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Notre société est-elle malade ?

5 juillet 2003, 20:00

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OUI Om Varma sociologue au Mauritius Institute of Education (MIE)

Y a-t-il une dégradation sociale ?

Les crimes et autres affaires qui ont défrayé la chronique récemment indiquent qu?il y a un problème de société chez nous. Maurice est perçu comme un paradis touristique, mais de nombreux Mauriciens réfléchissent à deux fois avant d?aller dans certains lieux mal famés du pays, même pendant la journée. Et la médiatisation de ces crimes atroces crée dans la population une « panique morale ».

Comment expliquez-vous cette situation ?

La violence sociale a toujours existé. Cependant, avec l?industrialisation qu?a connue notre pays depuis les vingt-cinq dernières années, les Mauriciens sont devenus indifférents. Ils sont allés habiter de nouveaux quartiers comme par exemple Albion, Sodnac ou Roches-Brunes, où personne ne se connaît. Heureusement que les gens commencent à prendre conscience du danger de cette indifférence sociale et s?organisent, avec l?aide la police, dans des Neighbourhood Watch, la surveillance du voisinage.

Avez-vous constaté une augmentation de la petite délinquance ?

Effectivement. Aujourd?hui avec l?industrialisation et la démocratisation de la société, on est devenu plus libéral. Malheureusement, cette liberté, qui aurait dû être assortie de responsabilités, ne l?est pas. Notre société est devenue plus permissive. Les structures sociales, comme la famille, l?école ou les groupements sociaux, qui traditionnellement imposent des limites à nos comportements et attitudes et les sanctionnent, ne fonctionnent plus comme avant. Par conséquent, de nombreux citoyens grandissent avec le sentiment qu?ils peuvent faire ce qu?ils veulent en toute impunité.

La dégradation sociale est-elle une conséquence inévitable de l?industrialisation ?

Quand une société change et devient complexe, comme c?est le cas actuellement pour Maurice, les gens perdent

le sens de la communauté. Leurs valeurs morales et sociales changent également. Dans certains cas, ils développent alors une double face. Publiquement ils affichent des attitudes socialement acceptables, mais secrètement, ils rêvent d?aventures et se croient tout permis. Leur nature antisociale n?attend que le moment opportun pour s?exprimer. C?est ainsi que les présumés violeurs de Sandra ont vaqué pendant des mois à leurs occupations habituelles sans qu?on les soupçonne.

NON

Leela Devi Dookun-Luchoomun députée de La Caverne-Phoenix

Pourquoi considérez-vous que notre société n?est pas malade ?

Il est vrai que les événements récents sont choquants. Mais cela arrive partout ailleurs dans le monde. Dans un système sain, on identifie les problèmes et les déviances et, une fois que les erreurs sont corrigées, on retrouve des conditions normales. L?assassinat d?une fille à 500 mètres de sa maison me révolte, mais la chaîne de solidarité qui s?est mise en place montre que notre société est saine. Il en a été de même pour la mort tragique du petit Sunil Hookoom. Enfin, le fait d?avoir appréhendé les présumés violeurs de Sandra O?Reilly montre qu?on ne reste pas les bras croisés.

Mais l?opinion publique a été traumatisée par ces crimes ?

Si on est choqué, c?est précisément parce qu?on est habitué à mener une vie paisible à Maurice. À cause de notre insularité, nous ressentons les choses plus profondément qu?ailleurs. Nous vivons les uns à proximité des autres.

Il faut quand même savoir que les statistiques montrent que la violence diminue d?année en année. Toutefois, quand trois crimes sont perpétrés en deux jours, on est choqué. On a alors la perception que tout va mal dans la société. On ne peut pas décider de la santé d?une société en se fondant uniquement sur les actes criminels perpétrés en une semaine.

Il se passe donc de bonnes choses à Maurice ?

Certainement plus qu?on veut bien le voir. C?est la nature humaine de repérer plus facilement quelque chose qui ne marche pas, de s?attarder sur les points noirs. Notre jeunesse se prépare activement à accueillir les Jeux des îles de l?océan Indien. Dans beaucoup de domaines, Maurice joue un rôle prépondérant en Afrique. Dès qu?un problème de société fait surface, les autorités ou les forces vives s?empressent de proposer des solutions. C?est ainsi que le problème de logement, des enfants des rues ou de la drogue sont pris en compte. C?est là le signe d?une société saine qui sait réagir.

Comment expliquez-vous toute cette violence sociale ?

Elle n?est pas généralisée. Nous sommes une société dynamique en pleine mutation. Il y a des problèmes quand on passe de l?adolescence à l?âge adulte. Il en va de même pour les sociétés. Le rôle traditionnel des structures sociales a changé. On devrait, par exemple, aider les familles et les enseignants à assumer leurs nouveaux rôles.

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