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?Nous ne sommes pas des braconniers, nous nous soucions de Maurice?

4 octobre 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● La stratégie commerciale d?Emirates ne plaît pas à l?Etat mauricien. Cela vous surprend-il ?

Jusqu?ici personne ne nous a fait part d?un quelconque mécontentement. Nous avons effectivement été surpris d?apprendre la réaction de certains, à travers des canaux non officiels, mais ce n?est peut-être qu?une question d?interprétation. Par exemple, on allègue que le gouvernement nous a refusé le droit d?opérer des vols supplémentaires entre Maurice et Dubayy. C?est totalement faux, nous n?avons rien demandé jusqu?ici !

● Pourtant le gouvernement mauricien accuse ouvertement Emirates de ne pas transporter suffisamment de touristes du Golfe?

La lecture des statistiques est un jeu très délicat, et peut facilement induire en erreur. Nous avons transporté environ 60 000 touristes venant du Golfe au cours des deux dernières années.

● Mais le Bureau central des statistiques indique seulement 3 700 arrivées de touristes du Golfe en 2002 et 2003?

Ces chiffres ne sont pas corrects. Nous transportons ces passagers, nous avons les vraies statistiques.

Les Emirats Arabes Unis constituent notre base d?opération, notre hub. C?est également notre marché numéro un pour ce qui est de la desserte sur Maurice. Plus de 33% des passagers de Emirates à destination de Maurice viennent du Moyen-Orient. Le nombre de touristes du Moyen-Orient visitant Maurice augmente par 10 % chaque année. Ce trafic aurait pu aller ailleurs si nous ne desservions pas Maurice et si nous n?avions pas promu la destination dans les pays du Golfe. Nous n?amenons pas que des passagers, mais aussi, et surtout, la qualité et une certaine valeur.

● Suivant votre logique, le gouvernement aurait dû vous féliciter et non vous critiquer?

Je ne parle que des faits. Il est inhabituel pour une compagnie aérienne d?introduire une destination, de la promouvoir, et de sensibiliser les marchés à son potentiel. Nous transportons de plus en plus de passagers vers Maurice, ce qui a permis d?améliorer la croissance de l?industrie touristique mauricienne, ou du moins la stabiliser. Beaucoup semblent oublier que les arrivées touristiques chutaient avant notre arrivée. Qui a permis de redresser les choses ? Je maintiens que la desserte de Maurice par Emirates est une réalisation phénoménale. Tout est finalement question d?interprétation, le verre est à moitié vide ou à moitié rempli?

● Maurice a-t-elle été suf-fisamment promue au Moyen-Orient comme destination ou s?est-on contenté de vendre uniquement les hôtels ?

Il est impossible pour une compagnie aérienne de vendre ses sièges sans faire le marketing de la destination. Sur un marché de type touristique, comme Maurice, la concurrence est féroce. Le touriste a un choix énorme. Nous avons entrepris un formidable exercice de marketing pour faire de Maurice notre destination numéro un sur ce marché spécifique et nous faisons tout pour stimuler le trafic.

Par exemple, en Inde, nous avons commandité un supplément de quatre pages dans le Times of India. Cet exercice, soutenu par les stars de Bollywood, a touché plus de 14 millions de personnes dans les principales villes indiennes. Le supplément n?a pas fait la promotion d?Emirates, mais celle de Maurice. Nous l?avons fait parce que nous nous soucions de Maurice. Le résultat a d?ailleurs été spectaculaire. Le nombre de touristes indiens venant à Maurice, via Dubayy, a augmenté de 33 %. Mais Air Mauritius a également bénéficié de cette promotion, son trafic a grimpé. Ce qui explique d?ailleurs pourquoi le gouvernement indien lui a donné l?autorisation d?opérer des vols additionnels sur l?Inde.

● Certains hôteliers affirment que Maurice n?est pas la destination idéale pour les touristes venant du Golfe. Qu?en pensez-vous ?

On peut toujours mieux faire? Emirates a créé un trafic qui n?existait pas. Toutefois une idée fausse perdure. Certains s?imaginent qu?ils verront le touriste arabe riche déambuler sur les plages, avec tout son entourage, et passer des mois à Maurice alors que l?été bat son plein au Moyen-Orient. Soyons réalistes : on ne peut pas passer un mois à Maurice, mais un week-end, ou une dizaine de jours. C?est une destination taillée sur mesure pour une clientèle élitiste. Les Arabes voyagent en famille et Maurice n?offre rien de spécial aux enfants. Les opportunités de shopping y sont inexistantes. C?est pourquoi ils préfèrent aller en Malaisie. Il est crucial que Maurice se redéfinisse comme destination touristique.

● Les autorités mauri-ciennes sont-elles trop impatientes pour ce qui du marché du Moyen-Orient ?

Le marketing d?une destination prend du temps. Il faut être patient. Nous investissons beaucoup dans la promotion mais finalement, cela est moins important que la publicité qui se fait de bouche à oreille.

● On accuse également Emirates de faire du braconnage de passagers à partir des principaux marchés de Maurice?

Je crois que l?important, pour un pays à vocation touristique, c?est de maintenir la croissance. Les passagers veulent toujours plus pour leur argent et choisissent les offres les plus valables. Si un client décide de transiter par Dubayy au lieu d?effectuer un vol direct, c?est parce qu?il pense que cela vaut la peine, soit pour le shopping hors taxes ou pour la détente. Nous offrons deux destinations pour le prix d?une. Si je créé davantage de valeur ajoutée pour les touristes venant à Maurice, le gouvernement mauricien ne devrait-il pas me remercier ? Il faut réaliser que ces touristes auraient pu aller en Malaisie ou à Tombouctou.

Parlant de braconnage, il est un fait que le trafic de passagers entre l?Europe et Maurice a augmenté au cours des deux dernières années. La France et l?Italie sont les deux seules exceptions. Les arrivées de certains marchés ont grimpé avec le même nombre de passagers transportés par Emirates de ces pays. C?est une preuve que nous avons créé de nouveaux marchés, et non pas braconné sur ce qui existait déjà. Notre marché numéro un reste les pays du Moyen-Orient mais pour ce qui est des marchés européens, nous avons transporté le trafic additionnel que nous avons nous-mêmes généré.

● Braconnage ou pas, tout cela a un impact sur Air Mauritius?

C?est au gouvernement mauricien de répondre à cette question. A Dubayy, l?accès aérien est totalement libre. Emirates doit rivaliser avec des dizaines d?autres compagnies aériennes. Le braconnage n?est pas notre souci. L?essentiel, c?est de transporter des touristes à Dubayy. Si nos concurrents proposent des meilleures offres aux clients, tant mieux. Il y a de la place pour tous. Si votre économie dépend du tourisme, vous devriez vous soucier de la qualité des visiteurs.

● Où en est votre parte-nariat avec Air Mauritius ?

L?accord de code-sharing est la relation la plus intime que puissent partager deux compagnies aériennes. A moins qu?on veuille parler de fusion ou d?acquisition?

● Maurice pense à l?octroi de la cinquième liberté de l?air afin de se transformer en destination de court séjour. Est-ce la bonne voie à suivre ?

La meilleure voie serait de libéraliser totalement l?accès aérien. Je ne crois pas qu?il soit bon de faire les choses à moitié quand on est un pays qui dépend lourdement du tourisme. L?octroi de la cinquième liberté ne serait qu?une libéralisation partielle.

Dubayy et Singapour sont également de petits pays, comme Maurice qui peut également devenir une excellente destination en stop-over. La question n?est pas la taille mais ce que vous faites de vos atouts.

En permettant aux compagnies aériennes de voler librement sur Maurice, toute l?économie sera re-dynamisée. Tout est lié. Dès que vous accueillez plus de visiteurs, même si ce n?est qu?en transit, le taux d?occupation des chambres d?hôtels grimpera. L?investissement dans le parc hôtelier, l?aéroport et d?autres projets d?infrastructures suivra automatiquement.

Maurice se trouve à un point stratégique et il faut en profiter au maximum. Cela ne fait pas de sens d?être une destination touristique et d?imposer des restrictions. Les touristes doivent avoir le choix. Beaucoup veulent visiter le pays mais n?y arrivent pas par manque de sièges.

Déjà, avec nos quatre vols hebdomadaires, nous avons un load factor de 99 %. Dans l?aviation, c?est un fait qu?un transporteur refuse des passagers dès que ce taux dépasse 75 %. Ce qui est une perte pour Maurice car le touriste qui ne peut venir chez vous choisira une autre destination.

● Vous parlez d?un load factor de 99 % et vous insistez que nous n?avez pas demandé de vols additionnels au gouvernement mauricien ?

Nous demanderons au bon moment?

Propos recueillis à Dubayy par Ryan COOPAMAH

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