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Nos voisins les « dallons »

13 mars 2005, 00:00

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ILS EN PARLENT

Habib Mosaheb, chargé de communication au ministère de la Jeunesse et des sports

« En 1977, le gouvernement des Seychelles a instauré une réforme de l?éducation qui l?a rendue obligatoire jusqu?à l?âge de 16 ans. Le gouvernement a alors entamé une campagne de recrutement d?enseignants. Mon épouse a postulé et nous nous sommes installés là-bas en 1980. J?ai dû chercher du travail, ce qui a été assez facile puisque deux semaines après, j?avais trouvé mon bonheur au ministère de l?Éducation et de l?information, dont le ministre n?était autre que James Michel, l?actuel président. Je travaillais alors au département information qui regroupait la radio et le seul journal du pays, le Seychelles Nation, un quotidien trilingue (anglais, français, créole). Petit à petit j?ai gravi les échelons et j?ai beaucoup appris dans le domaine des médias. Je suis revenu vivre à Maurice en 1988, uniquement pour des raisons familiales. J?ai d?ailleurs gardé de très bonnes relations avec mes anciens collègues et amis. Aux Seychelles, j?ai aimé la franchise et le rire. Les Seychellois rient beaucoup. Ils ont aussi une simplicité extraordinaire. J?ai vraiment aimé leur patriotisme qui frôle parfois le chauvinisme ! Le Seychellois défend son pays avec beaucoup de ferveur. Le racisme n?a jamais été un problème là-bas, c?est un seul et même peuple. Il y a aussi beaucoup d?authenticité dans leur expression culturelle qu?ils conservent depuis longtemps. J?aime également leur langue qui est chantante, comme celle des Rodriguais. J?espère que ce pays n?a pas tellement changé et qu?il est resté comme je l?ai connu au moment où j?y vivais. Je garde, en tout cas, un formidable souvenir de mon passage là-bas. Bien sûr tout n?a pas été rose, mais aujourd?hui je peux dire que ça a été une expérience enrichissante pour moi. »

Richard Ramasawmy, « Media and Public Relation Executive » du groupe Naïade

« Même si je travaille à Maurice actuellement, ma maison et ma vie se trouve aux Seychelles. Je suis d?ailleurs marié à une Seychelloise. J?ai été directeur de production à la télévision et j?ai été Media Adviser auprès du président James Michel. On aime un pays avec tout ce qu?il comporte. Vivre comme un Seychellois, c?est se retrouver sur une autre planète. C?est un pays qui regroupe plusieurs îles. La population est beaucoup moins nombreuse qu?à Maurice, et les gens sont disciplinés et très ordonnés. Ce qui me fascine le plus dans ce pays, c?est l?absence de toute forme de racisme et de communalisme. Cela facilite les choses. Je ne dis pas que c?est mieux qu?à Maurice, qui tire une grande richesse de sa pluriethnicité, mais c?est différent. Aux Seychelles, la simplicité est de mise et il existe une formidable convivialité entre les classes sociales.

Il est normal de voir un chauffeur ou un maçon dîner avec un cadre. Là-bas, les valeurs humaines sont plus importantes que le statut professionnel. Et puis la nourriture est exquise : on mange du poisson matin, midi et soir. Les fruits locaux comme le c?ur de b?uf ou le carambole existent en abondance, alors qu?à Maurice ils ont presque disparu. On peut aussi consommer des mangues pendant presque toute l?année. De plus, la nourriture est très saine, car des normes très strictes sont imposées à tout ce qui est plats préparés. Un contrôle rigoureux se fait sur le respect de l?hygiène, et cela dans l?intérêt de la santé publique. Je ne peux pas dire que la vie aux Seychelles est parfaitement idyllique, ce n?est pas vrai, et j?éprouve toujours beaucoup de joie à revenir à Maurice, ma patrie où je me plais également. Au fond, je vis deux bonheurs à la fois. »

Gérald Bergue, sous-chef exécutif de l?hôtel « Les Pavillons »

« J?ai vécu pendant six ans aux Seychelles. J?ai débuté en tant que chef de cuisine à l?hôtel Desroches Island Resorts en 1994. Puis j?ai été chef au Berjaya et enfin, j?ai travaillé au Frégate Island Resorts, un cinq-étoiles, en tant qu?Executive Chef. Les Seychelles ressemblent beaucoup à ce qu?était Maurice il y a 10 ou 15 ans. Le peuple est formidable, il est chaleureux, très accueillant et parle le créole avec un accent plus chantant que le nôtre. Je suis amoureux de ce pays, et c?est là-bas que j?ai rencontré mon épouse. Tout est si naturel, on y respire un air frais et pur. Le respect de l?environnement est très important pour eux, la pollution est presque inexistante. Pour moi, Maurice a connu un développement un peu trop rapide. Aux Seychelles il y a cet aspect sauvage qui demeure et c?est ce qui en fait la beauté. Il existe des sites vraiment époustouflants. Maintenant, je vis à Maurice et ma femme m?a suivie. J?essaie de me rendre aux Seychelles au moins deux fois par an. L?année dernière je n?y suis pas allé car le travail était très prenant. Mais je reste en contact avec la famille qui est là-bas. Mon séjour aux Seychelles a été une expérience exceptionnelle, puisque ce pays est devenu ma nouvelle terre d?adoption. »

Claude Moutia, « Attorney at Law »

« J?ai vécu aux Seychelles pendant dix ans, dans les années 70 et en 1981. J?ai été magistrat pendant deux ans et ensuite je suis devenu avocat-avoué, deux professions indissociables aux Seychelles. J?ai beaucoup aimé les pratiquer, et j?ai appris énormément de choses. La société seychelloise est essentiellement matriarcale, et la femme est toute-puissante. La maison et les meubles lui appartiennent. C?est elle qui s?occupe des enfants et de leur éducation. Elle dirige tout dans sa famille. Elle est animée d?un sentiment extraordinaire vis-à-vis de ses enfants, elle les protège et les entoure de son attention. Elle est digne de respect et d?admiration. Là-bas, les femmes sont très actives. Elles sont beaucoup plus fortes que les Mauriciennes et s?impliquent beaucoup plus, et ce à tous les échelons de la société. Par contre, il n?y a pas beaucoup de femmes au gouvernement et à l?Assemblée nationale. Une seule femme occupe les fonctions de ministre des Sports, si je ne me trompe pas, et elle était en visite chez nous pour les Jeux des îles. La vie dans les trois îles principales des Seychelles, c?est-à-dire Mahé, Praslin et La Digue est très différente. La Digue s?est beaucoup développée après mon départ. C?est une belle île qui s?est ouverte au tourisme. À l?époque où j?y ai vécu, les Seychelles était la destination rêvée des Européens. Mes enfants et moi avons aussi des promenades en bateau sur une mer magnifique. La pêche, la natation et la voile sont des sports très prisés, que la plupart des Seychellois pratiquent. Mes enfants s?y sont établis après mon mandat, et ils y vivent et y travaillent encore. J?ai bien apprécié ce qu?a été ma vie aux Seychelles. Je me souviens avec bonheur d?une langue très musicale, d?un créole truffé d?anglicismes, riche et intéressant. »

D?une superficie de 455 km2, les Seychelles comptent environ 80 500 habitants. L?archipel comporte trois îles principales : Mahé, Praslin et La Digue, ainsi qu?une centaine de petits îlots qui sont presque tous inhabités. Visitée par des commerçants arabes au xe siècle, l?île a été réellement découverte par les Portugais en 1502. Au xviie siècle, l?archipel sert de base aux pirates avant d?être revendiquée par la France, qui occupait déjà Maurice à l?époque. En 1814, avec le Traité de Paris, les An-glais en prennent possession.

En 1970, les Seychelles obtiennent l?autonomie. La quasi-totalité de la population, catholique à 90 % et largement métissée, vit sur l?île de Mahé (Victoria) qui est d?ailleurs la capitale. Depuis plusieurs décennies, les Seychelles jouissent d?une image paradisiaque grâce aux plages magnifiques de sable blanc, à la végétation luxuriante, et à une faune riche et variée. Le tourisme est la principale ressource de ce pays.

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