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Médicaments suspects quelles conséquences ?
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Médicaments suspects quelles conséquences ?
Malgré des procédures strictes pour le choix des fournisseurs et pour l?importation de médicaments, des failles existent : la qualité de quatre médicaments distribués en 2005 - 2006 sur notre marché a été contestée par un laboratoire sud-africain réputé et reconnu par l?Organisation mondiale de la santé (OMS).
On peut se demander si le pays traite toujours avec les fournisseurs de ces médicaments, quatre laboratoires indiens. On peut aussi se demander ce qui peut garantir que la qualité de ces produits ne doit plus être remise en cause. Cependant, le ministère refuse désormais toute déclaration sur la question. Nous resterons donc sans réponse?
L?affaire remonte au mois de juillet 2006. Dix-sept médicaments sont envoyés au laboratoire sud-africain pour des tests de routine. Les résultats de ces tests de qualité, reçus en février 2007, démontrent que quatre d?entre eux, distribués par les hôpitaux, ne correspondent pas aux normes. Il s?agit de Salbutamol 2 mg et 4 mg, Metformin Hydrochloride et Enalapril Maleate. Ces manquements résultent d?un mauvais dosage pour les médicaments traitant le diabète et l?hypertension, de même que de la toxicité dans le traitement contre l?asthme. Satish Faugoo, ministre de la Santé, fait alors retirer ces médicaments du marché, mais ceux-ci étaient déjà épuisés.
Les résultats de ces analyses remettent en cause les laboratoires indiens FDC Ltd, BDH Industries, Medopharm et Jackson Laboratories PVT Ltd qui sont, pour certains, des fournisseurs réguliers de Maurice depuis une dizaine d?années. Cependant, malgré la bonne réputation que ces laboratoires font transparaître, malgré l?expérience qu?ils affichent, un nom sort du lot : celui de Jackson Laboratories PVT Ltd qui figure sur une liste d?un organisme indien de contrôle des médicaments, reconnu par l?OMS. Ce laboratoire aurait commercialisé des médicaments de qualité inférieure en 2005 et en 2007.
Il ne s?agit pas des médicaments mis en cause à Maurice. Mais la réputation de ce ?grand laboratoire? pousse tout de même à se poser des questions sur le choix de nos fournisseurs. Tous les laboratoires indiens ne portent pas le label de qualité internationale recherché. La Commission indienne des droits humains dénonce en effet la fabrication, la distribution et la vente de médicaments et appareils médicaux non sécurisés, qu?elle qualifie de violation des droits humains.
Mais les résultats du laboratoire sud-africain ont été contestés par les fabricants de ces quatre médicaments. Leurs explications ont été renvoyées au laboratoire. Les recherches continuent et un autre laboratoire analyse à nouveau ces médicaments afin de confronter les résultats. À Maurice, un laboratoire de qualité sera installé en décembre, à Réduit. Cela permettra l?analyse des médicaments sur place et évitera une certaine perte de temps entre l?envoi des échantillons pour analyse et la réception des résultats.
En ce qui concerne les procédures locales, le ministre de la Santé a expliqué, mardi dernier au Parlement, les critères et les étapes retenus pour choisir les fournisseurs. Il a assuré que le coût n?est jamais le seul critère tenu en compte, mais qu?il s?agit bien de différents aspects étudiés par un comité technique, lequel rend compte à un comité d?administration. Le Central Tender Board (CTB) procède alors à un appel d?offres international et les soumissionnaires font l?objet d?une autre étude du ministère de la Santé qui doit donner son aval au CTB avant le choix définitif du fournisseur.
Pour ce choix, sont pris en compte des critères tels que l?ancienneté, les performances passées, l?activité sur le marché local, la qualité des médicaments certifiée par un Good Manufacturing Practice et un Certificate of Pharmaceutical Product délivré par une instance régulatrice locale du pays d?origine, le délai de livraison, la capacité à fournir les quantités requises.
Que lumière soit faite
L?Institut pour la protection des consommateurs (ICP) et l?Association des consommateurs de l?île Maurice (Acim) ont été à l?origine de la question parlementaire à laquelle le ministre de la Santé a répondu qu?il instituera un fact-finding committee. Ce comité sera chargé d?enquêter sur les procédures suivies, les critères adoptés et leur respect, comme requis par l?OMS. Une enquête tentera de déterminer l?impact qu?ont pu avoir ces médicaments sur les patients.
La question semble être de savoir si des décès peuvent être liés à la prise de ces médicaments de qualité inférieure. L?Acim dit avoir constaté, pour 2006, une augmentation du nombre de décès, résultant notamment de problèmes cardiovasculaires et du diabète, ainsi que du nombre de cas de maladies infectieuses. L?ICP encourage, lui, les patients qui ont pris ces médicaments l?année dernière à réclamer des dommages au ministère de la Santé, le tenant pour responsable.
L?ICP estime que le ministère tente de minimiser l?ampleur de ce manquement grave. Il soutient que des centaines de diabétiques pourraient avoir été contraints de subir des amputations, ou ont connu des problèmes oculaires, et que d?autres patients hypertendus ont pu souffrir de complications cardiaques. ?L?ICP estime que ces patients ont droit à une compensation?, affirme Mosadeq Sahebdin, son président. L?ICP a également demandé que les laboratoires qui ont vendu ces médicaments ne soient pas uniquement mis sur une liste noire, mais qu?ils soient également poursuivis par l?Etat. De plus, il demande que le ministère donne des garanties aux consommateurs quant aux mesures qu?il compte prendre pour éviter qu?une telle situation ne se reproduise. Il a aussi demandé au ministère de ne plus avoir recours au principe de lowest bidder pour les médicaments, que le ministère nie pratiquer et que dans le cas des life-saving drugs, le ministère se doit d?acheter les originaux.
Plus que de simples améliorations du système, l?ICP attend une nouvelle politique médicale au niveau national. La mise sur pied d?un laboratoire de contrôle des médicaments à Maurice est un premier pas, une National Agency for Drug Control chargée de contrôler les médicaments avant leur mise en vente.
Mais ces efforts doivent aller de pair avec des changements au niveau de l?éthique commerciale. ?Il y a connivence entre les importateurs et certains médecins, qui prescrivent des médicaments originaux, plus chers, au détriment des génériques?, dit Mosadeq Sahebdin. Il se dit persuadé qu?il faut un changement de comportement également au niveau des consommateurs, qui font plus confiance à l?efficacité de produits plus chers. Mosadeq Sahebdin estime aussi que les pharmaciens doivent être autorisés à modifier les ordonnances pour encourager l?usage de génériques. Il précise : ?C?est au patient de choisir ce qui est à sa portée.?
Maya DE SALLE-ESSOO
L?Inde fournisseur de médicaments
■ L?Inde est le quatrième producteur mondial de médicaments et certainement le plus grand producteur de médicaments génériques au monde. Sa production est parmi les moins chères car, jusqu?en janvier 2005, l?Inde pouvait produire des médicaments génériques (copie d?originaux qui ne nécessitent pas de brevet et sont donc moins chers que ceux-ci). Actuellement, 22 % des génériques du marché mondial sont d?origine indienne, dont 66,7 % des médicaments produits sont exportés vers les pays en voie de développement. Ainsi, face aux prix prohibitifs des médicaments originaux, l?Inde est devenue une source essentielle pour les pays pauvres, fournissant des médicaments vitaux à prix abordable. En effet, plus de 50 % des médicaments utilisés dans les pays en développement pour traiter les 1,6 million de malades du VIH/sida viennent d?Inde.
C?est à partir des années 40 que l?Inde se lance véritablement dans la recherche en biotechnologie, qui devient une priorité de son gouvernement. Le marché pharmaceutique connaît d?ailleurs une croissance annuelle de 16 %, soit deux fois plus que dans le reste du monde. Le développement dans ce domaine a permis à la population indienne, principalement paysanne et pauvre, d?améliorer ses conditions de vie. L?Inde devient un véritable laboratoire d?études cliniques où viennent même s?installer les compagnies pharmaceutiques occidentales, car offrant des infrastructures de qualité tout en ayant un coût réduit.
À elle seule, l?Inde compte plus de 20 000 laboratoires, nés d?une politique qui, dès 1972, dictait ses propres règles aux grands groupes industriels étrangers. Au mépris des conventions internationales, une loi autorisant les laboratoires indiens à copier librement tout nouveau produit lancé sur le marché fut votée. La législation indienne imposait ainsi très peu de restrictions sur les brevets avant que le pays ne rejoigne l?Organisation mondiale du commerce (OMC), en 2005. Ce qui lui a permis de développer une des industries de fabrication de médicaments génériques les plus importantes au monde, qui ne coûtent que la moitié, voire le tiers, du prix des médicaments brevetés.
La concurrence est féroce entre les différentes firmes pharmaceutiques. Et celles-ci jugent souvent les fabricants indiens comme faisant de la compétition inégale puisque ces derniers vendent leurs médicaments jusqu?à moitié moins chers que les firmes occidentales. Les pays producteurs de génériques, comme l?Inde, le Brésil ou la Thaïlande, subissent de véritables attaques de la part des grands groupes pharmaceutiques, au moyen de procès ou des pressions commerciales.
Mais depuis le 1er janvier 2005, les producteurs indiens doivent se plier aux règles strictes du droit des brevets et de la propriété intellectuelle définies par l?OMC, ce qui annonce qu?ils doivent avoir des brevets en bonne et due forme pour commercialiser leurs médicaments, permettant des profits colossaux et la vente de produits bien plus chers que les génériques. Cette conception de la propriété intellectuelle amènera l?augmentation des prix des médicaments qui seront hors de portée de la bourse des malades des pays en développement.
Bien sûr, dans cette jungle de laboratoires pharmaceutiques, certains mettent la qualité de côté, au profit de la quantité et des profits. Ainsi, récemment, l?OMS mettait officiellement en cause l?efficacité de certains anti-rétroviraux génériques produits par l?entreprise Ranbaxy, numéro un indien. Ces produits sont pourtant essentiels dans le traitement des malades, surtout ceux des pays en voie de développement. Leur coût de production, inférieur de 40 % à 50 % de ceux en Europe ou aux États-Unis, permet de commercialiser les traitements à près de dix fois moins chers que leurs originaux.
Mais le profit peut-il passer avant la santé ? Le droit d?accès aux soins et, plus largement, le droit à la santé, sont des droits fondamentaux de la personne et des droits sociaux qui ne peuvent être limités à des considérations mercantiles. L?association Médecins sans frontières, de même que de nombreuses associations et mouvements alter mondialistes, ont ainsi exigé, par pétitions, que les malades passent avant les brevets. La vie de millions de personnes est en jeu. Derrière cette affaire, c?est en fait tout le système sanitaire des pays en voie de développement qui est remis en question. Les lois sur la propriété intellectuelle s?érigent tels des obstacles à la distribution massive de médicaments génériques et favorisent les profits des grands laboratoires pharmaceutiques.
Questions à Mosadeq Sahebdin président de l?ICP
● Êtes-vous satisfait des explications que le ministère de la Santé a données en réponse à la question parlementaire, mardi dernier ?
Non, nous ne sommes pas satisfaits ! Ils ont été assez évasifs, il reste des zones d?ombre surtout en ce qui concerne les résultats des tests effectués par le laboratoire sud africain.
Le ministère n?a pas respecté sa parole de donner des explications. Je dirais que le ministère néglige ou ignore le droit des consommateurs à l?information. Ils font diversion pour minimiser le problème.
● Le ministère a déclaré qu?un ?fact-finding committee? allait être mis sur pied, c?est satisfaisant ?
Il n?a pas encore été mis sur pied et nous estimons qu?il doit l?être de manière plus qu?urgente. Le ministère essaye de faire diversion. De plus ce fact-finding committee doit être indépendant, le ministère ne peut pas enquêter sur le ministère ! Nous allons continuer de mettre la pression pour que ce comité soit mis en place au plus vite.
● Le ministère a également déclaré qu?un laboratoire de contrôle des médicaments serait mis sur pied dès décembre, à Réduit. Est-ce important ?
Oui, car Maurice n?est pas à l?abri de faux médicaments qui pourraient circuler sur le marché. Le contrôle des produits au niveau de l?import n?est pas suffisant parce qu?il manque justement un laboratoire. On se base uniquement sur les certificats de qualité que fournit le laboratoire lui-même.
● Est-ce que les consommateurs peuvent avoir confiance dans les traitements qu?on leur donne dans les hôpitaux publics ?
Il faut éviter de créer une psychose. On parle là de médicaments qui ont été consommés en 2005-2006, ils sont épuisés aujourd?hui. Il n?est pas question maintenant que des médicaments de qualité inférieure circulent.
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