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On ne fait pas d’omelette…
L’abolition ou la réduction des droits de douane décidée dans le dernier budget a provoqué déjà des premiers remous chez les menuisiers et chez les fabriques de fer de construction notamment.
On le savait, la libéralisation du commerce et l’ouverture du pays ne se feront pas sans heurts et sans pleurs. Mais si nous sommes convaincus de la nécessité de rupture, il ne faut pas s’arrêter aux premiers soubresauts et faire marche arrière. On ne fait pas d’omelette sans casser les œufs.
A chaque fois que la libéralisation menace un secteur ou une industrie, on nous brandit la menace des pertes d’emplois et du chômage. Mais il faudra s’y résoudre. La libéralisation aujourd’hui ou renvoyée à demain aura exactement le même effet si nous n’avons pas les atouts pour survivre à la concurrence.
Le rapport qualité-prix est ce qui détermine l’acte d’achat du consommateur et en définitive la réussite ou non d’une entreprise. En théorie, sa survie dépend donc de sa capacité à offrir le meilleur produit ou service au plus bas prix possible.
Dans la réalité, cette règle ne s’applique pas toujours. Le jeu est parfois faussé pour des raisons tout à fait justifiables, voire par nécessité. C’est ainsi qu’au sortir de l’indépendance, Maurice s’est embarquée dans une politique volontariste de développement industriel pour, d’une part, créer des emplois, et d’autre part, économiser les rares devises étrangères.
L’industrie de substitution à l’importation était née et pour protéger cette pousse fragile, des remparts ont été érigés sous forme de droits de douané élevés pour rendre les prix des produits importés prohibitifs.
Cette nécessité de protection renforce le caractère artificiel et forcé de ce modèle industriel. La conclusion de l’“Uruguay Round” à Marrakech en 1994 en a sonné le glas. La libéralisation du commerce démontre aujourd’hui la principale faiblesse de beaucoup de nos industries à vocation domestique : elles ne produisent pas le meilleur produit au meilleur prix.
Beaucoup d’entre elles ne le peuvent pas et ne le pourront jamais, avec ou sans protection. C’est juste une question d’économie d’échelle. Elles doivent donc disparaître.
Dans cette logique, Maurice ne devrait pas avoir d’industrie dont la vocation est de servir uniquement le marché domestique. Celles qui ont réussi sont des exceptions à la règle et ont des spécificités qui sont davantage du domaine du goût des consommateurs locaux et une forte identité.
Pour le reste, tout ce que nous produisons ou presque, nous pouvons l’importer à moins cher et de meilleure qualité. Persister à produire localement ce qui peut être obtenue à moins cher ailleurs est une mauvaise allocation des ressources. Sans parler des “rent-seekers”.
Les industriels se hérissent à l’idée qu’on puisse devenir une nation de marchand. C’est justement notre vocation. Un pays sans matières premières ne sera jamais un géant industriel malgré la Compagnie mauricienne de textile.
L’on voit d’ailleurs déjà dans les indices sectorielles de croissance une tendance qui se dessine : l’industrie est en déclin mais les services marchent fort.
Dans une grande mesure la libéralisation est en train de produire ce qu’on craignait le plus : une spécialisation et une division du travail à l’échelle planétaire. Maurice doit jouer le rôle qui lui convient le mieux. L’étoile et la clé de l’océan indien doit devenir une plate-forme pour le commerce, les services, les affaires et les loisirs. Les industries où nous ne sommes pas compétitifs, laissons les aux autres.
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