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Nive Renaux citoyenne du monde

10 mars 2007, 00:00

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Une femme rafraîchissante, c?est ce qu?on éprouve après une petite heure passée en compagnie de Nive Renaux. Celle-ci prend à contre-pied tous les clichés que l?on pourrait avoir à propos des femmes de diplomates. Ce n?est pas parce qu?elle est femme d?ambassadeur qu?elle prend de grands airs. Tout comme la langue de bois n?est pas pour elle.

Et quand elle réserve son jugement, elle en dit suffisamment pour que l?on lise entre les lignes. Et puis, chez elle, l?humour est embusqué à chaque détour de phrase ! Exemple : en servant le café, elle conseille de lui faire honneur, de même qu?au gâteau l?accompagnant, car elle se serait levée aux aurores pour les préparer !

Et lorsqu?on lui demande si elle s?est mariée jeune, elle répli-que, pince-sans-rire, «Non. Je ne suis pas folle !»

Mais Nive Renaux sait aussi retrouver son sérieux pour livrer le fond de ses pensées. Cette native des hauts plateaux malgaches déclare être née «par hasard» dans le petit village côtier de Morondava.

Son père étant haut fonctionnaire, il est toujours en mouvement, dépêché par ses supérieurs dans les provinces malgaches. Et toute la famille le suit. Ses attributions l?obligent aussi à effectuer des déplacements outre-mer et là encore, sa famille vit à son rythme professionnel. Ainsi, avant l?âge de deux ans, «avant de savoir parler», précise Nive, elle et les siens vont s?installer en Afrique. Puis, ils mettent le cap sur l?Europe. Après, c?est à nouveau Madagascar. «Et c?était toujours ce triangle-là. D?où l?importance des voyages dans ma vie. Dans l?enfance, une carte se dessine?» Ce qui explique qu?elle se sente si peu Malgache bien qu?y étant originaire.

Etant la benjamine de cinq enfants, Nive s?accroche à sa famille et vit quasiment dans un microcosme. Mais ses parents ont vite fait de lui apprendre l?autonomie. Ses études supérieures en économie, elle les effectue en France. Elle enseigne cette matière au lycée et travaille aussi dans des bureaux. à l?issue de son mariage avec Dominique Renaux, ambassadeur de France, elle reprend sa vie de nomade, découvrant au gré des affectations de son époux, le Qatar, la Tunisie, le Canada, le Soudan et Maurice.

Si elle ne s?est jamais faite aux déménagements «car on voit ce qu?on quitte mais pas où l?on va», elle s?est toujours bien adaptée car elle a été «toujours bien accueillie». Et puis, Nive applique invariablement une méthode qui lui est propre et qui repose d?abord sur «la préparation psychologique des enfants en peu de temps et aller vers les autres le plus vite possible pour s?intégrer rapidement».

Appelée à dire ce que tous ces déplacements lui ont apporté, elle déclare toujours s?interroger sur la chose. «Beau-coup de personnes m?envient mais ne réalisent pas ce que cela signifie en termes de sacrifices, de ruptures, de solitude. Et maintenant que j?approche le troisième âge, c?est là qu?il faut faire une réserve de ressources. Mais le fait brut est qu?on a plus de relations et peu d?amis. Il y a un déficit amical dans le milieu de la diplomatie.» Se faire des amis, poursuit-elle, présuppose du temps qui fait souvent défaut, de même que de la fréquentation.

Une fois ajustée à son nouvel élément, Nive peint et se renseigne pour voir où elle peut apporter sa contribution. «Quand on a un petit peu de pouvoir, il faut faire quelque chose. J?ai un peu de moyens, un peu de ressources et j?estime qu?il me faut aider les autres. Je le fais à chaque fois que je suis dans un poste car le partage est pour moi une valeur humaine.»

<B>«Ma force, c?est l?amour»

Et puis, elle se dit reconnaissante à la vie de lui avoir donné une famille unie et en bonne santé. «Cela aurait pu mal se passer avec la famille. J?aurais pu être déprimée et ne rien voir autour de moi en raison de cette impossibilité à se fixer quelque part. Mais cela fait une trentaine d?années que je voyage et j?entends toujours les oiseaux chanter.»

Le séjour des Renaux tire à sa fin. Mais indépendamment du lieu où son mari sera posté, c?est en France et plus particulièrement à Paris, que Nive jettera l?ancre d?abord «pour installer» ses jumeaux François Xavier et Hélène, qui ont eu 18 ans la semaine dernière.

C?est en étant à Maurice qu?elle a eu l?occasion de faire des séjours à Madagascar où elle «regrette beaucoup» de ne pas se sentir chez elle. «C?est normal. Après tant d?absence. J?y ai été pour voir si j?ai encore quelques racines là-bas. Même en France, j?en ai très peu et pourtant, je me sens Française et on me reçoit comme Française. J?ai bien peur que je n?ai plus de liens, plus de métier? » Son roc, c?est ses proches. «Ma force, c?est l?amour. J?aime beaucoup les gens qui m?entourent.

Si je n?avais pas ces racines-là, je n?aurais pu être nomade.» Appelée à dire ce qui lui plaît à Madagascar, Nive demande d?abord si elle peut le dire. Puis, elle se lance. «Je parle un peu le malgache. Autrefois, quand j?allais à Madagascar et qu?on le réalisait, j?étais exclue, méprisée et c?était agressif. En plus, la colonisation française n?était pas si loin? C?était absurde. Mais ça, c?était autrefois. Aujourd?hui, cela n?a plus aucune importance. Ils vous accueillent comme un être humain. C?est la fraternité qui importe. Mais si je vivais là-bas, j?apprendrais le Malgache tout de suite (rires).»

Comment entrevoit-elle l?avenir de son pays natal ? Elle préfère donner du temps à Madagascar. «Beaucoup de choses me blessent. Ce sont des choses qui ne relèvent pas de la fatalité. Mais je crois qu?il faut du temps. Et beaucoup de volonté.» à ses yeux, il n?y a pas que les politiques qui doivent agir. La société civile aussi doit prendre des actions pour que les choses aillent plus vite.

Et son avenir à elle ? Pour l?instant, c?est encore nébuleux. Elle n?est pas sûre de vouloir retravailler. «L?avenir, comme d?habitude, c?est un point d?interrogation. C?est toujours pareil. Mais ce n?est pas négatif. Il y aura des constances comme la peinture. Ensuite, j?irai à la mairie pour voir quelle pourrait être ma contribution à ma ville. Je ne me revois cependant pas retravailler. Ce que je pourrai faire peut-être, c?est créer une entreprise liée à l?environnement?»

Bien qu?elle refuse de se prononcer sur le pays qu?elle a préféré, elle avoue que Maurice va beaucoup lui manquer. «J?aurais beaucoup de chagrin en partant car j?ai apprécié le peu de relations que j?ai tissées.» Ce n?est peut-être qu?un au re-voir, qui sait?

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