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Musique
C?est triste à dire mais je suis un méli-mélomane. J?ai le double des oreilles de Van Gogh et pourtant, non seulement je n?ai pas l?ouïe musicale, mais j?ai parfois une douleur sourde juste au-dessous du do dièze. Peut-être est-ce une croche mal accrochée ou une clé de sol qui me serait descendue dans les vestibules.
Cependant, mon air distingué à l?oeil nu et mon front d?artiste contre-saison ont dû faire illusion car une fois à Londres comme je m?apprêtais à payer l?hôtel, la gérante m?a demandé, en me tendant une note plus élevée qu?un contre-ut : ?Pourquoi insistez-vous pour avoir toujours la chambre où il y a un piano ? Êtes-vous musicien ?? Je lui déclarai en toute franchise : ?Le piano ? C?est pour être certain que personne n?en joue.? Mais, à son air offensé, j?ai senti que j?avais fait une fausse note moi aussi.
Et pourtant, j?en connais un rayon sur les musiciens, leurs moeurs, les grands hommes qui les ont admirés et les instruments qui ont fait leur gloire. Commençons par Jean-Sébastien que sa femme, redoutant les microbes, apostrophait constamment d?un ?Bach, t?es rien?. En fait, elle lui en voulait parce qu?elle était berbétuellement gribbée car il laissait la fenêtre ouverte pendant ses fugues.
Prenons ensuite Schubert qui se vantait d?avoir pris une truite saumonée alors qu?il taquinait un petit goujon et avait manifestement un casier vide. Sait-on que ce fourbe de Strauss a été surpris versant du bleu de méthylène dans le Beau Danube en pleine nuit ? Et que dire de Wagner qui convertissait le cuivre des cimetières en trompettes pour assourdir les populations teutonnes ?
Et je ne parle pas de Chopin dont le féminin n?est apprécié que quand il est plein de soda, surtout en nocturne, avec un fluide ambré et deux cubes de glace. Quant au pot-pourri musical de Lalo, c?est un sujet gluant sur lequel je ne m?étendrai pas.
Pour ce qui est des grands amateurs, on ne saurait les énumérer sans commencer par Napoléon. Ce n?est pas un nom de code, comme certains juristes persistent à le croire, mais un si grand mordu de la rhapsodie que s?il avait vécu plus longtemps au soleil, il aurait facilement doublé l?austère Liszt. Bien avant lui, Confucius avait été le seul maestro amateur à avoir conduit un orchestre avec deux baguettes et, plus près de nous, il y a Boris Eltsine, le tireur de litres, que vous avez peut-être entendu dans les Bateliers de la Vodka.
Et les instruments ? Dommage qu?on n?entende plus parler du violon dingue, ni des sanglots longs de Verlaine, mort in absynthia, ou encore du célèbre luthier de Marseille, Stradi Marius. Mais malgré mon oreille défectueuse, il me faut bien l?admettre, mon rêve secret a toujours été de jouer de la musique. J?ai commencé par l?accordéon mais, handicapé par mes gros doigts gourds, j?ai dû même renoncer à animer un bal fusette. Puis, je me suis essayé à la flûte traversière qu?utilisait Duke Ellington pour aspirer son champagne. Ont suivi mes tentatives de ?ravane? qui ont provoqué une hécatombe de cabris et, après un bref passage au basson médiéval anglais, au buccin et à la corne de brume, j?ai enfin trouvé une vocation tardive grâce au triangle, mais la profession est encombrée, car la plupart des Mauriciens sont triangueurs de naissance. Pourtant c?est là-dessus que j?ai arrêté mon choix.
La seule chose qui me navrait, c?était l?impossibilité d?en trouver un muni d?une hypoténuse. Or, toutes les ségatières vous diront qu?un triangle sans hypoténuse, c?est comme un baiser d?imberbe. J?ai finalement opté pour un instrument équilatéral mystifiant ainsi un esprit rigoureux qui me pousse en général à ne croquer que des ?samoussas? isocèles et ridiculisant cet abruti de Pythagore qui a bousillé notre enfance avec ses angles obtus mais n?a jamais pu tirer un seul son de son triangle.
VOLCY
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