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Médicaments : de vrais comptes d?apothicaire
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Médicaments : de vrais comptes d?apothicaire
Médicaments et pharmacies sont encore sous les feux de la rampe. En effet, alors que le ministère de la Santé tente toujours de faire la lumière sur la fraude des médicaments de l?État, mise au grand jour il y a quinze jours, l?Institut pour la protection des consommateurs attaque sur un autre front, celui des faux médicaments.
L?association rappelle que Maurice n?est pas à l?abri de médicaments altérés ou sub-standard, vu l?inexistence d?une agence de contrôle des médicaments. « Nous avons fait une série de propositions au nouveau ministre de la Santé pour améliorer la qualité du service dans le domaine de la santé. Au nombre de nos propositions figure l?institution, dans les plus brefs délais, d?une agence de coopération pour la sécurité alimentaire et d?une agence de médicaments », affirme Mosadeq Sahebdin, coordinateur à l?Institute for Consumer Protection.
L?agence de médicaments serait, selon le ministère, une de ses priorités. « La création d?un Quality Assurance Laboratory est toujours envisagée. Nous avons commencé par former du personnel et acheter des équipements », explique le ministère. Le Quality Assurance Laboratory serait alors l?équivalent de l?Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Cette institution évalue la sécurité d?emploi des produits de santé (médicaments, produits biologiques, dispositifs médicaux, cosmétologie?), tout en assurant le contrôle de leur qualité en laboratoire et l?inspection des points de fabrication, de distribution et d?essais.
Le Quality Assurance Laboratory pourrait alors effacer les doutes concernant certains médicaments disponibles sur le marché. On se rappelle le conflit qui a opposé l?an dernier l?association des consommateurs à Hygea Pharma. Cette entreprise représente Nabros Pharma, un laboratoire indien dont le siège se trouve à Ahmedabad. Elle importe une quinzaine de médicaments dont la plupart sont des génériques. « Nous voulons savoir si ces produits sont conformes ou pas, car il y a plusieurs éléments selon nous, qui nous pousent à en douter », explique le porte-parole de l?ICP.
On mentionne, en outre, « l?expulsion » de Nabros Pharma du Ghana en raison d?un problème lié à des médicaments expirés. Les noms des entreprises pour lesquelles ces produits sont fabriqués font également tiquer l?ICP, qui dit n?avoir pu en confirmer l?existence auprès des hauts-commissariats respectifs. Ce qui pousse à se demander si les procédures ont bien été respectées pour l?importation de ces médicaments.
Pour preuve, Kentish Sooriamoorthy, le directeur d?Hygea Pharma, brandit la Good Medical Practice de Nabros Pharma signée par le commissaire de la Food and Drugs Control Administration du Gujerat. Il certifie que Nabros Pharma « [?] is holding valid Drugs Manufacturing Licences in Form no. 25 and in form no. 28 bearing licence no. G/1355 & G/994 respectively issued by this administration under the provisions of Drugs & Cosmetics Act. 1940 and Rules thereunder the said licence the firm is permitted to manufacture and sell their products covered under the category of tablets, general capsule, external ointment and general powder ».
Éliminer la résistance envers les produits indiens
Le directeur de Hygea Pharma nous montre même le site Web de Nabros Pharma qui cite les vingt pays où le groupe est représenté, dont Maurice et? le Ghana. Nabros Pharma est également répertorié dans l?annuaire commercial Bio Pharma Link où figurent tous les laboratoires du monde. « Nabros Pharma n?a jamais été expulsée du Ghana. Les médicaments importés ont été conservés trop longtemps et ils sont arrivés à expiration. Le psychiatre de l?hôpital concerné a alors donné un produit périmé à ses patients? », affirme le directeur, tout en précisant que Nabros Pharma était représentée auparavant par l?ex-Chief Government Pharmacist, avant qu?Hygea Pharma n?en devienne le représentant il y a deux ans. Et l?assurance est donnée que tous les médicaments sont conformes et que des analyses effectuées dans un laboratoire en Afrique du Sud l?ont bel et bien démontré.
Qu?en est-il alors des noms d?entreprises qui figurent sur l?emballage et dont il n?a pas été possible de retrouver la trace ? L?affaire est assez complexe. Il y a tout d?abord un laboratoire connu qui ne souhaite plus fabriquer des médicaments, mais qui préfère en confier la sous-traitance à d?autres. Ce laboratoire contacte alors un agent qui demande à des laboratoires indiens, par exemple, de fabriquer une certaine quantité de médicaments. Cet agent choisit ensuite le nom, la plupart du temps fictif (c?est ce que l?on appelle le neutral labelling), qui figurera sur l?emballage. Selon Hygea Pharma, une certaine quantité de médicaments de ce type leur est alors vendue. « Vu que nous sommes un marché restreint, nous ne constituons pas une menace pour ce grand laboratoire dont les plus gros clients se trouvent très loin de Maurice. Le neutral labelling est une pratique assez répandue. Cela ne veut pas dire que les médicaments ne sont pas conformes aux normes. »
Mais n?est-ce pas là une façon de leurrer les consommateurs, de leur vendre un produit fabriqué en Inde alors que l?emballage mentionne qu?il a été produit pour le marché européen ? Hygea Pharma a réponse à tout. « L?Organisa- tion mondiale du commerce recommande de juger un produit en fonction de son efficacité, de sa marque et du fournisseur. Cet organisme souhaite éliminer la résistance envers les produits indiens? »
Comment alors retracer un produit défectueux ? « Le laboratoire peut le faire grâce au numéro de série. De plus, chaque lot est accompagné d?un certificat d?analyse du département responsable. »
Le ministère de la Santé affirme, quant à lui, que les craintes de l?ICP ne sont pas fondées. « Les procédures ont été suivies. Les produits ont été présentés au Pharmacy Board et le Trade and Therapeutics Committee a passé en revue la demande de l?importateur, ainsi que les médicaments avant de donner son feu vert. » Un comité dans lequel le directeur d?Hygea Pharma indique lui-même avoir siégé. Comprenne qui pourra le monde complexe de l?industrie pharmaceutique?
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