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Mythes et réalités
par Nazim ESOOF
De la Havane à Bucarest en passant par New York, le Premier ministre Navin Ramgoolam a eu l?occasion, ces derniers jours, d?évoquer les principales articulations de notre politique étrangère. Du désir de souveraineté exprimée sur l?archipel des Chagos à la solidarité affichée à un anachronique mouvement des non-alignés, il ne manquait que la rhétorique de la vulnérabilité des économies insulaires. Navin Ramgoolam, comme ses prédécesseurs, reste dans le convenu. Manque d?ambition ? Ou réalisme d?une diplomatie insulaire qui ne peut trop dire pour ne pas être étiquetée de prétentieuse ? Sans doute, il y a des deux. En fin de compte, nous ne sortons ni de notre insularité ni de notre propension à pratiquer, à l?intérieur de nos côtes, une certaine forme de nombrilisme.
Aujourd?hui pourtant, les donnes ont radicalement changé. L?île Maurice contemporaine est dans un contexte historique diamétralement différent de celui où elle pouvait s?enorguellir des faveurs qu?elle obtenait parce qu?elle appartenait au Commonwealth ou à la Francophonie. Les pays frères et amis ont des intérêts contraires aux nôtres. Croire qu?il suffirait de faire valoir notre statut d?ancienne colonie ou d?île reflet des grands pays sur le plan culturel ne nous attirerait qu?une condescendante sympathie. Les règles ont changé depuis longtemps.
Désormais toutes les économies sont vulnérables. A commencer par les plus puissantes économies occidentales. Ce serait une erreur de croire que les pays riches sont à l?abri des tempêtes économiques qui soufflent sur le monde de temps à autre. Ils sont prioritairement tenus à se protéger. Parce qu?ils vivent une réalité que nous ne connaissons pas. Celle des OPA, des protectionnismes et des préférences nationalistes auxquels ils n?ont plus droit, des tentatives de rachat et autres fusions, des entreprises nationales livrées à la jungle d?une impitoyable mondialisation? Bref, c?est l?histoire des économies, des plus fortes aux plus vulnérables, qui sont soumises indistinctement aux fourches caudines de l?Organisation mondiale du commerce.
C?est dans un tel contexte que nous choisissons de minimiser ce qui a toujours fait notre pouvoir de marchandage, soit l?Afrique. Bien qu?il soit vrai qu?il n?est pas seulement question de jeux d?influence. Au-delà, c?est un acte de foi qu?il faut assumer et promouvoir. Or, nous choisissons toujours de faire miroiter des mythes. Dont l?inusable fantasme des pays amis. Un fantasme qui à la longue nous coûtera bien cher. Parce que d?autres pays se demanderont à quel titre certaines chancelleries ou ambassades ont droit d?intervenir dans les affaires locales alors qu?ils n?ont aucune voix au chapitre.
Des mythes, il en abonde. Ceux qui veulent que nous ayons toujours dans des pays étrangers des représentants qui soient de la même ethnie que la majorité de la population de ces pays. Nous allons même jusqu?à pousser le ridicule à son comble en faisant intervenir le critère castéiste dans certains cas !
Entre pays de peuplement et pays amis, il y a une différence à faire d?urgence. Nous ne pouvons plus continuer à prendre nos fantasmes pour des réalités. Nous ne pouvons plus nous permettre de nommer des ambassadeurs ou de hauts-commissaires que parce qu?ils sont du même bord politique que la majorité au pouvoir. La diplomatie est une affaire de professionnels.
Le ministre des Finances, Rama Sithanen, déclarait à la conférence annuelle de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international que le pays a besoin d?une période de dix ans pour la concrétisation des réformes économiques. Soit dix ans pour une modernisation effective de l?économie mauricienne. Mais nous restons stricto sensu dans les finances comme nous avons la fâcheuse tendance à réduire la diplomatie à l?économie. Nous ne serons pris au sérieux que lorsque les gens qui nous représentent seront eux-mêmes crédibles. Nous ne serons vertueux que dans le professionnalisme. Or, chaque gouvernement qui passe ne cesse de nous éloigner de cet objectif.
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