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?Nous sommes une nation d?exécutants et peu créatrice?

27 septembre 2006, 00:00

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Dans quelle mesure l?innovation peut-elle aider à la transformation économique ?

L?innovation est un processus qui consiste à rechercher le meilleur produit ou service pour répondre à une demande spécifique de la façon la moins coûteuse possible. Dans notre cas, nous faisons face à un triple choc économique avec les problèmes dans le textile-habillement, le sucre et le prix élevé des produits pétroliers. Nous n?avons d?autres choix que de sortir des sentiers battus et embrasser des expériences économiques qui ont connu du succès ailleurs.

Le rôle du gouvernement dans ce processus d?innover est crucial. Pour beaucoup, l?état ne doit pas dicter l?orientation d?une politique d?innovation et devrait au mieux créer un environnement propice pour que les entrepreneurs innovateurs puissent s?épanouir.

Mais je crois que le gouvernement un rôle de catalyseur à jouer à ce niveau. Les gouvernements américain et japonais s?engagent plus activement en termes de financement des activités de recherche et de développement (R&D). Ils apportent aussi leur soutien sur le plan des infrastructures, des facilités fiscales et apportent une certaine direction à l?industrie en vue de bâtir des avantages compétitifs.

Ces modèles ont rapporté des gros dividendes aux économies respectives. Singapour a su adopter ce modèle avec beaucoup de succès. L?idée centrale derrière l?innovation est la transformation dynamique d?une économie industrielle à une économie digitale basée sur la connaissance. Cela demande des mesures courageuses et naturellement comporte des éléments de risques et d?incertitudes. Vous pouvez investir énormément dans le R&D, mais vous n?êtes jamais sûr si le produit que vous avez développé sera accepté par le marché.

Quelles sont les principales sources d?innovation ?

De manière générale, il existe deux types d?innovation, les innovations radicales et les innovations graduelles. Dans le contexte économique local, les idées novatrices radicales s?appliquent plutôt aux secteurs émergents comme le seafood hub, et nécessite un grand appétit pour le risque.

Par contre, les innovations graduelles consistent à développer des forces concurrentielles dans des industries existantes sur le plan des produits, des services ou le rapport avec la clientèle.

Il n?y a pas de contraintes politiques ou légales. Toutefois, il faut la créativité, les capacités techniques et les ressources financières sont des conditions essentielles à une bonne stratégie d?innovation. Il importe aussi de tenir compte de certains facteurs externes tels que la stratégie des compétiteurs sur le plan de l?innovation ainsi que le rythme de changement technologique qui est susceptible de rendre obsolètes les nouveaux produits et services.

Les institutions financières n?ont pas été très chaudes à l?idée d?apporter du seed capital aux entreprises qui veulent développer de nouvelles pratiques et de nouveaux produits. Je pense qu?avec l?avènement de l?Empowerment Fund, les choses vont changer. Les entrepreneurs seront plus à même de développer une culture d?innovation grâce aux nouvelles facilités de financement.

Selon des études, 80 % des idées innovantes proviennent des trois niveaux hiérarchiques se trouvant en dessous du top management au sein des sociétés. Les employés qui se trouvent à ces niveaux sont plus près de l?action et sont plus à même d?apporter des solutions aux problèmes et aux opportunités.

Beaucoup de nouvelles idées trouvent leurs origines auprès des clients et des utilisateurs. Le problème est que les entreprises ne saisissent pas les besoins des clients. Parfois, même si elles le font, elles n?arrivent pas à concevoir des solutions pour répondre à ces besoins.

Les compagnies doivent encourager leurs employés à innover. L?entreprise a tout à gagner en accordant à ses effectifs la liberté de penser et d?innover. Il faut mettre en place un système qui traduit continuellement les idées en action. Pour cela, il est important d?impliquer tout le monde dans ce mouvement.

Il ne s?agit pas seulement de trouver de nouveaux produits ou des extensions au brand. Les innovations peuvent aussi concerner les rapports avec les consommateurs et les procédés de production.

Les compagnies devront accorder le temps nécessaire à leurs employés pour que ces derniers puissent s?investir dans des projets innovateurs. En d?autres mots, il faut libérer les talents des gens de même que leurs initiatives pour innover.

Quelles sont les contraintes d?une politique d?innovation ?

La majorité des idées innovantes échoue en raison des facteurs d?incertitude. Lorsqu?on fait du R&D, on ne peut jamais prévoir ce qui va se passer. Les opérations d?expérimentation et de test comportent des risques. à titre d?exemple, seul un médicament sur 10 000 formules testées devient un produit commercial.

L?innovation peut représenter un changement simple dans la manière dont une société entreprend une activité ou une percée technique qui amène un avantage substantiel aux clients ou qui augmente les revenus de la compagnie drastiquement.

?Dans beaucoup de pays, le taux élevé de chômage est dû à l?intervention massive de l?état et des rapports réglementés entre l?employeur et l?employé.?

Quels sont les handicaps spécifiques à Maurice ?

Le pays manque des gens qui ont des compétences scientifiques et techniques. Nous sommes une nation d?exécutants et peu créatrice.

De plus, nous avons une mentalité d?insulaire et nos horizons se limitent à Maurice et ne nous permettent pas de penser régionalement et globalement. Il nous faut absolument apprendre des pays ou des régions qui ont une attitude très positive par rapport à l?entrepreneuriat, par exemple les états-Unis qui ont connu une forte croissance au cours de la dernière décennie.

La plupart d?entre nous sont peu ambitieux et se contentent de leur sort. Ces attitudes n?encouragent pas l?effort et l?innovation.

Que faire pour créer un climat propice à l?innovation ?

Il faut regrouper les compétences et les ressources parmi les clients, les fournisseurs et même parmi les concurrents. Il existe plusieurs formes de collaboration qui permettent de trouver des solutions communes aux problèmes communs. Il est important d?encourager les entrepreneurs de voir les problèmes et les opportunités de manière critique. Il faut apprendre aux gens de voir les choses d?un point de vue multidimensionnel.

Le plus gros handicap à l?émergence de l?entrepreneuriat et des petites et moyennes entreprises (PME) innovantes est le manque de facilités financières destinées aux entreprises naissantes. J?espère que le problème d?accès aux capitaux va être réglé avec l?Empowerment Fund.

La créativité requiert la flexibilité et l?ouverture aux risques ainsi que la volonté d?adopter des points de vue peu orthodoxes.

Que suggérez-vous pour rehausser le niveau local de la productivité ?

Il faut d?abord comprendre que rehausser la productivité n?est pas synonyme de réduction de coûts ou de licenciements. La productivité est le montant de marchandises et de services qui peuvent être produits avec la même quantité d?intrants.

Une productivité améliorée peut aussi prendre la forme d?une production de meilleure qualité ou d?un plus gros volume.

Les licenciements ne sont pas une solution, car, souvent, ils mènent à une détérioration du service et, ainsi, à une productivité inférieure. Paradoxalement, rehausser la productivité peut stimuler des économies et un meilleur service. Il faut un programme global de changement culturel au sein des entreprises pour développer la productivité.

Quel pourra être l?impact de la dérégulation du marché du travail dans cette quête de productivité ?

Une enquête présentée au World Economic Forum de 2005 indique que la surrégulation est le plus gros danger qui menace les affaires. Trop de régulations et la bureaucratie ont dissuadé beaucoup d?investisseurs étrangers à faire du business à Maurice. Une récente étude Doing Business in 2005 : Removing obstacles to growth (de la Banque mondiale et de l?International Finance Corporation) avait trouvé que le coût de régulation est trois fois plus élevé dans des pays en développement comme Maurice que dans les pays du G-8. Cela à un moment où l?on veut attirer les investissements.

Les lois du travail à Maurice sont le reflet d?une situation de surrégulation. Dans beaucoup de pays, le taux élevé de chômage est dû à l?intervention massive de l?état et des rapports réglementés entre l?employeur et l?employé. à Maurice les tripartites et les remuneration orders représentent un grand handicap à la mobilité des compétences et à l?augmentation de la productivité. Nous ne pouvons plus nous permettre de rester avec des pratiques archaïques. Un système centralisé de détermination de salaires n?a pas sa place dans le paysage industriel de nos jours. Il faut encourager la flexibilité sur le marché du travail. L?Espagne avait introduit des règles de travail flexibles dans les années 1990. Ce pays a pu réduire le taux du chômage par 40 % en six ans seulement.

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