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Mère à 16 ans,est-ce une catastrophe ?
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Mère à 16 ans,est-ce une catastrophe ?
À l?annonce d?une grossesse précoce, c?est le choc. On a du mal à y croire. Des clichés défilent : avenir brisé, plan de carrière compromis, éducation reléguée aux ou-bliettes, bref plusieurs de ces jeunes filles se croient promises à un horizon bouché. Est-ce une fatalité quand on devient maman à seize ans ?
« C?était la honte, le déshonneur pour la famille. J?ai chassé ma fille de la maison », déclare Roopa, 42 ans, une mère de famille. Très ancrée dans les traditions, elle n?a pas supporté que sa fille, Sheila, 15 ans, soit enceinte de deux mois. Cette dernière a par la suite trouvé refuge chez une tante.
Comme elle, beaucoup d?adolescentes connaissent un tel sort. De 2003 à 2004, 1 481 d?entre elles, âgées de 15 à 19 ans, ont enfanté, d?après le Digest of Population Vital Statistics du Bureau central des statistiques. Les relevés de la Child Develop-ment Unit (CDU) indiquent que les grossesses précoces ont quasiment triplé, passant de 41 en l?an 2000 à 119 en 2005. Et de janvier à mai 2006, 36 cas ont été recensés officiellement.
De nos jours, il est courant de croiser des adolescentes au ventre arrondi, à quelques mois d?accoucher. « C?est un phénomène global, affectant toute société, avec une prévalence dans les pays en voie de développement, surtout en Afrique », constate, quant à lui, le sociologue Chandra Rungasawmi.
<B>Des valeurs qui périclitent</B>
Pourquoi voit-on une hausse des grossesses juvéniles ? Le sociologue évoque diverses raisons : « L?âge de la puberté avance. Certaines filles ont leurs règles à douze ans, veulent découvrir leur sexualité et avoir un petit ami. C?est naturel, à condition de gérer sa sexualité. Mais plusieurs n?y arrivent pas, se laissent attirer par le sexe et se retrouvent enceintes », explique Chandra Rungasawmi. Selon lui, certaines valeurs culturelles et familiales périclitent, ce qui peut conduire à une grossesse précoce : « Auparavant, la virginité de la fille était importante, mais aujourd?hui, cela n?a plus une grande valeur et les jeunes ont davantage de liberté. »
D?ailleurs, les parents hésitent encore à parler d?éducation sexuelle, encore moins de méthodes contraceptives aux jeunes. Les propos du sociologue sont repris par Wairimu Kanja-Riscie de l?association Teens in Control, qui donne des cours sur la sexualité dans les écoles.
« Il y a beaucoup de restrictions résultant de la culture et des valeurs encore traditionnelles qui prédominent dans la société mauricienne. » Et d?ajouter que face au tabou entourant la sexualité, l?adolescent cher-che à se renseigner auprès d?autres sour-ces, les amis par exemple. Au bout du compte, ces derniers lui donnent souvent de fausses informations.
Notre interlocutrice indique que la pauvreté peut également contribuer à la maternité précoce chez les adolescentes. « Ce genre de situation est plus fréquent dans les low-income areas. Les parents sont trop pris par les préoccupations de la vie quotidienne et doivent travailler dur pour joindre les deux bouts. Les chambres sont trop exiguës, ce qui occasionne une certaine promiscuité. Les enfants voient alors ce que font les parents dans leur vie intime. »
Chandra Rungasawmi ajoute que cette exclusion sociale affecte les jeunes filles en quête d?estime de soi. Elles trouvent à tort, dans leur corps, un attrait qui peut être exploité par des hommes. Elles peuvent alors se retrouver enceintes.
Souvent, face à une grossesse juvénile, la jeune fille doit renoncer à sa famille, à sa vie sociale et scolaire. Sans parler du qu?en-dira-t-on? « Cette situation est paradoxale, car auparavant, on mariait les jeunes filles à 14-15 ans et il était normal qu?elles conçoivent des enfants à 16-17 ans. Mais avec l?évolution, on comprend maintenant que l?adolescente n?est pas prête biologiquement pour mettre au monde un enfant. Cela n?est donc pas vraiment toléré par tous », indique Chandra Rungasawmi. De plus, les chances de décrocher un emploi tout en étant mère célibataire se réduisent comme une peau de chagrin.
<B>Contribuer au soutiende l?adolescente</B>
Certes, la fille mère n?a pas forcément les mêmes chances qu?une adolescente normale. Et si le tableau n?était pas si sombre que ça ? En effet, si plusieurs parents abandonnent leurs enfants à leur sort, d?autres les soutiennent au fil de la grossesse juvénile.
« Quand j?ai appris que Kelly, ma fille de 15 ans, était enceinte, j?ai été déçu. Cela m?a fait mal. Mais je ne l?ai ni grondée ni insultée. Je lui ai dit que je suis son père et que je la soutiendrai de tout mon possible », raconte Paul, 50 ans. Des institutions telles que le Mouvement d?aide à la maternité accompagnent également les adolescentes enceintes (voir encadré).
De plus, la future maman n?est pas contrainte d?interrompre ses études. Selon un responsable de la PSSA, il n?existe aucune loi réglementant la présence d?une jeune fille enceinte ou une jeune mère dans un établissement scolaire : « Cette décision dépend du directeur du collège en question. »
Les enseignants peuvent aussi contribuer au soutien de l?adolescente enceinte. Et si toutes ces parties conjuguent leurs efforts, on pourra gérer la situation et préserver la future maman et son bébé. Ce qui leur donnera une chance à tous les deux !
<B>Les répercussions sur la santé de l?adolescente</B>
Être une fille mère implique de multiples répercussions. Voici les explications de Veyasen Pyneeandee, gynécologue obstétricien.
● Entre 15 et 17 ans, si ces jeunes filles sont prêtes d?un point de vue hormonal, cela ne veut pas dire qu?elles le sont physiologiquement. Malgré l?apparition des règles, le corps n?est pas en mesure de porter un enfant. Les risques d?accouchement prématuré sont accrus. Une adolescente qui n?est pas encore arrivée à maturité physiologique a un utérus et un bassin qui peuvent être trop petits en comparaison avec la taille du bébé qu?elle porte. La taille de l?utérus influence également la position du f?tus qui se place en siège et les risques de césarienne sont par la suite également accrus.
● Dans de nombreux cas, la fille est dénutrie. Elle a des carences en vitamines et d?autres besoins parce qu?elle ne s?alimente pas de manière saine. Comme elle n?est pas informée de manière adéquate sur les aliments à prendre durant cette période, elle ne fait pas les choix appropriés pour ce qui est de sa nourriture. L?alimentation de la mère se reflète alors sur l?enfant, qui est également affecté.
● Ces adolescentes ne sont également pas préparées à l?accouchement. Elles ne sont pas prêtes à subir les douleurs, ne reconnaissent pas les contractions et ne sont pas au courant des méthodes à appliquer pendant l?accouchement. Ce genre de situation survient surtout dans des cas de concealed pregnancies. Durant les 9 mois, et ce, jusqu?au moment de l?accouchement, les parents ne savent alors pas que leur fille est enceinte. Ils ne le découvrent qu?à cet instant et ne peuvent donc pas aider leur fille.
<B>Où trouver de l?aide ? </B>
Vers qui se tourner en cas de grossesse prématurée ? Dans ce genre de cas l?association Mouvement d?aide à la maternité (Mam) est là pour leur venir en aide.
Cette association veut avant tout être à l?écoute de ces adolescentes et les accompagner jusqu?à l?accouchement. Une formation est également donnée par desinfirmières diplômées pour les préparer à assumer leur rôle de maman. Cléante Credo, de l?association Mam, constate à quel point ces jeunes filles, qui sont dans la plupart des cas des étudiantes, vivent très mal cette expérience.
« Elles sont encore très jeunes, ne savent pas comment le dire aux parents, et dans beaucoup des cas, leurs copains les ont quittées lorsqu?ils ont appris qu?elles étaient enceintes. » La situation n?est pas difficile uniquement pour la jeune fille. Les parents vivent également cela comme un drame.
« Tous les parents souhaitent le meilleur pour leurs enfants.
Ils sont en colère et déçus surtout lorsque la fille va toujours à l?école. Les rêves qu?ils avaient pour leur enfant sont complètement bouleversés. »
D?après son constat, la situationest en train de changer. Les parents acceptent les choses beaucoup plus facilement. Ils prennent moins de temps pour se faire à l?idée que leur fille attend un enfant.
« Mais dès que l?enfant est là, malgré les problèmes vécus durant la grossesse, elles sont bien avec leur enfant, elles ont l?air épanouies et deviennent plus responsables. »
<B> Adresse utile : </B>
6, rue Notre-Dame de Lourdes, Rose-Hill, Tél. : 466.20.80.
Site Web : www.mamnet.org
<B>Témoignages de filles mères
Christina :
« Mon bébé m?a apporté le bonheur » </B>
Positif : les résultats de ses deux tests de grossesse sont tombés ! Christina, 15 ans, n?arrive pas y croire ! Elle est enceinte à 15 ans. et son petit ami en a 19. Elle a peur. Que va-t-elle faire ? Le jeune homme songe à l?avortement et lui procure des médicaments? en vain. Entre-temps, elle se confie à son journal intime, mais sa mère le découvre et apprend sa grossesse.
« Elle est venue me voir pour me demander si c?était vrai. Lorsque je le lui ai confirmé, elle a été bouleversée et m?a emmené chez le gynécologue, qui a conclu que j?étais enceinte de quatre mois », raconte Christina. Sa mère tâche au mieux de la soutenir ainsi que son copain. Mais Christina rompra avec lui plus tard. Entre-temps, l?adolescente poursuit ses études et s?engonce dans des pulls pour cacher sa grossesse.
En novembre 2002, elle accouche d?une fille, qui est la lumière de sa vie. « Ma fille m?apporte du bonheur. Elle nous donne de la joie et réunit la famille. » Soutenue par son frère, sa mère et d?autres proches, Christina s?est organisée après la naissance de son bébé pour reprendre ses études. Âgée de 19 ans, elle est en HSC et rêve de devenir professeur de français.
<B>Pascale :
« On avait peur, on ne savait pas quoi faire » </B>
Elle a dix-sept ans et a donné naissance à un
petit garçon qui a six mois et demi. « L?année dernière, quand j?ai vu que je n?avais pas mes règles, j?en ai parlé à mon petit ami. Il m?a acheté un test de grossesse, qui s?est avéré positif. On avait peur, on ne savait pas quoi faire. On se posait tant de questions. On se disait que notre avenir était brisé », nous confie Pascale.
Informant ses parents de la situation, la jeune fille a dû braver la colère de sa mère. Son père a, quant à lui, pris les choses calmement. La famille ne lui a heureusement pas tourné le dos. Au contraire, elle a fait montre d?un vrai soutien. Étudiante en SC, Pascale a passé ses examens alors qu?elle venait de découvrir sa grossesse et les a réussis.
Après l?accouchement, elle a quitté l?école pour pouvoir s?occuper de son fils.
Son petit ami, âgé de 23 ans, vit désormais avec elle. « Je pensais que mon avenir était fichu mais je crois maintenant qu?on peut assumer. Avoir un enfant, c?est merveilleux. Je compte prendre des cours l?an prochain pour compléter mes études », soutient-elle.
<B>Vanessa :
« Mo pann le avorte parski se enn krim »</B>
« Mone rankont enn garson kan mo ti fek fini kit lekol apre mo Form V. Mais kan monn tombe ansint li pann anvi prend so responsabilite. » Tel est le cri du c?ur de Vanessa, 17 ans, depuis elle n?a plus entendu parler de l?indélicat. Elle a bien pensé à avorter mais n?y a finalement pas eu recours.
« Me mo pann le avorte parski se enn krim et pas kapav perdi enn zanfan akoz enn dimounn kouma sa garson la. » Face à une telle situation et ayant à subir le regard de la société, ses parents décident de la placer dans un couvent. Après l?accouchement ils ont fini par accepter cette situation et l?ont accueilli sous leur toit.
« Ena foi mo gaign enn ti regre ki monn tomb ansint parski mo pann kapav kontinie ek letid et mo pa kapav fer kouma tou bann zenn. Me se zis de tan en tan. » Elle a su transformer cette expérience, qui n?a pas toujours été facile, pour en tirer le meilleur. « Mo kone mo ena mo portre, mo disan lor later. » Elle souhaite également donner à celles qui se trouvent dans cette situation de l?espoir parce que tout n?est pas perdu. « Lavi pa fini lamem. »
Questions à
<B>Émilie Rivet, psychologue :
« Quel que soit l?âge, être mère apporte des peurs » </B>
<B>Être mère à 16 ans. Quelles sont les implications psychologiques et émotionnelles pour la jeune fille ? </B>
Je pense qu?avant tout, c?est la peur qui domine. D?autant plus que c?est un âge difficile, qui est caractérisé par un changement, notamment au niveau des hormones et du corps. La grossesse est un autre bouleversement majeur qui s?opère alors dans sa vie et qu?elle doit être en mesure d?assumer. Elle doit en effet s?occuper d?une autre personne et s?adapter à cette nouvelle situation. Quel que soit l?âge, être mère apporte des peurs et des questionnements mais à 16 ans, les enjeux sont beaucoup plus importants.
<B>Comment la jeune fille peut-elle s?adapter à cette nouvelle situation ? </B>
D?abord, elle devrait essayer d?en parler et ne pas rester isolée. Il faut surtout se tourner vers des gens qui peuvent l?aider, que ce soit physiquement ou psychologiquement. Il y a énormément de choses à gérer, d?autant plus qu?à 16 ans, on est fragilisé. La jeune fille doit se tourner vers un adulte en qui elle a confiance et à qui elle peut se confier, parce que ce n?est pas une chose facile à porter.
<B>En tant que jeune adolescente, peut-elle adopter le rôle d?une mère, ce qui implique des responsabilités d?adulte ? </B>
On ne peut sortir de l?adolescence. La mère doit alors s?adapter. Psycholo-
giquement et cognitivement, la jeune mère reste adolescente. Il y a donc forcément des aspects de son adolescence qui vont surgir. Elle est néanmoins projetée dans un monde d?adulte. Mais les jeunes sont des êtres responsables. Ils ont à assumer une foule de choses en même temps. Ils ont leurs études à gérer, les groupes, les relations. Et là c?est une autre responsabilité qui s?ajoute. À la base le jeune est responsable, il faut faire renaître cela en lui. Il a la capacité d?être résilient, il possède une prédisposition à cela. Donc, elle est en mesure de prendre une telle charge si on lui donne la possibilité et l?encadrement nécessaires.
<B>Comme nous l?avons constaté à plusieurs reprises certains jeunes veulent se débarrasser de l?enfant. Pourquoi ? </B>
Nous ne sommes pas dans la tête d?une personne donc nous ne pouvons donner une réponse définitive. Je pense qu?il peut y avoir des éléments de pathologie, des problèmes psychologiques, ou des moments de grands stress. Dans de tels moments, le jeune se sent acculé, il lui semble qu?il n?y a pas d?issue possible. Il peut alors commettre des actes qui semblent irrationnels et qui choquent. En fait, il peut y avoir des milliers de raisons.
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