-coréennes pour dire qu?elles possèdent des armes atomiques.
Toutefois, les cas de l?Iran et de la Corée du Nord, dont les programmes nucléaires sont l?objet de «graves inquiétudes», relèvent de «dynamiques» différentes, a estimé jeudi le département d?Etat américain. «Il y a deux contextes différents, deux pays différents, deux dynamiques différentes», a souligné le porte-parole adjoint du ministère des affaires étrangères américain, Adam Ereli.
M. Ereli a relevé notamment que Pyongyang et Téhéran «ont atteint des stades très distincts l?un de l?autre en matière de capacités nucléaires». Les Etats-Unis estiment que la Corée du Nord, qui a assuré vouloir renforcer son arsenal nucléaire, possède bien déjà des armes atomiques, alors que dans le cas iranien ils veulent empêcher la République islamique d?y accéder au travers de son programme officiellement à usage civil.
<B>«DYNAMIQUES DIFFÉRENTES»
M. Ereli a également souligné «qu?il y a aussi des mécanismes, des institutions internationales et des procédures qui s?appliquent à l?un mais pas à l?autre. Les dynamiques régionales en jeu sont différentes».
Washington veut associer la Corée du Nord à des discussions à six comprenant aussi la Chine, la Russie, le Japon et la Corée du Sud, ce que Pyongyang vient de rejeter.
Dans le cas de l?Iran, Washington approuve les négociations engagées par la France, l?Allemagne et la Grande-Bretagne avec Téhéran, sans toutefois y participer, ni y apporter de soutien concret. Washington se place dans la perspective d?un recours au Conseil de sécurité de l?Onu en cas d?échec de ces négociations.
Dans les deux cas toutefois, M. Ereli a souligné «qu?une solution diplomatique pacifique a notre préférence? par rapport à une option militaire, et il a assuré que Washington ?uvrait à des issues politiques «avec conviction».
Mais il a aussi rappelé «qu?en aucun cas, où que ce soit dans le monde, nous n?enlevons unilatéralement une option de la table», et ajouté que «c?est un élément de base de la politique américaine, qui n?est pas différent pour l?Iran, la Corée du Nord ou tout autre cas».
Dans un entretien au quotidien français Le Figaro de vendredi, la secrétaire d?Etat, Condoleezza Rice, fait également une distinction entre les deux dossiers.
Le dialogue avec la Corée du Nord est «un processus multilatéral et ces choses prennent du temps», fait valoir Mme Rice, en espérant que Pyongyang «revienne à la table des discussions».
En revanche, elle a qualifié le dossier du nucléaire iranien de sujet «urgent», car «l?Iran, par son soutien aux groupes terroristes, menace directement les efforts de paix au Proche-Orient».
Jeudi, Condoleezza Rice a minimisé l?annonce de Pyongyang, déclarant que les Etats-Unis considèrent depuis le milieu des années 1990 que la Corée du Nord a la capacité de produire des armes nucléaires.
Condoleezza Rice a ajouté que Pyongyang ne ferait qu?accroître son isolement sur la scène internationale et se priverait des garanties internationales en matière de sécurité en se retirant des négociations multipartites.
Condoleezza Rice a réaffirmé que les Etats-Unis n?avaient aucune intention d?attaquer ou d?envahir la Corée du Nord, ajoutant qu?elle espérait que les négociations auxquelles participent aussi la Corée du Sud, la Chine, le Japon et la Russie pourraient reprendre rapidement.
«Il doit être très clair pour les Nord-Coréens qu?aucune assurance en matière de sécurité ne pourra leur être donnée s?ils ne sont pas prêts à prendre la décision de démanteler leurs armes atomiques et leurs programmes de manière à la fois vérifiable et irréversible», a déclaré Mme Rice.
«PRÉOCCUPANT»
Selon M. Rumsfeld, secrétaire à la défense américain, qui s?est exprimé à l?occasion d?une conférence de presse lors d?une réunion informelle de l?OTAN à Nice, la communauté internationale a raison de s?inquiéter que des armes de destruction massive tombent entre les mains «d?un régime dictatorial» tel que la Corée du Nord. Il s?agit de l?un des «pires proliférateurs» dans le monde. «Etant donné leur régime dictatorial [...], chacun doit s?inquiéter que des armes de cette puissance tombent entre les mains d?un leadership de cette nature.»
«Evidemment, un pays qui a un comportement tel que celui de la Corée du Nord, qui est par exemple l?un des pires proliférateurs dans le monde de technologies liées aux missiles balistiques, représente une menace [...] et c?est une chose préoccupante», a affirmé M. Rumsfeld. ?Ils ont dit des choses de temps à autre qui ne se sont pas nécessairement révélées vraies. Je ne sais tout simplement pas s?ils les ont. Je présume que oui. Ils disent que oui [...]. Mais je ne veux pas le confirmer?, a-t-il poursuivi.
De son côté, Kofi Annan a indiqué «qu?avec l?aide des autres pays, la Corée du Nord pourra être ramenée à la table des négociations. Je voudrais les exhorter à y engager la Corée du Nord». Il s?exprimait à Londres, à l?issue d?une rencontre avec le secrétaire au Foreign Office, Jack Straw.
Paris et Londres ont fait part de leur consternation après la publication du communiqué de Pyongyang.?Evidemment, c?est extrêmement préoccupant, tout comme les récentes déclarations des Iraniens le sont», a déclaré la ministre de la défense française, Michèle Alliot-Marie.
«Nous déplorons le refus de la Corée du Nord de négocier sur une question dont la résolution apporterait tellement d?avantages au peuple de ce pays», a déclaré dans un communiqué le secrétaire d?Etat aux affaires étrangères britannique, Bill Rammell.
De son côté, le premier ministre australien, John Howard, a estimé jeudi que les menaces de la Corée du Nord comportaient une part de «bluff» et d?«exagération». Cependant, M. Howard, dont le pays, allié des Etats-Unis, avait envoyé à Pyongyang des émissaires pour tenter de convaincre la Corée du Nord de poursuivre les négociations à six (les deux Corées, Etats-Unis, Chine, Japon et Russie) sur son programme nucléaire, a souligné que la situation n?en restait pas moins «très dangereuse».
Pyongyang a motivé sa décision par les récentes déclarations des dirigeants américains, qui ont rangé la Corée du Nord parmi les «avant-postes de la tyrannie» dans le monde.
<B>NOUVEAU DÉFI</B>
Pour les observateurs, la Corée du Nord a attendu de connaître l?orientation en politique étrangère du second mandat de George Bush à la présidence des Etats-Unis avant de prendre une décision sur son éventuel retour à la table des négociations. Trois cycles de pourparlers ont eu lieu depuis août 2003, mais les discussions étaient dans l?impasse depuis septembre.
L?annonce de Pyongyang apparaît comme un véritable défi à la nouvelle administration Bush. Malgré ses déclarations sur le caractère «tyrannique» du régime communiste de Kim Jong-il, l?administration Bush avait tenté récemment de relancer les négociations multipartites.
Dans le cadre de ces efforts, Washington a envoyé un émissaire en Asie la semaine dernière pour remettre des lettres au président chinois, Hu Jintao, au président sud-coréen, Roh Moo-hyun, et au premier ministre japonais, Junichiro Koizumi.
Avant la publication du communiqué nord-coréen, le secrétaire d?Etat adjoint américain, John Bolton, avait affirmé jeudi que les Etats-Unis étaient prêts à reprendre les négociations à tout moment. M. Koizumi avait pour sa part déclaré qu?il était dans l?intérêt de la Corée du Nord de revenir à la table des négociations.
<B>© 2005 Le Monde -avec AFP Distribué par
The New York Times Syndicate</B>
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