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Noëllie La Chicorée et les têtes brûlées du MMM
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Noëllie La Chicorée et les têtes brûlées du MMM
Noëllie La Chicorée, 79 ans, revoit laborieusement un certain passé. Elle entre dans l’histoire politique quand elle est nommée membre du Conseil Législatif après les élections générales d’octobre 1963. Gaëtan Duval accusera Ramgoolam, père, de l’avoir préférée au Dr Philippe Forget ou encore à Matou Delaître, candidats travaillistes battus respectivement à Beau-Bassin (contre Jules Koenig) et aux Quatre-Bornes (contre Maurice Lesage).
Bientôt octogénaire, en 1979, mais éprouvant toujours la démangeaison de monter sur une caisse de savon, de s’emparer d’un micro pour dire “sa” vérité au peuple, elle a d’autant plus la nostalgie d’un PTr, sachant vivre avec le peuple, que ce parti mène le pays vers l’abîme. Le peuple gouverne et le gouvernement est mené par le bout du nez par toutes sortes de lobby. Si politique d’austérité il doit y avoir, l’exemple doit venir d’en haut. “Je m’adresse aux soldats et non à des électeurs… Le pays a besoin de soldats… Sinon c’est la catastrophe… Il faut recréer le PTr de Curé, d’Anquetil, de Rozemont, de Seeneevassen… Eux, savaient parler au peuple… Ils n’avaient pas besoin de policiers pour se protéger du petit peuple”. Nul n’a pu remplacer Rozemont. Seeneevassen était un syndicaliste mais jamais il ne s’est laissé aller à organiser une grève illégale… Les politiciens s’entendent comme larrons en foire.
Rozemont lui demande d’adhérer au PTr. Seeneevassen parraine sa candidature à l’exécutif du Labour. Elle est de tous les meetings et sillonne l’île en tous sens. Bénévolement. Sans rémunération. Walter l’informe que le parti la veut au Parlement. Elle passe un literacy test au château du Réduit. Ramgoolam la félicite : “I’m proud of you !” Pour retrouver sa virginité politique, le PTr doit retrouver son intimité avec le peuple mauricien.
Mais si le PTr a de graves problèmes de proximité populaire, au MMM la direction se plaint de migraines causées par des têtes brûlées. Un revenant (de vacances en Europe), Me Anerood Jugnauth, les accuse d’être les instigatrices des incidents ayant perturbé le meeting de son confrère, Me Yousouf Mohamed, à la Plaine Verte. Ces “cocos piqués” ternissent l’image des Mauves. Bye Anerood déplore plusieurs décisions prises par le MMM. Il refuse de le crier sur les toits et préfère initier un débat à l’intérieur du parti. Deux tendances s’opposent à la tête du MMM : (i) la condamnation nette et sans équivoque que prône Jugnauth, père, et (ii) les circonstances atténuantes plaidées par Paul Bérenger. L’aile modérée souligne que les violences d’août 1979 accablent davantage le MMM que la GWF. Les incidents de la Plaine Verte effraient la classe moyenne. Ceux-ci équivalent à un déni de démocratie car perçus comme un refus de reconnaître le droit d’expression des adversaires du parti.
La guéguerre des têtes brûlées et des colombes mauves s’accompagne d’une guerre des tracts. Celui d’un Comité de Libération invite à résister violemment contre la “répression patronale et gouvernementale”. Un Groupe Sudiste accuse, toujours par tract, ceux prônant violence et résistance, d’être des “aventuristes et des trotskistes trotskisants”. Les pamphlétaires brûlent d’envie d’en découdre.
Les Sudistes concluent : “Les grèves d’août 1979 ont été un demi-échec. Elles n’ont jamais pu, comme en 1971, rallier les classes sociales autres que le prolétariat ouvrier. Pour réussir, une grève doit être consensuelle. De même, une grève de cols blancs, telle celle des enseignants, échoue sans soutien populaire. Les grèves d’août ont été spontanées et n’ont pas été préparées préalablement et convenablement. Mal ficelées au départ, elles n’ont pas eu d’alliés naturels, tels les petits planteurs, les petits fonctionnaires. Pire encore, elles ont permis aux influences étrangères, économiques et impérialistes (USA, UK et France) de se renforcer aux dépens de la classe ouvrière locale. La masse des salariés doit foncer au moment opportun quand l’adversaire est en position de faiblesse”.
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