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?Nou tou kréol isi?

23 octobre 2005, 20:00

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par Aline GROËME

Silence, langues de vipère. Laissons une chance au créole de gagner ses paris. Celui de ne plus être perçu par certains comme ?vulgaire? ou ?grossier?. Celui de réussir son entrée dans le cursus scolaire. Sa difficulté : être à la fois langue identitaire d?un groupe ? les descendants d?esclaves ? et langue nationale.

La sortie du Diksioner morisyen est une avancée de plus dans un débat vieux de trente ans : l?introduction du créole, en tant que langue nationale, comme médium d?enseignement dans le système scolaire.

Mais alors que linguistes, pédagogues et politiciens font valoir chacun leur point de vue, les attitudes les plus significatives, voire les positions les plus marquées, s?affirment avant tout au quotidien. Loin des idéologies, au plus près de nos vies. Prenons le temps de nous arrêter. D?ouvrir tout grands, oreilles et yeux.

Au Parlement, les langues officielles sont l?anglais et le français. Les seules fois où la langue maternelle de la majorité d?entre nous y est entendue, c?est quand le ton monte et que le niveau baisse. ?Batchiara, moutouk, tom deor? viendront alors ternir l?image de l?institution.

Ceux qui écoutent les radios l?auront noté. Il n?est pas rare d?entendre un auditeur s?excuser auprès de l?animateur de service. ?Mo kapav koz en patois sil vou plé, pou ki tou dimoun kompran ?? Utiliser la langue maternelle sur les ondes véhicule donc encore une notion de transgression. C?est mal pour certains.

À l?autre extrême, les téléspectateurs se souviendront du résumé en créole à la fin du JT de 19 h 30, sur la MBC. Un condensé d?informations incarné à l?époque par Jugdish Joypaul. à force de gouaille et de trouvailles, le journaliste avait transformé ces 3 ? 4 minutes d?information en un rendez-vous attendu. On en rigolait. On en reparlait le lendemain. Pas tant pour l?actualité qui y était délivrée mais pour la manière de dire. Mais des protestations ? citoyennes et politiques ? critiquant notamment le niveau de langue ? ont découragé ceux qui avaient eu le mérite d?essayer.

Passons au Festival de théâtre de Port-Louis qui s?est achevé hier. Il faut se rendre à l?évidence, soir après soir, le petit théâtre à l?italienne n?a pas dépassé la moyenne en termes de taux de remplissage. Pourtant les pièces étaient pour la plupart écrites par des Morisiens, jouées par des Morisiens, pour les Morisiens. Le phénomène n?a pas fini de nous étonner. Les vedettes internationales, le théâtre made in Réunion attirent les grosses foules. Pourquoi pas ce qui se fait chez nous ? Est-ce une question de réseaux et d?abonnements ? Nous ne le croyons pas.

La liste des observations est encore longue. Si nous vous en faisons grâce, c?est pour laisser parler un spécialiste, en l?occurrence Dev Virahsawmy, à travers un extrait de poésie :

Nou tou kreol isi si nou tou isi lor nou lil nou get bien mem ki nou ete nou pou gagn sok, gran sok, baba parski nou tou anverite, ki nou anvi, nou pa anvi, nou tou isi, nou tou Kreol, transplante dan nouvo later.

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